Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



Blue Velvet
Femmes d'Argentine
Kongo
La bonne épouse
Le coeur du conflit
Les visages de la victoire
Radioactive
Trois étés
Un fils
Une sirène à Paris
Visions chamaniques
Vivarium
Yiddish



J'ai perdu mon corps
Les misérables
The Irishman
Marriage Story
Les filles du Docteur March
L'extraordinaire voyage de Marona
1917
Jojo Rabbit
L'odyssée de Choum
La dernière vie de Simon
Notre-Dame du Nil
Uncut Gems
Un divan à Tunis
Le cas Richard Jewell
Dark Waters
La communion



Les deux papes
Les siffleurs
Les enfants du temps
Je ne rêve que de vous
La Llorana
Scandale
Bad Boys For Life
Cuban Network
La Voie de la justice
Les traducteurs
Revenir
Un jour si blanc
Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn
La fille au bracelet
Jinpa, un conte tibétain
L'appel de la forêt
Lettre à Franco
Wet Season
Judy
Lara Jenkins
En avant
De Gaulle






 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 18

 
Le plaisir de chanter


France / 2008

26.11.2008
 



LE BONHEUR EST DANS LE CHANT





Il court, il court le Mc Guffin à la Hitchcock. La clef de Notorious se balade de film en film. Dans Rois et Reine, Arnaud Depleschin en fait une copie fidèle pour ouvrir le cabinet à pharmacie de l’hôpital psychiatrique. Ici, Ilan Duran Cohen et son co-scénariste Philippe Lasry la transforment en clef… USB d’un trafiquant d’uranium assassiné. Muriel (Marina Foïs) et Philippe (Lorànt Deutsch), deux agents des Services secrets se lancent à la poursuite du gadget informatique volatilisé ou peut-être dissimulé par Constance (Jeanne Balibar), la veuve du défunt…

Espions mais pas trop

Amateurs de films d’espionnage au scénario réglé comme du papier à musique, passez votre chemin. Le plaisir de chanter n’a que faire de son postulat de suspense. Cette œuvre préfère dissiper son intrigue par une galerie de jeunes adultes réunis dans un cours de chant lyrique, poumon et c(h)œur de l’enquête.
Ces voi(x)es emmêlées et toutes pénétrables sexuellement traitent de la perte, de l’innocence perdue de la jeunesse, de l’isolement urbain, des aspirations étouffées par le jeu des apparences. La symbolique du Mc Guffin est à ce titre édifiante car, de nos jours, égarer sa clef USB revient à livrer son jardin secret à celui ou à celle qui la trouvera.
Dans une volonté de contrepoids, cette comédie anti-romantique, mais pro désir explore la découverte de son intimité et des quiproquos corporels qui en résultent. Lieu idéal de "re-connaissance", donc de "re-naissance", le cours de chant invite à la révélation de sa voix la plus juste, à l’élimination des pelures du paraître, à l’acceptation de son âme toute nue.

Jeanne la folle

Depuis La confusion des genres, Ilan Duran Cohen, réalisateur et romancier, s’y entend pour tresser la légèreté du divertissement, la profondeur de la réflexion et l’effeuillement physique et mental de ses personnages ambivalents.
Même si le scénario s’éparpille et qu’il aurait fallu peut-être situer en province cette comédie (trop ?) "parigo-bobo", le troisième long-métrage de Cohen fait du bien à voir pour son chahut désinvolte et son désenchantement délicieux. Traités à la même enseigne, les comédiens professionnels ou non excellent car tous – le jeu de mot est facile, mais là il s’impose – chantent une même petite musique qui évolue entre frivolité et gravité :

Marina Foïs et Lorànt Deutch campent un couple d’espions qui couche malgré leur éthique professionnelle. Pieds nickelés empêtrés dans leur romance, ils sont las d’exercer leur métier. Marina Foïs possède un regard d’abattoir lorsqu’elle prend conscience qu’elle n’a jamais été enceinte de sa vie. Lorànt Deutch, le moins à l’aise de la bande, fait pourtant preuve de courage en se lançant dans cette aventure car Cohen, depuis le téléfilm Les amants du Flore où il incarnait Sartre, le force à moins cabotiner et à accepter son corps qui retient l’enfance.

On ne dira jamais combien Dominique Reymond, patronne des Services secrets en perpétuel transit dans les aéroports qui ordonne de "liquider" à tout bout de champ, est une comédienne impeccable de rigueur et de nuance. Idem pour la trop rare Nathalie Richard, fille spirituelle de Delphine Seyrig au jeu aussi précis qu’éthéré. Sans oublier Evelyne Kirschenbaum en professeur de chant et mère castratrice, Guillaume Quatravaux, dessinateur de BD dans la vie et fils émasculé à la voix d’or dans le film ainsi que Frédéric Karakozian, bear énigmatique coincé entre la pilosité de Jean Yanne et celle de King Kong !

Les prix suprêmes d’interprétation reviennent à Julien Baumgartner, petite pute désemparée. Presque toujours à poil dans le film, il sait, dans un tour de force inouï, faire oublier sa nudité en s’apitoyant comme une biche sur le temps qui passe, en pleurant lorsqu’il se rend à l’amour, en se masturbant sur sa voix de ténor ou en offrant, lors d’un premier rendez-vous, le trou de son derrière à une Marina Foïs médusée.
Enfin, il y a Jeanne. Jeanne la manipulatrice qui joue à la nunuche à moins que ce ne soit l’inverse. Jeanne qui chante de l’opéra alors qu’elle ne rêve que de variété. Jeanne lasse des hommes qui se tape des filles. Jeanne qui rit et Jeanne qui pleure. Jeanne l’évanescente. Jeanne la troublante. Jeanne l’exaltée. Jeanne la barrée. Jeanne la folle dont le nom, condensé d’Ali Baba et de Zanzibar, sonne comme une promesse de bonheur unique, à part : JEANNE BALIBAR !
 
Benoit

 
 
 
 

haut