Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Burn after reading


USA / 2008

10.12.2008
 



AGENTS ZERO ZERO





"Parfois, le vrai patriotisme est ailleurs"

Difficile de trouver ce qui est le plus drôle dans cette nouvelle farce des frères Coen. Le personnage de George Clooney, obsédé par les revêtements de sol, la course à pied et les femmes ? Le malencontreux quiproquo qui conduit au choc profs de fitness contre agents de la CIA ? Les dialogues qui trahissent l’aspect totalement largué de la plupart des protagonistes ? A moins que cela ne soit tout simplement la composition hilarante de Brad Pitt en sportif décérébré, les cheveux dressés sur la tête et l’Ipod vissés aux oreilles… Rien que la scène où il chantonne tout en buvant du gatorade, assis à l’avant de sa voiture, a toutes les chances de devenir culte. Quant à son personnage d’employé d’un club de remise en forme qui fait chanter un agent de la CIA (pour payer l’opération de chirurgie esthétique de sa collègue), c’est un cousin très peu éloigné des losers magnifiques et sans cervelle qui parsèment les films des frères Coen depuis leurs débuts…

Burn after reading, d’ailleurs, ne fait pas tâche dans la filmographie des cinéastes. Certes, ce n’est pas leur plus grand film, mais il s’inscrit parfaitement dans cette veine de comédie loufoque et de mélange des genres qu’on affectionne chez eux. Surtout que, n’ayant pas changé depuis leurs débuts, ils exploitent sans retenue les ressorts comiques de leur intrigue, n’hésitant jamais à aller jusqu’au bout d’une idée et à oser ce que les autres refusent. On meurt ainsi plus souvent dans leurs films qu’ailleurs, et presque toujours de mort stupide ou humiliante. Sans compter ces situations qui sont de pures scènes de genre (chantage, enlèvement, rançon…) et qui ne tournent jamais comme "au cinéma". Qui d’autre oserait cacher Brad Pitt dans un placard et le confronter avec ce qui lui arrive dans le film ? Les Coen, eux, dynamitent les codes, déstabilisent le spectateur et s’en donnent à cœur joie entre cruauté gourmande et cynisme sadique.

Imbroglio joyeusement foutraque

Ils prouvent également (s’il en était encore besoin) qu’ils comptent parmi les meilleurs scénaristes d’Hollywood, capables de faire la différence simplement par le niveau de leur écriture. Qu’il s’agisse des rôles parfaitement équilibrés, pensés pour chacun des interprètes, avec cette intelligence qui permet de deviner exactement quel contre-emploi convient le mieux à chacun, des répliques savoureuses ou des situations abracadabrantes, tout élève Burn after reading du rang de "potacherie" lourdingue à satire brillante. Cet imbroglio joyeusement foutraque ne pâtit d’aucune baisse de rythme ni faute de goût (pas même dans la fameuse "surprise" préparée par l’un des personnages à son épouse) parce que tout est si joliment amené que l’on ne peut que rire de bon cœur.

D’autant qu’au passage, les cinéastes en profitent pour égratigner quelques maux bien de notre temps : le mirage de la chirurgie esthétique, celui des sites de rencontres, le recours au juridique à tout bout de champ, le désir d’être riche à tout prix, la solitude que les êtres laissent s’installer entre eux… et surtout l’"idiotie" de l’époque, où chacun est acculé aux pires extrémités pour s’en sortir. Du coup, les personnages en deviennent presque attachants (même s’ils restent très crétins) et on comprend ce qui les pousse à se raccrocher à des idéaux de fiction (argent facile, changement de vie radical, excitation d’une vie pleine de suspense…) tout droits sortis de films où le happy end est de rigueur. Les sinistres (vrais) agents de la CIA qui concluent l’histoire, si complètement dépassés par les événements qu’ils en deviennent irrésistibles, prennent alors des allures de chœur antique fantoche soulignant la définitive frontière qui existe entre l’héroïsme des films d’espionnage et l’ironie tragique de la réalité.
 
MpM

 
 
 
 

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