Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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The Reader (Le liseur)


Royaume Uni / 2009

15.07.2009
 



UN SECRET





«- Comment tu pourrais me blesser ? Tu ne comptes pas assez pour ça. »

Stephen Daldry nous avait bluffé avec Billy Elliot, puis fasciné avec The Hours. Autant dire que The Reader était attendu, devant répondre à une forme d’exigence. Si la déception l’emporte sur l’enthousiasme, c’est que le film, un mélo élégant et intelligent, c’est qu’il n’a ni la rage de son premier film, ni l’habile mécanique du deuxième. The Reader souffre d’un manque de fluidité et ses allers-retours dans le temps apparaissent plus factices que justifiés. Cela rend l’œuvre un peu bancale, dans certaines séquences un peu lourde. Mais cela ne gâche pas le plaisir de l’ensemble.

Tout le film repose sur l’ambiguité morale. Il y a le détournement de mineur qui, étrangement, ne choque jamais ; mais aussi cette culpabilité qui va nous être révélée et qui va, là encore de manière étrange, faiblement peser sur la principale accusée. Derrière ces nuances qui empêchent de faire toute la lumières sur des actes ou de dissiper toutes les zones d’ombres d’un passé complexe, le scénario essaie, avec plus ou moins de réussite, de nous captiver avec de nombreux secrets. «Le thème du secret est ce qui fait exister le personnage » nous dit-on.

Daldry réussit plutôt bien à garder ses secrets et distiller quelques réponses au fil des séquences. Le personnage de Winslet l’aide dans cette forme narrative : elle parle peu, n’écrit pas, préfère les silences, ou qu’on lui lise un classique, et sinon baise, ce qui empêche tout dialogue. Le réalisateur n’a pas perdu la main sur sa marque de fabrique : le décryptage. Des timbres du troisième Reich au détour d’un plan, cette manière de faire prendre un bain et de récurrer le jeune homme… Autant d’indices qui rendront tout logique.

Habile mais pas suffisant. Car si le secret est une astuce scénaristique pour faire basculer le film et lui donner toute sa tonalité, dramatique, le mélo est beaucoup plus anecdotique. Et puis, il y a ces quelques lourdeurs. La musique, très judicieusement utilisée dans la première partie, pour accompagner toute une progression qui va de la rencontre au dépucelage, devient vite trop « signifiante ». De même le monologue de Bruno Ganz, intéressant, incontournable, utile, se transforme vite en justification morale à un problème juridique, historique et philosophique qui nécessiterait sans doute un traitement moins monolithique.

Peut-on se satisfaire d’une simple perspective légale à des crimes contre l’Humanité ? Daldry hésite parfois à prendre le sujet à bras le corps. Son obstacle s’appelle Kate Winslet. Grande comédienne, sans doute l’une des stars les plus douées de sa génération, elle a construit un personnage purement cinématographique, comme au temps de l’âge d’or hollywoodien. Un rôle à la Joan Crawford, un monstre terriblement humanisé. Impossible à haïr, capable d’être pardonnable. En la rendant presque victime de sa situation, le cinéaste explique que si l’on était né en 17 à Leidenstadt, nous aurions peut-être obéit aux mêmes règles. Cependant, rien n’empêche de ne pas suivre toutes les règles, et parfois il faut s’en affranchir au nom d’une intelligence humaine, d’une dignité qui nous sépare de l’animal.

Woman in the mirror

En cela elle est bien coupable. Meurtrière. Assumant car ne comprenant pas réellement les enjeux de son procès. Mais pour une qui accepte le sort d’une Allemagne cherchant coûte que coûte, aveuglément parfois, à nettoyer la tache du génocide de son Histoire, cinq autres se révèlent lâches et, en bonnes bourgeoises, font porter la croix à la plus faible (ou la plus forte).

L’honnêteté de son personnage permet finalement de ne pas sombrer dans le drame traumatique habituel. Car si on éprouve de la sympathie pour cette gardienne de la mort, on ne la trouve jamais vraiment très aimable. C’est ce qui rend le personnage de Michael Berg (David Kross et Ralph Fiennes) beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. Tour à tour adolescent passionné puis avocat peu expansif, Berg agit comme un miroir sur le destin de cette femme qu’il a tant aimé. Il est son espoir de renaissance, le témoin de son secret, celui qui va l’aider par devoir plus que par compréhension. Il est comme le spectateur : fou amoreux d’elle puis perplexe, pour enfin l’aider à évoluer, à comprendre sa faute, quitte à échouer.

The Reader ne peut soulager d’une culpabilité qui ronge les destins. Les discours didactiques sont heureusement vite broyés par ces non-dits que taisent des personnages complexes. A trop vouloir monter une Allemagne qui cherchait sa rédemption, il a sûrement oublié de montrer l’horreur dont elle avait été coupable, et désigner une seule responsable ne suffit pas.
Heureusement, l’émotion s’installe très vite, et le film, sans temps morts, permet, au moins, d’ouvrir une fenêtre sur un passé pas si lointain. La littérature ne suffit plus pour raconter les grandes épopées tragiques de l’Humanité.
Le cinéma a pris le relais.
 
vincy

 
 
 
 

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