Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Hana-bi


Japon / 1997

05.11.1997
 



PARCE QUE L'HAIKU EST IMPOSSIBLE AU CINEMA





Takeshi Kitano ou Beat Kitano, ce nom est mythique pour tous les japonais et un bon nombre de cinéphiles. Alors qu’il a commencé sa carrière comme comique dans des shows télévisés, Kitano s’est retrouvé à réaliser un film, en remplacement d’un réalisateur. Il n’avait jamais mis en scène et ne savait pas grand-chose du cinéma. Depuis ce film, il a fait du chemin et on peut considérer aujourd’hui que Hana-Bi est l’une de ses œuvres les plus emblématiques et les plus abouties, avec Sonatine.

Dès les premières images de son film, le cinéma de Kitano (cinéma si rare et si particulier) se met en place.
L’envoûtement opère, la magie nous conquière. Une musique douce et fragile, des peintures faites par Kitano lui-même qui défile en guise de générique puis une petite scène, brève qui vient interrompre la musique de Joe Hisaishi. La scène est drôle et n’est pas sans rappeler la carrière de comique de Kitano.

Takeshi Kitano est un sage, un poète et un trublion qui jette un regard tendre et sévère sur le monde qui l’entoure. Hana-Bi est une histoire tragique teintée d’humour qui se penche sur une période particulièrement sombre de la vie de l’inspecteur Nishi (Kitano himself). Sa femme est atteinte d’un cancer dont elle ne guérira pas et son meilleur ami flic est paralysé suite à une agression par balles d’un Yakusa. Deux drames qui l’affectent d’autant plus qu’il s’en sent responsable.

Takeshi Kitano est aussi un cinéaste purement japonais qui met en scène ce que l’on peut considérer comme étant les deux principales composantes du cinéma nippon : la violence et la poésie (les deux se mêlant dans le film).
Après les drames vécus par le personnage principal, celui-ci va donc entreprendre une sorte de parcours initiatique, s’éloignant (ou plutôt essayant de s’éloigner) de ce monde brutal pour rattraper le temps perdu avec sa femme et s’occuper d’elle. Se ressassant sans cesse les tragiques évènements, il s’en va donc au bord de la mer pour se retrouver, pour se reconstruire. Nishi est placé devant ses responsabilités et devant la dureté de la vie. Il apprend que celle-ci réserve parfois des coups durs et qu’il peut en arriver plusieurs à la fois. Comment s’en sortir ? Comment continuer à vivre lorsque tout ce que l’on a construit s’écroule comme un château de cartes ? D’ailleurs, est-ce qu’il vaut la peine de vivre lorsque son monde n’est plus ?

Autant de questions, d’interrogations sur lesquelles Kitano se penche mais auxquelles il ne veut jamais répondre. Kitano n’est pas un moralisateur, il n’a pas la prétention d’apporter de leçons ou même d’être un grand cinéaste. Il filme ce qui l’inspire et ce qu’il est quelque part. Le thème de la mer est récurrent dans son cinéma et avant tout dans la culture nippone. La mer comme lieu de recueillement, comme lieu de paix, de réflexion, de nostalgie. L’immensité de l’océan, sa tranquillité offre à l’esprit tout le repos dont il a besoin. La mer est l’endroit où l’on se retire pour méditer.

Le personnage de Kitano est très intéressant, il sera d’ailleurs repris dans bon nombre de ses films. Kitano se veut immuable, il bouge très peu, ne parle pratiquement jamais et son visage est aussi froid que du marbre. Il est l’Homme par excellence. Dur, froid, résistant, il n’est jamais hésitant. Il marche droit, ne baisse jamais les yeux et ne montre en fait aucun signe de faiblesse. De part son immobilité, il a tendance à créer le malaise chez son prochain, il déstabilise facilement et exploite la moindre faille de son adversaire. C’est pour cela qu’il est si enclin à casser la gueule à n’importe qui. Il va également prendre soin de sa femme. Nishi est un personnage qui assume pleinement ses actes, il est totalement dépassé par les évènements et par la vie mais il continue tout de même d’avancer, laissant des morceaux de lui-même sur son chemin. Son cœur saigne et c’est dans ces longs mouvements de caméra, dans ces longs silences bercés par la musique de Hisaishi qu’il exprime toute sa douleur, toute son impuissance. Jamais un regard couvert par des lunettes de soleil n’aura fait passer autant d’émotions. C’est la passivité de Kitano qui fait la puissance de son personnage et de ce qu’il ressent.

Il est également très maladroit avec sa femme. Là encore, il n’y a pas de gros plans sur leurs visages amoureux, pas de phrases bateaux et de baisers mouillés, il n’y a encore que de longs silences, une tête qui se pause sur une épaule. L’amour est là, caché, timide et réservé, fragile et donc si beau. Le cinéma de Kitano est fragile. C’est un souffle de vent, une pétale de fleur qui se détache, vole dans l’air pour aller mourir dans un « ailleurs ». Si Hana-Bi était une partition, la fin serait alors la note suprême, celle qui vient porter le coup fatal au spectateur, celle qui vient fermre avec une tendre violence cette quête, ce voyage. En poète, Kitano écrit son ultime vers, en peintre il fait son ultime geste.

... Parce que derrière cette immobilité se cache une tempête poétique
 
Benjamin

 
 
 
 

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