Ne croyez pas que je hurle est le joyau tant attendu de l'année. Film expérimental et sentimental, audace narrative et visuelle, cette expérience signée Frank Beauvais est aussi délicate que mélancolique, curieuse que hypnotique.



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Avatar


USA / 2009

16.12.2009
 



MIEUX VAUT AVATAR QUE JAMAIS





"Nous verrons si ta folie peut être guérie."

Joli coup pour James Cameron qui signe son grand retour douze ans après Titanic : non seulement Avatar est le film le plus attendu de l’année, mais surtout il ne devrait pas décevoir les attentes (énormes) que chacun a placé en lui. En effet, c'est une réussite totale, dont la richesse visuelle le dispute largement à la complexité d’un scénario qui refuse de se laisser enfermer dans les codes du genre.

Ainsi, on a beau être dans un film de science-fiction, le réalisateur ne s’embarrasse que de très peu d’explications "techniques", comptant sur la culture préexistante du spectateur pour décoder les différentes zones d’ombre. Le minerai précieux évoque par exemple "l’épice" de Dune (mais aussi le pétrole iraquien), la notion d’avatar est directement empruntée au jeu vidéo et les branchements complexes entre humains et avatars, Na’vis et nature, font penser tour à tour à Matrix et Ghost in the shell. Ici, le virtuel l’emporte rapidement sur la réalité, et jamais peut-être les frontières n’auront été aussi floues.

Univers cohérent et somptueux

D’ailleurs, lorsque Jake Sully se rend pour la première fois hors de la base militaire, il découvre un décor parfaitement digne de certains jeux vidéo en ligne où le moindre détail a été pensé. C’est une harmonie de teintes bleutées et de verdure, de textures tantôt translucides et tantôt lumineuses, où la moindre plante est une splendeur visuelle. D’où l’intérêt de la 3d, qui bien qu’inconfortable sur la durée, permet une vraie immersion dans cette profusion végétale de toute beauté. Quant au nouveau système de captation des mouvements développé pour le film, il offre aux personnages une expressivité et une authenticité qui font oublier en un clin d’œil que les Na’vis ne sont pas réels.

Avec cette seule création d’un univers cohérent et somptueux, le pari d’Avatar serait déjà réussi. Mais en plus, James Cameron a pris grand soin de son scénario. L’intrigue, il est vrai, reste classique, relativement prévisible dans certains de ses rebondissements. Pourtant le réalisateur prend le temps d’en développer les différentes ramifications (notamment l’apprentissage de Jake Sully, qui donne lieu à de splendides scènes aériennes) et d’en complexifier les enjeux. La durée (2 h 40) permet une construction en trois actes où chaque détail se met significativement en place. D’abord le temps de la cohabitation pacifique et de l’apprentissage, puis la démonstration de force des militaires humains, et enfin la réponse des Na’vis. Cela permet à certains personnages secondaires de prendre un peu d’ampleur, et de nouer des intrigues parallèles.

Double lecture

Par contre, cela n’empêche pas les scènes se déroulant chez les humains d’être relativement caricaturales. Les personnages, surtout, sont si binaires qu’ils en paraissent outrés. Le scénario a été écrit sous l’administration Bush et cela se sent : le chef militaire est un allumé de la gâchette et le responsable du complexe industriel un profiteur cynique dépourvu de scrupules. Autant dire que si Stephen Lang (le colonel Quaritch) en faisait moins, le film n’en serait sûrement que meilleur…

Toutefois, cette opposition entre militaires à la solde des intérêts financiers et scientifiques animés par le désir d’apprendre offre une double lecture qui n’est pas anodine. Il est facile de voir dans les militaires les soldats américains en Irak et à la place du minerai ultra-précieux le fameux pétrole iraquien. En filigrane, Avatar s’avère en effet une dénonciation vigoureuse d’un système qui déclare comme ennemis tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. D’où le choix emblématique du héros : un marine handicapé (tombé au champ d’honneur, habitué des conflits sanglants) qui va peu à peu prendre fait et cause pour sa patrie d’adoption. En d’autres mots un véritable traître, écœuré par les horreurs dont il se retrouve complice. En terme de symbole, cela se pose là.

Féminisme et écologie

D’autant que le film lui adjoint des partenaires féminines qui, elles, pour le coup, n’ont rien de stéréotypées. A commencer par Sigourney Weaver, scientifique dure et passionnée qui se jette goulûment sur une cigarette lorsqu’elle sort de son caisson de contrôle. Mais aussi Michelle Rodriguez, pilote d’hélicoptère qui n’a rien à envier à ses collègues masculins, et surtout Zoë Saldana qui interprète Neytiri, l’instructrice na’vi de Jake Sully. Parfaite combinaison des instincts animaux du peuple na’vi et d’une féminité assumée et triomphante, la jeune femme est aguerrie aux techniques de combat et à l’art du dressage de fauves. Globalement, les femmes ont le beau rôle dans la civilisation na’vi (et dans le film) puisqu’elles dirigent leur tribu à égalité avec les hommes. Même leur divinité est une figure féminine et maternelle qui personnifie la planète elle-même.

On retrouve ici un mythe très ancien, celui de Gaïa, déesse-planète perçue comme un être vivant intelligent qui s’autorégule. La défense de cet écosystème primordial trouve alors son écho dans notre époque, et dans bien des œuvres à la philosophie similaire (chez Miyazaki par exemple). Le combat mené contre les agresseurs n’est plus celui d’un peuple aidé par un homme providentiel mais d’une planète entière unie dans l’effort. Symboliquement, l’Américain n’apporte rien aux Na’vis : c’est en se nourrissant de leur culture et de leurs mythes qu’il est capable d’agir. C’est-à-dire en devenant l’un d’entre eux, parcelle de ce grand tout qu’est Pandora. Au passage, Cameron revisite l’Histoire et montre sous un jour nouveau la légende d’une Amérique apportant la civilisation aux peuplades primitives : les Na’vis ne sont pas les Indiens, on ne peut pas les acheter avec des verroteries.

Synthèse intelligente de diverses influences philosophiques, thématiques et même politiques, Avatar réussit l’exploit d’être à la fois une prouesse technique, une réussite visuelle et un divertissement de qualité, tout en offrant un arrière-plan riche et complexe qui lui permet de rivaliser avec les plus grands univers de science fiction inventés par la littérature et le cinéma depuis ses origines.
 
MpM

 
 
 
 

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