Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Green Zone


USA / 2010

14.04.2010
 



Green Zone pourrait rejoindre deux autres films sortis au cours de l’année : Shutter Island de Martin Scorsese et The Ghost-Writer de Roman Polanski. Ce sont trois films très différents dans leur traitement, dans leur histoire mais qui ont deux points communs. Le premier (celui de moindre importance) est qu’ils usent très largement du genre thriller. Ce sont des films à suspense où un héros, en grand danger, se retrouve confronté à une conspiration quelle soit institutionnelle ou politique. Une enquête des plus rigoureuses et périlleuses est donc menée par chacun des trois héros : Léonardo DiCaprio, Ewan McGregor et Matt Damon qui sont tout trois des têtes d’affiches, capables (ou presque) de porter un film grâce à leur seul nom. D’ailleurs, ils apparaissent seuls sur les affiches de leur film respectif. Ensuite, leur second point commun, le plus important, est leur portée politique, leur regard critique sur le monde actuel, sur l’évolution du XXIème siècle et sur les dérives de notre temps. Et tout trois abordent la notion de mensonge, de conspiration, de secrets inavoués et inavouables.





Shutter Island est, certainement, le plus éloigné de la question politique mais le mensonge est au cœur du film et Martin Scorsese semble nous dire qu’aujourd’hui, la mondialisation, la multiplication des voix et des images nous plongent dans un brouillard des plus épais. Dénicher le vrai du faux est devenu plus qu’un casse tête et nous sommes donc de plus en plus manipulables.
The Ghost-Writer, qui est sans aucun doute le plus raffiné, le plus abouti et le plus percutant des trois films, s’attaque au rôle de la Grande-Bretagne dans la guerre en Irak et plus précisément celui de Tony Blair en ce qui concerne les questions de tortures perpétrées sur des prisonniers. Encore une fois, quand le doigt est mis dans l’engrenage, impossible de s’arrêter, impossible de faire l’autruche et McGregor devra aller jusqu’au bout. Mais le film est également le plus pessimiste de tous par sa fin sans réelle issue.
Le film de Paul Greengrass, lui, est à la fois le plus américain du groupe et à la fois celui qui se veut le plus frappeur. Américain car nous sommes parfois noyés sous les noms de codes militaires « Alpha 1 ici Bravo 4 », etc. Le film joue beaucoup sur la connaissance du public des outils militaires employés dans les films de guerre américains. Ensuite, il y a la volonté de cacher parfois le propos sous l’action. Mais ce serait peut-être se méprendre sur le cinéma de Greengrass que de croire cela. Green Zone est autant un film d’action qu’un voile levé sur l’épisode des armes de destruction massive en Irak.

Tout d’abord, il faut saluer l’incroyable maîtrise de Paul Greengrass en ce qui concerne l’environnement filmique. Une leçon pour ces jeunes blancs becs qui utilisent la caméra à l’épaule à outrance pour masquer leur manque de compétence. Greengrass, lui, créé une véritable situation de chaos où la tension est palpable. La caméra virevolte de tout côté sans pour autant perdre ses repères car le réalisateur sait ce qu’il veut ou non montrer. La mise en scène nerveuse se marie donc parfaitement avec le montage agressif du film. C’est le style Greengrass qui avait déjà fait ses preuves dans La vengeance dans la peau. Dans Green Zone, il atteint une sorte d’apogée tant la maîtrise de l’espace cinématographique est parfaite, notamment dans les séquences de combat de rue.
Que dire ensuite des personnages. Des rôles, certes un peu convenu (le soldat héroïque, le politicien véreux, etc.), mais des rôles en or pour les acteurs. Ils font preuve d’une réelle présence à l’écran que ce soit Brendan Gleeson et Greg Kinnear ou tout simplement Matt Damon, qui affine de plus en plus son jeu pour notre plus grand bonheur. Il lui est souvent reproché un manque d’inexpressivité en raison d’un visage juvénile à la DiCaprio, il est pourtant totalement crédible en commandant de section et la réussite du film lui revient en partie.

Enfin, Green Zone, de part son sujet, apporte en nous de nombreuses questions. Si les films traitant du Vietnam avaient un réel impact dans les années 70 en raison de leur noirceur et du rêve américain qu’ils brisaient, qu’en est-il de ces films qui dépeignent la guerre en Irak et le rôle plus que critiquable de la puissance étasunienne ? Quelle est la valeur de Green Zone ? Est-il politiquement faible maintenant que chacun connaît la vérité ? Maintenant qu’elle est digérée et presque oubliée ? Qu’aujourd’hui chacun semble avoir mis de côté l’inexistence d’armes de destruction massive ?
Dans un monde où la critique, la contestation est presque devenu un phénomène de mode, quelle poids à une production hollywoodienne qui pointe du doigt un mensonge aussi conséquent que celui-là (vendu par ailleurs comme un simple film d’action avec Matt Damon dans la lignée des Jason Bourne) ?
Green Zone, s’il traite d’une façon palpitante ce mensonge américain, soulève de sérieuses questions quant au rôle du cinéma dans les affaires politiques actuelles. Que retiendra-t-on de ce film ? Il est à parier que le spectateur lambda parlera des scènes d’action, du rythme tendu et du suspense qui règnent mais, parlera-t-il de ce mensonge éclaté ?

Au final, Green Zone risque d’avoir le même impact que l’article du commandant Miller dénonçant le mensonge des dirigeants américains. Un impact réduit et peut-être un film perdu dans un monde où désormais il n’y a plus de « camps », plus de manichéisme mais un melting pot à échelle mondiale où chacun peut être un allié ou un ennemi…
 
Benjamin

 
 
 
 

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