Ne croyez pas que je hurle est le joyau tant attendu de l'année. Film expérimental et sentimental, audace narrative et visuelle, cette expérience signée Frank Beauvais est aussi délicate que mélancolique, curieuse que hypnotique.



Betty Marcusfeld
Cervin, la montagne du monde
Chambre 212
Donne-moi des ailes
Jacob et les chiens qui parlent
Joker
La fameuse invasion des ours en Sicile
La grande cavale
Nos défaites
On va tout péter
Papicha
Pour Sama
Quelle folie
Soeurs d'armes
Tout est possible



Parasite
Le Roi Lion
Une Fille facile
Viendra le feu
Deux moi
Un jour de pluie à New York
Bacurau
Ne croyez surtout pas que je hurle
Alice et le Maire
Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie



L'œuvre sans auteur
Comme des bêtes 2
Fast and Furious: Hobbs and Shaw
Le Gangster, le Flic et l’Assassin
Once Upon a Time... in Hollywood
Perdrix
Playmobil, le film
Une grande fille
Roubaix, une lumière
Thalasso
Les Baronnes
Late Night
Hauts perchés
Frankie
La vie scolaire
Fête de famille
Les hirondelles de Kaboul
Liberté
Jeanne
Music of My Life
The Bra
Tu mérites un amour
De sable et de feu
Ad Astra
Trois jours et une vie
Portrait de la jeune fille en feu
Au nom de la terre
Downton Abbey
Port Authority
Atlantique
Gemini Man






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



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The Social Network


USA / 2010

13.10.2010
 



FINAL CLUB





« - Tu avais un seul ami. »

The Social Network ne contribuera pas à expliquer le phénomène Facebook ni même son impact sur la population mondiale (enfin 8% d’entre elle), avec ses atouts et ses aspects les plus négatifs. David Fincher n’avait pas cette ambition. Mais comme pour Fight Club, le cinéaste essaie d’expliquer, avec une mise en scène de plus en plus classique (privilégiant les hommes aux images), les travers d’une Amérique où la lutte des classes est invisible mais bien prégnante. Comme avec Zodiac, il construit un puzzle , avec ses aller-retour temporels, pour comprendre comment un personnage a priori banal devient un mythe contemporain, aussi fascinant qu’antipathique.

Cette étrange histoire de Mark Zuckerberg s’apparente à un jeu où le défi est de grandir, habité par une paranoïa latente et un véritable arrivisme. Il s’agit, avant tout, d’un portrait d’une génération, des Rastignac en puissance biberonnés à Harvard et croyant à leur destin de Princes et de milliardaires. Le titre anglais du livre dont le film est l’adaptation n’est pas anodin : "Milliardaire par accident". Zuckerberg était bien celui qui ne se pensait pas être le prochain Bill Gates. Il n’était pas dans l’élite, ni dans les clubs élitistes de l’Université, et n’avait même pas le physique pour séduire. En cela la traduction française du titre du livre, "La revanche d’un solitaire", est tout aussi approprié. C’est le prolo habillé en Gap qui surclasse les aristos. Lutte des classes. David contre Goliath. Un homme seul, ou presque, au cœur d’un lieu où les amis et les réseaux sont le nerfs du pouvoir. « Dans le monde où le social est crucial, ce serait le Graal », un trombinoscope intelligent et contributif. Ne pouvant être accepté dans ces cercles exclusifs, il a créé le sien. Ironie du sort, il le domine mais n’en fait pas plus partie. Toujours à l’écart.

Mais qui aurait envie d’être ami avec quelqu’un qui aime passer pour un connard ? Le scénario d’Aaron Sorkin plante le ver dans la pomme dès la première scène : une rupture entre le « nerd » et sa copine. Ça commence dont avec un échec sentimental. Trauma qui va déclencher son envie de classifier les étudiantes. Être un génie informatique n’empêche pas d’être impopulaire. Les dialogues sont comme des statuts Facebook, passant du coq à l’âne. « Pour changer de sujet ». « Quand tu dis deux trucs à la fois, je me perds ». «- Soyons amis. – Je ne veux pas d’amis ». De fait Zuckerberg n’en aura qu’un sur qui compter : Eduardo Saverin.

L’un bouffe du code, l’autre est plutôt brillant en économie. L’informaticien n’a aucun talent pour être sociable. L’autre a au moins l’avantage de ses origines latinos qui en font un parfait élément à remplir les quotas. Le premier est menteur quand son futur associé est une bonne conscience.

Dans cette Amérique des facs, où la nuit est partagée entre ceux qui étudient, ceux qui codifient et ceux qui font la tournée des « party », Fincher, loin d’un Araki qui explose les codes du genre, filme les beaux bâtiments d’Harvard, l’univers feutré de ces institutions qui opacifient toutes les débauches et les immoralités condamnées à l’extérieur de ce vase clos. De même quand la réussite pointe son nez, les bureaux se font de verre et de béton. La transparence est omniprésente et les open space livrent les scènes de ménage en pâture à tous les témoins. Pourtant ce n’est qu’illusoire : personne ne sait ce qui se passe dans la tête du patron, tout le monde ignore les trahisons, mensonges, filouteries qui ont gangréné ses relations avec les plus anciens soutiens. La transparence est un mirage comme l’opacité est une hypocrisie.

Et cela rend ces jeunes capitalistes profondément antipathiques en plus d’être arrogants, jaloux, envieux, lâches, manipulateurs, prétentieux. Comment faire aimer de tels protagonistes ? En créant des victimes, en humanisant les failles, en faisant payer un prix (relativement modeste) pour mauvaise conduite. Car sans les jumeaux Winklevoss ou Saverin, Zuckerberg n’aurait pas eu l’idée ou les moyens de transformer son Facemash en Facebook. Sans les quelques apports de Sean Parker, Facebook n’aurait peut-être pas décollé si rapidement à l’international et les fonds d’investissement n’auraient pas eu tout de suite connaissance du potentiel de ce réseau social. Bref, Zuckerberg avait besoin d’amis pour grandir : il les a tous plantés. C’est un sujet dramatique par excellence. D’autant qu’il humilie son seul ami et garde le fantoche. Ses choix peu perspicaces accentueront un peu plus ce sentiment de solitude autour de lui. Un vide qui, pour la fiction, le conduira à demander en ami sur Facebook la seule personne qu’il aimait vraiment.

Le roi est seul. « Ce mec a pas trois potes pour faire un bridge » mais rend addictives à son site 650 personnes en un jour. Mais il ne déteste personne (sans doute pour ça qu’il n’y a pas de bouton « je n’aime pas » sur Facebook). Just Business. Des gamins qui jouent au Monopoly. La faille du script s’ouvre là. Le trio Eisenberg (excellent), Garfield (fabuleux), Timberlake (parfait) ne prend pas. Ce qui aurait du être un conflit tragique devient la partie la plus flottante du script. Fincher ne sait plus où ancrer son histoire, entre l’ascension du site, les rivalités des hommes, les mesquineries des procès ultérieurs, les troubles de Zuckerberg.

Il se rattrape avec le dernier quart du film. Plus qu’une « success story », Fincher évoque les « échecs story ». Echec dans une course d’aviron, dans une entreprise (Napster), dans une manière de gérer un couple ou même de gérer une image). Mais surtout, l’’échec peut devenir un succès, avec ou sans son créateur. Et si Zuckerberg ne voulait pas partager le pouvoir ? Un réseau social d’où lui-même s’est exclu. Les procès démoliront un peu plus son envie de se fier aux autres, comme ils empêchent les autres de vouloir lui pardonner. Pourtant, le final semble l’humaniser et vouloir le rendre sympathique (un peu tardivement). Cet ado pas finit ne semble pas connaître l’amabilité.

Fincher cherche peut-être à le racheter. Mais il n’a pas le profil. Dans cette Amérique lisse où tout se fait à base de conciliabules et de conciliations, les cons restent ceux qui n’ont pas le pouvoir ou l’argent. Tout comme il ne critique pas Facebook en tant que création, il reste admiratif de ce phénomène de société et fait l’apologie de cette compétition, avec ses lois et ses coups bas, qui stimulent la création. Cynique jusqu’au bout.
 
vincy

 
 
 
 

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