Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Good Bye Lenin!


Allemagne / 2003

10.09.03
 



LE FABULEUX DECLIN DE L’EMPIRE EST-ALLEMAND





" - Notre Trabant est prête.
- Déjà ? Au bout de 3 ans ?
"

Je vous entends déjà lire : la canicule lui a tapé sur la tête. Déjà à Cannes, il avait apprécié un film russe, maintenant il nous met 5 étoiles à un film allemand. 5 étoiles, sur Ecran Noir, c’est très rare. Cela justifie un coup de coeur, un de ces films qu’on a tout de suite envie de revoir, pour des raisons aussi différentes que celles qui vont suivre. Le film débute en 1978, lorsque la RDA, initiales officielles de l’Allemagne de l’Est, est à son "top niveau mondial", envoyant un cosmonaute dans les étoiles. Le prologue semble radieux.
Mais Good Bye Lenin ! porte bien son nom puisqu’il installe cette chronique familiale en 1989, pour les 40 ans de la RDA et l’adieu à l’influence soviétique. Alexandre Kerner est alors au sommet de sa virilité : la petite vingtaine, la bière facile et aucun but dans sa vie.
De là naît un film à la fois nostalgique et critique, mélancolique et ironique, familial et social. Mais cette comédie dramatique ne puise pas sa force dans la moquerie, celle d’un régime qui nous apparaît aujourd’hui aussi ridicule que pathétique. En faisant le lien entre ce passé assumé, utopiste, irréaliste, et un avenir démocratique et plus libre, le scénario dessine un juste milieu idéal, entre ce qu’aurait du être le socialisme et ce que devrait être le capitalisme. Le film permet en fait à Alexandre de refaire la RDA telle qu’il l’aurait rêvée. Et son sens de la débrouille, son obsession de la reconstitution d’un temps révolu comblent ce rêve de moments anecdotiques et "drôlatiques".
Bien plus que le déclin d’un pays, il s’agit avant tout de la destruction d’un couple. Dans ce scénario appliqué et inventif, une nation est réunifiée, mais aussi une famille. Les dysfonctionnements mentaux et autres comas de la mère font écho à ce pays en plein chaos économique, coupé d’un monde en pleine ébullition. Aussi la mère et la patrie fusionnent, jusqu’à l’inévitable fatalité. L'encéphalogramme de l'une illustre la santé de l'autre.
Dans la forme, nous sommes très proches d'Amélie Poulain : le récit à la première personne du singulier, la quête d’un environnement parfait, la recherche du bonheur des autres (ici la mère), la solitude du Berlinois, l’esthétique carte postale (dès le générique, magnifique) et bien entendue la musique de Yann Tiersen.
Mais sous le prétexte que "20 ans de RDA n’ont pas nuit à leur santé", le réalisateur, Wolfgang Becker, a mélangé avec subtilité la désillusion sur un pays, une pensée politique et l’espoir d'un autre monde possible. L’humour, mordant, aussi bien visuel que textuel, contribue pour beaucoup à la jubilation du spectateur. Car même la réunification (et par conséquent l’occidentalisation forcée de ces Allemands communistes) n’est pas à l’abri d’un constat cynique et de certaines observations cyniques. La conquête de Berlin-Est par le diktat des marques (Ikea, Coca Cola, Burger King...) en est le parfait exemple. Cela n’empêche pas le film de s’offrir quelques belles séquences : les premiers pas simultanés de la mère convalescente et du bébé à peine debout. Mais surtout cette rencontre onirique et surréaliste entre la mère et la statue de Lénine. La scène est saisissante (de beauté comme d'efficacité) et résume l’ensemble de l’oeuvre.
Si Good Bye Lenin ! nous émeut, du sourire aux larmes, c’est parce qu’il trace le portrait caustique d’un territoire, d’une culture, d’un groupe, certes, mais surtout il dépeint avec affection un sentiment. Ce sentiment de vouloir retrouver une partie de son bonheur, avant qu’il ne se sauve, avant qu’il ne nous fuit... Comme on aime reconstruire un jouet Légo de notre enfance. Mélange de ludisme et d’apprentissage, cet itinéraire d’un jeune homme, pris dans les tourments de l’histoire et la peur de voir mourir ses génitrices, créé un vrai film populaire, enthousiasmant et généreux. L’ensemble est porté par des comédiens en adéquation avec leur rôle. Sans verser dans "l’Ostalgie", et quitte à dire au revoir à Lénine, autant le faire avec plaisir.
 
vincy

 
 
 
 

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