Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Hugo Cabret (l'invention de Hugo Cabret - Hugo)


USA / 2011

14.12.2011
 



LE VOYAGE DANS LE PASSÉ





"Mon père et moi lisions Jules Verne ensemble"

Le nouveau film de Martin Scorsese est en tout point surprenant. Surtout lorsqu’un réalisateur de sa trempe n’hésite pas à modifier, pour l’occasion, la cartographie habituelle qui a façonné ses œuvres précédentes. À dire vrai, Hugo Cabret nous déroute dans sa capacité à surprendre là ou on ne l’attend pas. Il nous séduit aussi pour cette raison. Mieux, il nous envoûte, capture notre sensibilité pour atteindre un résultat palpitant, merveilleux, intelligent. Car sous des airs feutrés de conte pour enfants, Hugo Cabret est bien plus que cela. Il s’agit d’un formidable hommage au 7ème art, sorte de déclaration d’amour pour le cinématographe, sa magie et les précurseurs du siècle dernier qui lui ont donné vie.

Tout commence donc dans le Paris des années 30, gare Montparnasse. Ce Paris, formidablement bien reconstitué, ressemble à celui de Jean-Pierre Jeunet dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain : idéalisé, mélancolique, bariolé, un peu cliché tout de même, mais fourmillant de mille détails cinéphiles. Dans un décor qui s’ouvre à nous par l’intermédiaire d’une première séquence immersive à la technicité bluffante, l’utilisation de la 3D vaut le détour. Pourquoi ? Parce qu’elle est au service de l’histoire en devenant un véritable point d’appui au propos qui, petit à petit, se dévoile. Entre ses mains, la 3D n’est pas un artefact mais bel et bien un nouvel outil narratif à même de prolonger le cycle des innovations qui ont jalonné l’histoire du cinéma.

La rencontre, presque anodine, entre Hugo (Asa Butterfield) et papa Georges, vieux marchand de jouets installé dans une des galeries de la gare Montparnasse (Ben Kingsley, incroyable de justesse), va déclencher une réaction en chaîne des plus improbables, ponctuée par les séquences burlesques du chef de gare (Sacha Baron Cohen, parfait dans ce rôle maladroit). De cette première rencontre forcée naîtra une deuxième rencontre. Elle sera le moteur de l’action puisque c’est par elle que la quête proposée par Scorsese prendra définitivement son envol. Notre couple, formé de l’orphelin Hugo et de la fille de papa Georges, Isabelle (talentueuse Chloé Grace Moretz) partira à la recherche d’un formidable secret. Sans doute un peu longue pour certains et caricaturale pour d’autres, elle est pourtant essentielle à la dramaturgie en place. De toute façon Scorsese prend son temps, fait durer le plaisir avec sa galerie de personnages rose bonbon gravitant autour de nos deux jeunes aventuriers eux-mêmes happés par le cours de l’histoire.

Scorsese s'est identifié à cet orphelin solitaire et cet hommage au cinéma muet

Et là, le tour de magie opère. L’acte de prestidigitation se dévoile dans toute sa splendeur d’inattendu. Le chemin du conte s’efface au profit d’une véritable déclaration d’amour pour le cinéma de l’entre-deux-guerres. L’histoire se mélange à l’Histoire au point de façonner un méta-cinéma ou les prouesses technologiques de Scorsese répondent à celles invoquées par le cinéaste dans son hommage à l’un des plus grands cinéastes du premier quart de siècle passé : Georges Méliès. Et nous assistons, hypnotisés, à la reconstitution de scènes entières issues des films de Méliès. Le cinéaste New-Yorkais ravive par touche successive l’idée de patrimoine, d’universalité de l’art, de mémoire collective. Il efface les frontières, le temps, le langage et convoque dans une fiction moderne une émotion primitive sincère. Au-delà de l’hommage, Scorsese porte un témoignage affectueux sur cet homme qui était tout à la fois inventeur, prestidigitateur, technicien, acteur.

Cela n’empêche pas Scorsese de nous faire rêver avec sa quête sortie d’un autre temps. Ici, point de méchant, de créature hybride, de rédemption malhabile ou de rebondissement de dernière minute. Le trésor caché se trouve ailleurs, en dehors des sentiers battus des films à tiroirs pour préadolescents. Non, Hugo Cabret parle à tout le monde, petit et grand, cinéphiles ou simples spectateurs du dimanche. Il associe dans un même élan fédérateur spectacle populaire et vrai film de passionné pour nous offrir une histoire touchante à plus d’un titre.

L’investissement de Scorsese dans cette affaire n’était pas feint, comme on pouvait légitimement l’espérer. En cette période de fêtes il nous offre une aventure intemporelle qu’il ne faut pas rater. En somme, il s’agit du long-métrage de cette fin d’année à voir en famille.
 
geoffroy

 
 
 
 

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