Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Bullhead (Rundskop)


Belgique / 2011

22.02.2012
 



QUE LA BÊTE MEURE





«- Tu sais ce qu’est ton problème. C’est que t’as pas de couilles. »

Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume de Belgique. Que ce soit côté flamand ou wallon. Le fric sale se fiche des frontières linguistiques malgré les clivages évidents entre les deux communautés. Le crime aussi. Bullhead est un polar, mais pas seulement. Ce serait réducteur. La mise en scène, à la Audiard, nous entraîne dans des méandres psychologiques presque plus violents que l’histoire de maffieux qui l’entoure.

Dans cette Belgique rurale, industrielle, triste, nappée de ciel gris et de terre humide, le film croise le destin d’un homme et une chronique policière, la quête d’un idéal inatteignable et un trafic d’hormones pour animaux. Il y a ce jeune homme au physique taurin, soufflant comme un bœuf, sur-protéiné, prêt à rentrer dans l’arène quand il sait qu’il va y mourir, et toutes ses vaches parées pour l’abattoir.

La comparaison bovine n’est pas qu’un effet de style littéraire : il s’illustre en permanence dans les images. Les corps sont filmés comme ceux d’animaux, qu’ils soient allongés ou assis. Les épaules, déployées ou baissées, les bassins exhibés ou cachés. Les plans sont furtifs mais ramène l’homme à sa bestialité. Des gens ordinaires subissant leur carcasse, frêle ou musclée, refoulant leurs désirs, homosexuels ou impuissants. Ils ont également tous la tête de l’emploi. De sacrées gueules, des gueules d’atmosphère. Les deux personnages principaux sont les héros des deux histoires parallèles du début du film, qui vont se croiser, après défiance et méfiance. Nous revient alors en tête la première phrase du film : le passé ressurgit toujours, et on se fait toujours couillonné. S’invite un flash back dans l’enfance qui nous plonge dans les racines de la tragédie (et lâcheté) humaine (et la rivalité entre les deux hommes). L’acte est atroce (spectateurs mâles vous risquez d’être remués).

Un piège déclenché il y a vingt ans va trouver son épilogue grâce à une multitude manigances et de coïncidences. La tension s’accentue avec un seul effet : la connaissance approfondie des deux hommes, au bord du pétage du plomb, ou de leur rédemption. Leur aspect psychopathe ajoute à cette incertitude. Sans la parenthèse romantique, certes nécessaire mais un peu longue, le film nous aurait scotché de bout en bout. Bandé comme un muscle tendu. Mais il se relâche par certains moments dans la deuxième partie. La frustration sexuelle tient lieu de tension sous-jascente. La frustration est même le fil conducteur de personnages peu flamboyants mais survivants dans leur monde de merde, en jouant double jeu ou en étant relativement intègre. Si Bullhead offre un grand rôle masculin au 7e art, le rapport à la femme est tout aussi intéressant : traîtresse idéalisée ou chef flic et amante d’un homo, elles sont ambivalentes. Ou inexistantes. Le film explore aussi d’autres facettes avec des digressions : la tonalité esthétique varie avec en décor de sublimes paysages à contempler, comme des tableaux néerlandais du XVIIe siècle ; ou encore, en incartades, le numéro de duettiste des deux garagistes cocasses, qui rappelle l’humour décalé des Belges.

Toujours est-il que Bullhead est autant un portrait psychologique de deux mâles, déviés de leur sexualité, qu’un polar bipolaire et un Western binaire. Les Cowboys, remplis ou vidés de testostérone, subissent en fait l’injustice permanente d’adultes ou de mentors. Innocents sacrifiés, comme ces vaches qui fourniront les steaks dont les salauds, épargnés, se régalent.
 
vincy

 
 
 
 

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