Steve Jobs est assurément meilleur que l'autre biopic sur le boss d'Apple, Job. Tragédie en trois actes dans un théâtre d'ombres, où la manipulation et la trahison sont les moteurs, le film de Danny Boyle écorche le mythe du génie visionnaire...



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Saya Zamouraï (Saya-zamurai - Scabbard Samurai )


Japon / 2011

09.05.2012
 



MORT DE RIRE





Le proverbe qui raconte que le ridicule ne tue pas a trouvé son maître, tant le réalisateur Hitoshi Matsumoto érige l’absurdité du non-sens en arme de distraction massive. Son film Saya Zamouraï approche les sommets du burlesque avec le rire comme échappatoire à la mort.

La figure du samouraï japonais inspire quantité de films avec ses codes de conduite. Il n’y a presque rien de tout ça ici hormis le rite du ‘seppuku’, la punition qui consiste à se suicider soi-même en s’enfonçant une lame dans le ventre. Saya Zamouraï n'est donc pas vraiment un film de samouraïs puisque le personnage principal, devenu un samouraï sans sabre, n’en est plus un.

Après la mort de sa femme, il erre comme une âme en peine avec sa petite fille avant d’être capturé. Il est condamné à une sentence particulière, les travaux des trente jours : il doit exécuter quotidiennement un numéro pour essayer de faire sourire le fils d’un dignitaire resté prostré et mutique depuis la mort de sa mère. Si, après ces trente tentatives, l’enfant n’a pas retrouvé un sourire, alors le samouraï déchu est condamné à mort.
Après un prologue original mais maladroit, le film commence à prendre forme avec ces travaux des trente jours, les trente sketchs qui seront élaborés sont tous plus loufoques les uns que les autres. C’est une suite de gags qui tiennent beaucoup du mime muet, du plus débile au plus spectaculaire comme par exemple un combat de sumo en solitaire ou l’homme-canon. Chaque gag est fait avec la menace de la condamnation à mort, chaque gag est une réponse à l’échec du précédent, et chaque gag est promis à l’échec…

Mais chaque gag, aussi risible soit-il, fait véritablement rire grâce à la personnalité de son acteur. Takkaki Nomi a un visage désabusé et un corps fatigué, il se dégage de son allure quelque chose entre l'apathie du chien Droopy et la tristesse de Buster Keaton. Il est aidé à la fois par deux gardes de sa cellule de prison qui l’ont pris en sympathie (ils sont tous deux comiques malgré eux), et aussi par sa petite fille qui a honte de lui. Ensemble ils proposent des idées farfelues, et les répétitions sont lamentables. Chaque sketch est un écho au précédent, et bien évidement on sait que cela va échouer, que le petit prince ne sourira pas. Avec l’ultimatum de la mort qui se rapproche chaque nouveau gag devient de plus en plus drôle dans son ratage…

Hitoshi Matsumoto est un artiste avec plusieurs casquettes (il écrit, il a chanté…) connu au japon surtout comme un animateur comique pour la télévision, mais qui se tourne de plus en plus vers le cinéma (un peu comme son compatriote Takeshi Kitano). Dans ses deux premiers films, où il était à la fois réalisateur et acteur, son sens de l’humour caustique se déployait dans tous les sens. Dai Nipponjin est une parodie de documentaire sur un super-héros minable (inédit mais sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2007), et Symbol le montre enfermé tout seul dans une pièce blanche où différents leviers font tomber toute sorte d’objets improbables (inédit mais passé par le Festival asiatique de Deauville en 2009). Deux films à l’originalité peut-être un peu trop audacieuse...

Ce troisième film Saya Zamouraï est plus basique en apparence car il repose sur un défi simple : réussir à faire rire l'enfant ou mourir. Une simplicité qui porte comme ambition de faire se mesurer le comique au tragique, puisqu'au fond, il s’agit rien de moins que de supporter un deuil. Est-ce possible de retrouver le sourire après la mort d’une épouse ou d’une mère ? Chaque tentative désespérée de rire avec la mort navigue entre espoir et désespoir. Saya Zamouraï, c’est le clown le plus triste et le plus drôle du monde.
 
Kristofy

 
 
 
 

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