Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Totall Recall : mémoires programmées (Total Recall)


USA / 2012

15.08.2012
 



LA MÉMOIRE DANS LA PEAU





«- Essaie de dormir.
- J’ai peur de mes rêves.
- Rêve de moi. Mais pas avec ce caleçon.
»

Un roman ou une nouvelle de Philip K. Dick au cinéma est toujours une promesse d’anticiper notre monde futur. Il s’agit d’un des rares auteurs dont la transposition visuelle de ses univers est cinégénique originellement. Blade Runner et Minority Report demeurent des références malgré l’évolution des effets spéciaux et la banalisation du futurisme dans le cinéma.

Total Recall ne fait pas exception. Artistiquement, le film épate les mirettes. La colonie, territoire surpeuplé situé en Australie, dans un bordel urbanistique mélangeant Hong Kong et Bangkok, prostitution incluse, renvoie à Blade Runner. L’Union fédérale Britannique, au nord de Londres, est toute aussi dense, mais beaucoup plus propre et prospère, et semble faire écho à la ville aseptisée de Minority Report, comme une Tokyo d’Enki Bilal. Entre les deux une navette qui voyage au Centre de la Terre. Au milieu de tout cela, des Robocops, un chef des résistants fantomatique (et de passage), un dirigeant assoiffé de pouvoir et une planète dévastée. Cette version de Total Recall n’est en effet pas martienne mais terrestre. En cela, elle se détache de la nouvelle de Dick. Cette trahison n’est pas gênante. Mais elle permet surtout au film de ne pas être comparé au film de Paul Verhoeven, tiré de la même nouvelle.

Bon thriller, avec tout ce qu’il faut d’action (on a parfois à peine le temps de respirer), ce Total Recall a évidemment des airs de déjà vu. Sans doute parce que les personnages sont très facilement prévisibles dans leurs réactions dès la mise en route de l’histoire. Le film ne cherche pas à contextualiser réellement les conflits. Ce qui est assez logique puisque le prologue est un cauchemar et le film n’est peut être qu’un rêve. Toutes ces illusions sont censées nous troubler. Mais les maladresses de découpage, la volonté du scénario de toujours vouloir être rationnel empêchent le spectateur d’être dans le doute. Peu importe finalement si le personnage principal se fabrique un souvenir à travers un fantasme, avec l’aide d’un logiciel de pointe ou s’il est vraiment plongé dans une réalité où il joue les héros. C’est dommage car le film aurait gagné en mystère, en profondeur, et en intérêt.

En voulant parfois jouer de l’ambiguïté, le film montre qu’il ne surmonte pas sa faiblesse : allier le spectacle sur fond de traque et de conflits (psychologique, politique, guerrier) et tenter une illustration d’un délire paranoïaque. Bien plus à l’aise dans le spectacle, avec quelques séquences gracieuses jouant sur l’apesanteur, le film ne parvient jamais à entretenir la suspicion du spectateur sur ce qu’il voit. Real or not real, that is the question.

«- Si je suis pas moi, je suis qui bordel ?!»

Pour le reste rien de neuf : un seul homme peut dérégler les armées les plus blindées et détruire les ambitions les plus maîtrisées. Dans un monde sur sécurisé et esclavagisé, le logiciel Rekall, avec sa chaise de torture, semble la drogue ultime. Il faut tout le talent d’un Colin Farrell en belle forme pour nous convaincre que cet homme ordinaire est un Jason Bourne en puissance (amnésie et réflexes compris). On le voit là encore : le manque d’originalité plombe légèrement le scénario. Hollywood se créé des rêves qui ressemblent à ceux d’avant : un remake (Total Recall), des décors usuels (Blade Runner, Minority Report, les mangas), un espion qui ne le savait pas (Jason Bourne), une garce fatale incarnée par Beckinsale (qui copie son propre personnage dans Underworld)… Mais les renversements de situations, parfois habiles, les cascades en série, la séquence triangulaire à la Johnnie To relèvent le niveau moyen de la production actuelle.

Cependant, ce n’est pas Inception ou même un Cronenberg. Tout ici est très bien programmé pour que le spectateur ne soit pas effrayé par le monde qui l’attend. Comme dans Matrix, il y a un sauveur. Mais qui sauvera Hollywood de son désespérant déclin à vouloir décliner jusqu’à l’infini les mêmes histoires aussi efficaces soient-elles ?
 
vincy

 
 
 
 

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