Avec Tolkien n'est pas seulement le récit de la jeunesse du célèbre écrivain, incarné par Nicholas Hoult. C'est aussi un assemblage des influences et inspirations qui ont conduit l'auteur à écrire la saga culte du Seigneur des anneaux.



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The Master


USA / 2012

09.01.2013
 



LES LIMBES DU PACIFIQUE





«- Oubliez vos soucis, il seront toujours là à votre retour. »

Cela commence sur une plage du Pacifique. Un homme un peu cinglé, ivre de liquides intoxiqués, délire devant des soldats ébahis et gênés. Il est dans son monde, seul, noyé dans des limbes dont on ne se réveille pas vraiment… En quelques scènes, The Master impose un formalisme qui subjugue, une vision noircie de l’homme, animal à pulsions.

Il n’y a rien à reprocher à l’excellence de la mise en scène de Paul Thomas Anderson. Maîtrisée à l’excès, elle souffre juste du même défaut que les films d’Audiard : le cinéaste a une conscience aiguë de ses plans, de son cadrage, de son image et se regarde filmer, comme un artiste clamerait « regardez mon dernier chef d’oeuvre ». Il sait ce qu’est un grand film et le nourrit avec tous les ingrédients, savamment dosés, nécessaires. A la différence d’Audiard, cependant, on éprouve un certain ennui tant cette œuvre plastiquement parfaite est dépourvue d’émotions Ce qui entraîne un ennui certain auquel ne nous avait pas habitué le réalisateur. Des séquences un peu inutiles, quelques longueurs… D’habitude, la démence, la fougue, l’effervescence des personnages suffit à insuffler du rythme. De même, ses fresques se tissent dans une narration complexe, entremêlant les destins pour parvenir à une catharsis salutaire et jouissive.

Ici, rien de tout ça. Il y a un dominant et un dominé, ou plutôt dompteur et dompté, deux destins qui ne s’entrechoquent jamais, une histoire finalement très linéaire. Sans ces palpitations, The Master échoue à toucher le cœur. Et au cinéma, le cerveau peut toujours être séduit, il ne peut pas suppléer au plaisir qu’un film peut procurer.
Cette obsession de la perfection a sans doute paralyser Paul Thomas Anderson, en quête d’un grand prix, d’un Oscar ou d’une reconnaissance qui nous importent peu. Les comédiens donnent le meilleur d’eux-mêmes. Philip Seymour Hoffman, fascinant et complexe, et Amy Adams, plus puissante qu’on ne le croit, jouent avec subtilité les rôles de mentors manipulateurs légèrement allumés. Vulnérable Atlas portant le film sur ses épaules, Joaquin Phoenix n’arrive jamais à se détacher de son personnage de soldat traumatisé un peu idiot et toutes les méthodes d’Actor’s Studio ne suffiront pas à le débarrasser de son « sur-jeu ».

Reste qu’Anderson est en terrain familier. La folie des hommes est son crédo. Névrosés, mégalos, fragiles, en quête d’un père ou d’un fils, tout le film est traversé par les thèmes récurrents du cinéaste (le sexe, le fric, la religion, la psychologie, le pouvoir…). Les psychopathes sont ses héros. Ici ce sont deux empoisonneurs. L’un corrompt l’esprit avec ses théories fantasques, l’autre pourrit les viscères avec ses alcools frelatés. Mais ici, le sujet fascine moins, traité avec un peu de désinvolture, comme si son auteur n’avait pas voulu exprimer une position morale claire sur la scientologie (puisqu’il s’agit de cela, sous couvert de métaphore). Comme s’il doutait lui-même de la vérité scientifique face aux affabulations théologiques. Ce manque de point de vue, qui accompagne un manque d’enjeu dramatique, contribuent à cette distance gênante entre le film et le spectateur.

Le film est pourtant somptueux, porté par des élans visuels sublimes, un sens du cadre qui vous happe, des plans presque magiques. Mais, paradoxalement, ce film qui traite de l’emprise n’en a aucune sur nous. Il faut tout le génie de Hoffmann, proche d’un Orson Welles, et le brio d’un scénario bien écrit pour nous sortir de notre apathie. Le Maître se révèle plus intéressant que l’esclave, ses démons plus passionnants que son exorcisme de pacotille.

L’ensemble s’avère grandiose, malgré le manque de profondeur, de reliefs. On reste hanté par des images, ce qui prouve bien la force créatrice du réalisateur, notamment toute la vie ratée du personnage de Phoenix avant qu’il ne rencontre son pygmalion. Il est impossible de rejeter un film comme celui-là : sans doute parce que The Master est imprévisible, ce qui est sa plus grande qualité. Il l’est autant que le personnage central est dérèglé. Pourtant, on espère une passion ambivalente et c’est un documentaire sur une méthode. On croit à des revirements tragiques et ce n’est qu’une ascension glorifiée qui est contée. On s’illusionne de romances et ce sont les frustrations qui l’emportent. Trop sage peut-être ? Trop clinique aussi. La dialectique imposée par la secte est finalement peu cinétique et place le spectateur en simple observateur, sans nous avertir d’éventuels dangers ou même des doutes rationnels qui sont liés à cette Secte.
Reste la force d’un portrait de deux animaux, cette hyène et un serpent. L’un servant de cobaye à l’autre, prédateur. C’est quand même dans ces moments là qu’Anderson nous rappelle qui il est, entre Kubrick et Malick.
 
Vincy

 
 
 
 

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