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1917 est une prouesse visuelle épatante avec ce faux plan séquence permanent qui suit deux jeunes soldats sur le front entre tranchées et snipers. Succès inattendu, le film de Sam Mendès est aussi parmi les favoris aux Oscars depuis son Golden Globe.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



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Skyfall (James Bond's Skyfall - Skyfall 007)


/ 2012

26.10.2012
 



M COMME MISSION : ACCOMPLIE





« - Où étiez-vous fourré ?
- Je profitais de la mort.
»

On ne peut s’empêcher de voir dans Skyfall un James Bond singulier. Ce n’est pas le premier de la franchise (remember L’homme au Pistolet d’or), mais Sam Mendes a décidé de renverser la table.
Certes il n’a pas touché aux valeurs (et mots clés) du mythe. Toujours traumatisé par la perte de sa bien aimée (Casino Royale), le héros est encore plus misogyne qu’à son habitude. A peine se tape-t-il une fille, vite fait bien fait, durant tout le film. Et ne parlons pas de ses rapports avec sa partenaire sur le terrain : de quoi faire des sales blagues à la cantine des espions sur l'incapacité des femmes à viser juste.
Mais Mendes a été plus loin. Son plan de travail n’était pas de le divertir avec une jolie « girl », une séance au casino (elle est contournée habilement) ou des gadgets (ils sont réduits à deux simples accessoires). Skyfall est la fin d’une trilogie, celle de Daniel Craig.

Chronologiquement, le film précède Dr. No, premier de la franchise, sorti il ya 50 ans exactement. La boucle est bouclée. C’est sans doute là le premier point fort du film.
Cependant, les prouesses sont ailleurs : dramatiquement, le film s’achève avec la mort d’un des personnages principaux et le début d’une nouvelle ère. Malin. Surtout, il est construit à l’envers par rapport à tous les autres épisodes de la série. Il débute avec une séquence d’action tragique pour 007, à Istanbul (mosquées et grand bazar compris). Ce qui induira tout le reste : un espion usé, vieilli, fatigué, auto-destructeur, qui noircit encore un peu plus le personnage. Presque bon pour la casse. Et si Craig perd sa dureté, qui séduisait tant, il gagne en vulnérabilité et en rage intérieure. En cela, faillible, il ne ressemble à aucun Bond. Tout juste s’il se présente avec son fameux « Bond, James Bond ». L’identité est d’ailleurs l’autre problème. Après tout, l’agent est orphelin.
Avec un 007 fragile, essoufflé même, plus vraiment au niveau, on peut tout craindre. Même l’erreur scénaristique : en effet, l’enjeu de Skyfall bascule d’une recherche de disque dur contenant le nom d’agents infiltrés à une simple revanche sur le MI-6. Le risque pour le spectateur est de décrocher. Si l’on reste happé, en revanche, on sera emballé par un final qui flirte avec les classiques américains des années 60 et 70, quand les héros sont piégés dans une vieille masure perdue, cerclée par l’ennemi.

En effet, oubliez l’épilogue romantique après show pyrotechnique dans une base improbable perdue au bout du monde. Mendes préfère revenir aux racines de James Bond. 007 : les origines. Cet aspect psychanalytique est doublé d’un contexte freudien ou M n’est autre qu’une « Maman » pour ses agents. Freud est d’ailleurs partout : du symbole du scorpion à la sexualité ambiguë du méchant et aux sous-entendus de l’espion préféré de sa Majesté.
Mais ne croyez pas que vous verrez un drame profond. Il s’agit bien d’un film d’action, assez nerveux par certains moments. Courses poursuites, attentats, fusillades, combats, … rien ne manque. C’est d’ailleurs remarquablement mis en scène, comparativement aux récents blockbusters. La lumière de Roger Deakins sublime l’esthétisme du film. Certaines séquences sont somptueuses (on pense au duel à Shanghai, entre néons et miroirs). Le rythme est justement modulé, entre introspections intimes (certes simplistes, ça reste Bond) et stimulation d’adrénaline. Sans oublier l’humour et la dérision, toujours présents. N’omettons pas non plus les acteurs : Craig, impeccable, Bardem qui nous refait son show façon No country for old men, Wishaw toujours juste, Fiennes précis et surtout, Dench, formidable.

Pourtant l’intérêt est ailleurs, il est esquissé : la responsabilité des décideurs, la bureaucratie, l’évolution du monde qui nous entoure. James n’est pas simplement d’un autre temps, il est menacé par son époque. D’erreurs en choix, de regrets (pas de remords) en réactions, il s’agit de survivre. Servir le Royaume Uni devient secondaire.
Skyfall est un film d’hommes de l’ombre dans un siècle qui exige la transparence. Dark Shadows… Après tout le hobby de 007, c’est la résurrection. Et là, nul ne peut douter qu’il reviendra. Mais comment, sous quel visage, dans quel état ?
Mendes a empoisonné la franchise en l’achevant trop bien. Jusqu’au destin de cette Aston Martin, ressortie pour l’occasion. Tout semble avoir été dit. Entre nostalgie et une forme de foi, ce James Bond s’offre une conclusion magistrale. Ou un début mémorable.


 
vincy

 
 
 
 

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