Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Django unchained


USA / 2012

16.01.2013
 



IL ETAIT UNE FOIS DANS LE SUD





"- Vous tuez des gens contre récompense ?
- Proportionnelle à leur vice.
"

Cela fait maintenant plus de vingt ans que Quentin Tarantino impose sa vision du cinéma, faite de mélange des genres, d’audace dramaturgique et de ce style si unique qui est à la fois sa marque de fabrique et le résultat de son immense cinéphilie. On aurait pu penser que le temps abîmerait le cinéaste, ou tout au moins l’atteindrait, ne serait-ce qu'à cause d’une certaine lassitude. Et voilà qu'il revient avec un film magistral, parfaitement dans la lignée, voire telle une synthèse impressionnante, de toute sa filmographie.

La séquence d’ouverture est à elle seule la preuve de la vitalité de Tarantino. D’abord, des esclaves enchaînés qui cheminent dans des paysages désolés au son de Django, chanson écrite et interprété par Luis Bacalov pour le western spaghetti éponyme et culte de Sergio Corbucci (voir la section "buzzz"). Puis la rencontre pas vraiment fortuite entre ces mêmes hommes, escortés par de patibulaires esclavagistes, et un étonnant dentiste allemand au phrasé plus que précieux.

Éclairée à la lanterne, la scène se compose de larges plans très découpés qui laissent affleurer le premier degré de l’intrigue (l’exposition de l’histoire et des personnages) puis le second (distancié et ironique), induit par le contraste entre la situation et les répliques ampoulées de Christoph Waltz. Jusqu'à ce que la violence éclate au rythme des cervelles, finalisant la "Tarantino’s touch". Mais attention : avec humour et élégance, comme il se doit, et comme l’incarne Waltz, nouvel acteur fétiche du cinéaste. A ce stade du récit, on a déjà le souffle coupé. Et tout le film est de la même veine, à la fois dans son écriture (dialogues effilés, digressions inattendues, situations savoureuses) et dans sa maîtrise de l’espace et du cadre. Pas de doute, après le goût d’inachevé laissé par Inglorious basterds, Tarantino revient à une maîtrise formelle de haut vol. Et bien sûr, il s’amuse, et nous avec.

Mais pas seulement. S’emparant à nouveau de l’Histoire pour en donner sa propre vision, il raconte la violence de l’esclavage, la cruauté de rapports raciaux pervertis et le cynisme du monde. Ce faisant, il donne une magnifique leçon de dignité et d’humanisme qui conduit à l’un de ses thèmes favoris, celui de la vengeance. Puisque le cinéma, ce merveilleux instrument de catharsis, offre l’opportunité de réparer les erreurs et de corriger les injustices, c’est précisément ce qu'il fait en transformant un homme à qui l’on a tout pris en justicier flamboyant et superbe. Et peu importe si ce n’est pas réaliste, ou fidèle à la réalité historique. Dans la dimension parallèle offerte par le cinéma, Django se soulève contre ses oppresseurs et venge ses frères de douleur. Il devient l’archétype du héros dur à cuire, invincible et surtout indestructible qui châtie les méchants et se joue de toutes les situations.

Et tout cela pour quoi ? Pour une femme, juste pour une femme. Car si Tarantino revisite sans ambiguïté l’imagerie du grand sud et celle du western spaghettis, auquel il emprunte les vastes paysages, les chevauchées sauvages, l’univers des saloons et des chasseurs de prime, et même la musique, il raconte avant tout une histoire d’amour épique et universelle qui traverse les genres et les époques pour venir parler au cœur de chacun. Il y a en effet toute la tradition littéraire et cinématographique du monde dans le destin de Django et de sa bien-aimée Broonhilda. Il y a même la légende des Niebelungen, c’est dire… Une intrigue à la simplicité confondante : pas d’explications psychologiques, sociales ou héroïques au comportement de Django, juste l’histoire d’un amour plus fort que tout.

On retrouve là l’éternel optimisme du réalisateur qui après nous avoir présenté une humanité pas franchement à son avantage à travers les divers propriétaires terriens et autres esclavagistes rencontrés par le héros, la sauve par le biais de deux hommes n’appartenant pas franchement à la classe dirigeante des WASP et, comme toujours chez Tarantino, ayant un sens très personnel de la morale. Le dentiste allemand et l’ancien esclave noir tuent certes sans trop hésiter ceux qui se mettent en travers de leur chemin mais mourraient plutôt que de serrer la main à un être méprisable et abject. Une définition très tarantinienne de l'honneur, ironie comprise.

L’humour s’avère ainsi une nouvelle fois l’ingrédient le plus important de son cinéma. Sa manière de dévoiler la dimension comique de la violence, mais aussi par extension de l’existence en général, le rapproche d’ailleurs plus que jamais de la cinématographie asiatique, et notamment coréenne, qui ne manque jamais de distiller dérision et sarcasme dans ses œuvres les plus sombres. Cela permet au spectateur de ne jamais perdre de vue qu'il s’agit simplement de cinéma, tout en le faisant réfléchir au fait que, dans la réalité, la violence n’est jamais aussi amusante. Car s’il est impossible de ne pas se divertir devant un film de Tarantino, et notamment devant Django unchained, il n’est pas exclu d’y trouver également matière à réflexion sur le cours du monde et la nature humaine en général. Le cinéaste connaît en effet la face la plus sombre de ses congénères, souvent dissimulée sous une apparence avenante et joviale (à l’image du propriétaire interprété par Leonardo DiCaprio, vil et infâme), et n’a aucun scrupule à leur tendre le miroir. Avec humour, avec élégance, avec style, mais sans concession.
 
MpM

 
 
 
 

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