Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Zaytoun


/ 2012

27.02.2013
 



LES FUGITIFS

Le livre Bye Bye Bahia



«- Tout le monde tue tout le monde ici. Bienvenue à Beyrouth !»

Les arbres, symbole de sagesse et de vie, semblent chers à Eran Riklis. En effet après Les Citronniers, il revient un olivier à planter dans Zaytoun. Le végétal a une place symbolique tout au long de l’histoire, représentant à la fois les racines et le déracinement d’un palestinien réfugié au Liban, en 1982. Zaytoun en arabe signifie « olivier » : Fahed ne peut délaisser son arbre même dans les moments les plus périlleux de son périple à travers un pays en guerre, où son peuple vit en apatrides.

Ce nouveau long métrage de Riklis donne un regard peu commun du conflit israélo—libano-syrio-palestinien. Le récit oppose et allie un jeune réfugié palestinien orphelin (Fahed) et un pilote israélien abattu en territoire ennemi (Yoni). C’est aussi une rencontre (atypique) entre deux visions du monde. Cela engendre un couple hors-du-commun auquel on s’attache, que ce soit lorsqu’ils s’affrontent, avec Fahed qui est chargé de garder prisonnier Yoni, ou quand il deviennent amis, amenés tous les deux à se sauver mutuellement la vie.

Pour raconter cette histoire Riklis a choisi de la montrer sous une forme de road-movie qui se prolonge jusque dans l’épilogue. La réussite de ce « feel good movie » - ce qui n’était pas une tache évidente -, a été de garder une certaine objectivité sur ce conflit en montrant l’avis des deux « camps » ; cela évite les lourdeurs et insuffle un certain humanisme. Il permet également de donner la vision d’un enfant, celle de Fahed, en opposition à celle de l’adulte (Yoni) sur ce conflit et sur la guerre d’une manière générale. Et bien entendu sur la situation absurde des Palestiniens, chassés de leurs terres.
Par ailleurs, l’acteur interprétant le rôle de Fahed, Abdallah El Akal, âgé de seulement douze ans, apporte un charisme, un naturel et une justesse appréciables.

Le réalisateur n’oublie pas de restituer l’époque, chaotique. Le système D, la survie, les castes, ces peuples qui cohabitent sans pouvoir se supporter, la violence intrinsèque à la guerre, la terreur qui règne… C’est ce contexte qui va faire prendre conscience à l’adolescent que sa vie est ailleurs, ni à l’école, ni dans les camps d’entraînement militaire. Il a tout perdu, il n’a rien d’autre à perdre. Alors pourquoi pas voir la terre de ses ancêtres, même aidé par l’ennemi. La haine dans le sans d’un côté ; de l’autre, chez ce pilote de chasse, la prise de conscience, plus atténuée, que ses bombes tuent des innocents. Une volonté de se racheter le hante. Mais les deux personnalités conservent leur part de défiance et finalement leur orgueil. Cet apprivoisement douloureux, et la fin ouverte mais loin du happy end classique, permettent au film de s’éloigner des clichés habituels. Tout le monde peut-être un salaud mais tout le monde peut aussi vouloir changer. Pour cela il faut savoir qui et quoi trahir.

L’opportunisme et la débrouillardise des uns et des autres, y compris du chauffeur de taxi libanais « dans la merde », ajoute quelques petites pincées d’humour dans ce bordel ambiant et tendu. L’histoire se transforme en traque avant de s’évader en réconciliation. Liaison haute tension, au milieu de paysages sublimes et de décors de fin du monde. Le contraste avec les villes nouvelles israéliennes construites sur les ruines d’anciens villages palestiniens résume l’impossibilité à relier complètement ces deux peuples.

Il est peut-être regrettable que le film relâche cette atmosphère à vif sur la fin. Qu’il se complaise dans son pays de cocagne ou qu’il glisse dans un mélo plus sentimental. La douceur lui sied mal. L’amertume en est d’autant plus cruelle, et bancales. Mais l’invitation à ce « charmant » voyage méritait qu’on fasse un bout de route avec ce gosse en quête de (re)père.
 
antoine

 
 
 
 

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