Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Hannah Arendt


Allemagne / 2012

24.04.2013
 



« C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal. » Hannah Harendt





Margarethe Von Trotta nous livre un semi-biopic étonnant sur une figure majeure de la pensée philosophique et politique, une plongée déconcertante d’intimité dans la vie d'Hannah Arendt : sa pensée, ses déchirures, ses joies, ses amour. En situant l'action à un moment polémique, en 1961, au moment du procès d'Adolf Eichmann, responsable de la déportation de millions de juifs, et malgré un aspect qui peut sembler quelque peu romancé, notamment sur la relation Arendt/Heidegger, la réalisatrice frappe fort et nous dresse le portrait d'une femme engagée, sensible mais sans concession. En proposant au New Yorker de couvrir l'évènement pour "s'acquitter d'une obligation vis-à-vis de son passé", la philosophe va se mettre en péril à tous les niveaux.

Si la qualité de la réalisation est contestable car quelque peu labile et souvent laborieuse au travers d'une reconstitution d'époque qui laisse globalement à désirer, on ne peut en revanche que saluer l'initiative de l'hommage rendu et l'effort manifeste de documentation (la réalisatrice a d'ailleurs eu des contacts avec l'entourage d'Hannah Arendt). Malgré l'importance donnée à cet aspect historique, ce qui l'intéresse dans la réalisation d'un tel biopic, c'est bien la contemporanéité de la pensée de la philosophe.

L'angle d'approche via la polémique est courageux tant la douleur est encore présente. Rien ne nous est épargné quant aux atrocités commises, ni la posture adoptée par Arendt qui crée la dissidence par son absence d'affectivité, favorisant l'objectivité. Femme de conviction et pleine de probité, elle dérange car elle ne dit pas ce qu'on attend d'elle et paraît presque prendre la défense d'Eichmann, "individu effroyablement normal qui n'a fait qu'obéir aux ordres", en somme un banal antihéros. Dire toute la vérité est en effet son seul but et ce procès s'inscrit dans ses réflexions sur la banalité du mal, concept qui sera au cœur de la philosophie de l’ancienne étudiante de Heidegger. Entreprise difficilement acceptée et encore moins saluée de la part de ceux qui attendent et préfèrent les paroles apaisantes et la désignation d’un coupable auquel infliger un sévère châtiment.

Mais, peu consensuelle, Hannah affronte l'espace publique - qui lui n'est pas à la recherche de la pensée mais d'un coupable à faire payer - sans faillir. En ce sens, le film a justement ce mérite de montrer ce conflit omniprésent à travers toute l'histoire entre espace public et pensée intellectuelle, la volonté de vérité étant toujours irritante pour la souffrance à vif qui aspire à un soulagement et une rédemption par la vengeance.

Pourtant, Arendt, si elle ne veut pas subordonner son jugement et sa réflexion à la seule loi de l'affect, ne se débarrasse pas pour autant de son désarroi tragique, et ouvre au contraire de nouvelles perspectives d'actions et de pensées. L'antisémitisme a atteint un point d'irréalité et c'est ce point qu'elle entend expliciter en montrant à quel point il est une pure absence de pensée, bien qu'elle peine à se faire entendre par le plus grand nombre au cours de ce procès, si bien qu'elle sera elle-même soupçonnée de nazisme...

Barbara Sukowa est étonnamment convaincante dans ce rôle qui demande à la fois du charisme, de l'aplomb et du cœur. On retiendra notamment la longue scène de fin dans l’amphi où elle relate le procès à ses étudiants et ses conséquences morales. Et malgré un physique assez éloigné de la véritable Hannah Arendt, elle parvient à nous offrir un portrait d'une justesse certaine et poignante. Celui d'une femme qui préfère l'errance à laquelle confine la question, qu'une fausse vérité à laquelle condamne une réponse non soumise à l'examen de la pensée.
 
Jules

 
 
 
 

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