Avec Tolkien n'est pas seulement le récit de la jeunesse du célèbre écrivain, incarné par Nicholas Hoult. C'est aussi un assemblage des influences et inspirations qui ont conduit l'auteur à écrire la saga culte du Seigneur des anneaux.



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Shokuzai (Celles qui voulaient oublier - Celles qui voulaient se souvenir)


Japon / 2012

29.05.2013
 



RETRIBUTION





"Maman, est-ce que c’est à mon tour de me faire tuer ?"

Il est toujours biaisé de sortir en salles une œuvre au départ prévue pour la télévision, comme c’est le cas de ce Shokuzai de cinq heures, artificiellement divisé en deux volets. D’autant que Kiyoshi Kurosawa a véritablement pensé cette histoire comme une mini-série de cinq épisodes, avec ce que cela implique comme tics d’écriture et de mise en scène, à commencer par les rouages bien huilés du scénario chargé de relancer l’attention du spectateur entre chaque épisode, ou au contraire l’étirement de certaines parties pour atteindre la durée nécessaire.

Celles qui voulaient se souvenir

Le premier film se compose d’un prologue rapide qui pose la situation (le meurtre d’une fillette presque sous les yeux de quatre de ses camarades), et de deux épisodes centrés chacun sur une des fillettes devenues grandes. Dans le cadre de la mini-série, chaque partie peut se voir indépendamment, mais ne prend véritablement son sens que replacée dans l’ensemble.

Ainsi, le premier volet, Poupée de France, se déroule quinze ans après le prologue. Sae est devenue en apparence une belle jeune femme, mais elle est terrifiée par les hommes et refuse de se marier. Elle cache un terrible secret lié au meurtre de sa camarade de classe, et se sent toujours concernée par la malédiction violente portée par la mère de la victime.

Le deuxième volet, Réunion extraordinaire des parents d’élèves, suit Maki, elle-aussi devenue adulte. C’est une enseignante très stricte, obsédée par l’idée de racheter sa faute passée. L’occasion va lui être offerte, sous la forme d’un déséquilibré menaçant ses élèves avec un couteau.

Celles qui voulaient se souvenir décortique avec une grande acuité les conséquences tragiques que peut avoir un traumatisme sur le développement et l’existence de ceux qui l’ont vécu, mais montre également une société japonaise névrosée, ambiguë face à la violence et où les êtres évoluent les uns à côté des autres sans réellement parvenir à se connecter.

Ainsi, le personnage masculin du premier volet ne cherche-t-il pas à tisser de véritable rapport humain avec sa jeune épouse. Au contraire, il la nie en tant que femme pour mieux la traiter comme un objet décoratif correspondant à son fantasme adolescent. Il y a dans son obsession des poupées un symbole fort des relations hommes/femmes dans le pays. Comme dans Air doll de Kore-Eda, la femme n’a pas d’existence propre, corps à la disposition de son maître absolu qui est le seul à fixer les règles. L’isolement dans lequel est plongée la jeune femme, renforcée par une mise en scène glaciale et une musique dissonante en sourdine, distille une ambiance malsaine et anxiogène qui est plutôt réussie, malgré quelques longueurs.

Il y a également dans le film une critique sociale acerbe d’une société japonaise qui ne sait comment maîtriser ses pulsions. L’héroïne de la deuxième partie est tour à tour vilipendée et encensée pour avoir perdu son sang froid. Même lorsqu’elle attaque l’homme armé qui s’en prend à ses élèves, il semble y avoir dans son comportement plus qu’une simple réaction de défense. Qu’elle soit physique ou morale, la violence corrompt ainsi les esprits, les rapports humains et au final, la société toute entière.

Le constat de Kurosawa n’est guère optimiste : bien que ses deux personnage soient pleins de bonne volonté, cherchant à faire de leur mieux, ils seront irrémédiablement rattrapés par leur sentiment de culpabilité, et finalement punis à cause de lui. Une démonstration aux accents tragiques parfois sensibles, mais qui s’enlise à de trop nombreuses reprises dans le fil d’un récit qu’elle ne suffit pas à habiter totalement.

Celles qui voulaient oublier

Il y a une forte cohérence visuelle et thématique entre Celles qui voulaient oublier et Celles qui voulaient se souvenir. Le deuxième film, composé de trois parties, s’inscrit dans la droite ligne du précédent, et fonctionne sur le même principe. On retrouve donc les deux fillettes restantes, devenues adultes, ainsi que la mère de la victime, qui n’a toujours pas fait son deuil. Pour ne pas trop lasser le spectateur, tout en ménageant ses effets, Kurosawa crée des interactions plus appuyées entre la mère et les deux jeunes femmes. La première lui raconte les raisons l’ayant conduite en prison, tandis que la deuxième lui permet de retrouver la piste de l’assassin.

On s’aperçoit d’ailleurs assez rapidement que les volets consacrés à chaque jeune femme sont principalement là pour conduire à la dernière partie durant laquelle la mère trouvera la réponse à toutes ses questions. Leurs histoires sont en effet moins fortes que celles des précédentes même si Kurosawa les développe interminablement. On s’aperçoit seulement que celles qui nient toute culpabilité ne sont pas pour autant libérées du poids du passé. On retrouve ainsi la perversité du cinéaste, son sens aigu des situations et des ambiances, mais surtout son obsession du destin, de la culpabilité et du châtiment.

Malheureusement, il cède aux codes éculés de la série télévisée en multipliant les rebondissements paresseux et en compliquant à l’envi les rapports entre les êtres. Cela donne un film poussif et finalement assez didactique, dont le final frôle le ridicule, supprimant d’un coup le mystère induit par la première partie ainsi que le climat de tension qu’il était parvenu à créer.

Pourtant, deux éléments propres au cinéma de Kurosawa auraient dû relancer l’attention du spectateur : la manière dont il crucifie la famille, lieu inquiétant d’où surgissent les pires noirceurs de l’humanité (jalousie, trahison, pédophilie, meurtre…), et la notion très forte de destin, matérialisée par des fantômes guidant les pas des personnages. Derrière le divertissement formaté, on devine alors dans le projet Shokuzai le désir de réaliser une étude sociologique sans fard de la société japonaise contemporaine. Objectif ô combien louable, qui sied parfaitement à Kurosawa, grand contempteur des contradictions de ses contemporains, mais qui malheureusement souffre des contraintes formelles du format télé. Sur le sujet, on reverra donc plutôt Tokyo sonata, Cure, Charismo ou encore Kaïro.
 
MpM

 
 
 
 

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