Glass clôt une trilogie commencée il y a 18 ans avec Incassable. Mélangé à Split, M. Night Shyamalan réussit son retour avec un film de genre, presque de série B, où le scénario et la mise en scène l'emportent sur les effets.



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Star Trek Into Darkness


USA / 2013

12.06.2013
 



TROU NOIR





J.J. Abrams est un conteur malin doté, il faut le reconnaître, d’un indéniable talent. Mieux, le créateur de Lost est en passe de devenir, depuis sa « nomination » au poste très convoité de réalisateur du prochain épisode de Star Wars prévu pour 2015, le digne héritier des wonder-boys cinés en herbe qui, durant les années 70-80, auront mis sur orbite les fameux blockbusters issus du nouvel Hollywood et son "entertainment" carnassier.

Abrams ne s’en cache pas, d’ailleurs, puisque son Star Trek répond, sans l’ombre d’un doute, à l’objectif premier de divertir le plus grand nombre, quitte à faire quelques entorses au monde créé par Gene Roddenberry. De toute façon, Into Darkness n’est pas conçu comme une suite au sens classique du terme. Il s’agit, tout au plus, d’une deuxième introduction avec plus d’action, plus de Starfleet, plus de Kirk, plus d’Enterprise et de rebondissements censés clore la maturation d’une équipe enfin prête à explorer des mondes étrangers et nouveaux. Surprenant ? Pas vraiment, surtout lorsque l’on connaît l’engouement du réal autour de la série originale...

À quelques nuances près, la trame narrative est identique à celle du premier opus, phase de présentation des personnages principaux en moins. Si nous retrouvons, ici où là, des thématiques propres à l’univers de la saga (amitié, altruisme, libre arbitre, sacrifice…), le scénario manque terriblement d’incarnation, laissant l'enchaînement des événements (une chasse à l’homme sur fond de revanche aveugle) imposer son tempo sur des individualités ayant, pour le coup, du mal à affirmer leur complexité. J.J. Abrams lance bien quelques pistes intéressantes – l’action terroriste pour justifier une guerre en serait la plus pertinente –, afin de donner l’illusion d’un film âpre, dense, menaçant. Mais rien n’y fait, le scénario fait du surplace, devient vite linéaire, prévisible voire carrément léger dans son dénouement.

Pire. Nous avons l’impression que le réalisateur – et contrairement à ce qu’il affirme – ne peut couper les ponts au point de proposer du neuf avec du vieux, abstraction faite des effets visuels vraiment réussis. Au lieu de laisser filer l’Enterprise dans l’espace pour une aventure en tout point nouvelle, intrigante, palpitante, Into Darkness recycle un ancien méchant en la personne de Khan, oublie, au passage, le docteur McCoy, édulcore la menace Klingon, réaffirme les problèmes d’autorité de Kirk et ceux, émotionnels, de Spock. Tout un programme déjà vu lors du précédent numéro, la 3D en moins. Peu importe, alors, que le plumage (beauté esthétique du film) ne se rapporte au ramage (qualité du script). Il faut bien justifier les 190 millions de dollars investis.

Nous avons dit que J.J. Abrams est un véritable conteur. En effet, si une certaine idée du cinéma de divertissement transpire à travers ses réalisations – que dire de Super 8, sinon qu’il s’agit d’une petite merveille d’émotion cinéphile – celui-ci semble écrasé, qu’on le veuille ou non, par la frénésie d’images lapidaires censées pourtant (re)iconiser des personnages appartenant à la culture populaire anglo-saxonne (Star Trek reste l’une des sagas les plus aimées et les plus influentes Outre-Atlantique depuis presque 50 ans). Si bien que la portée référentielle du film n’apparaît presque pas ou alors par petites touches que seuls les fans pourront déceler entre satisfaction et frustration mêlées.

J.J. Abrams n’a pas souhaité apporter à son / ses Star Trek une relecture assumée issue d’un matériau d’origine. Il le modernise, en explore quelques possibilités, mais passe à côté de la dimension « philosophique-popcorn-compatible » d’un univers pourtant très riche. Il n’a laissé aucune place à la dramaturgie, la vraie, celle d’une mythologie contemporaine où se débattent quelques héros fragiles jouant avec maestria et effronterie avec la mort.
 
geoffroy

 
 
 
 

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