Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Frances Ha


USA / 2012

03.07.2013
 



MODERN JAZZ





"Je ne suis pas encore une vraie personne."

Frances Ha était dans un appart en colocation, Frances Ha serait danseuse : Frances Ha va se retrouver entre un moment de sa vie entre le ‘était’ et le ‘serait’ où à 27 ans elle se retrouve un peu perdue dans New-York et paumée dans sa vie… Frances Ha est une fille maladroite et gauche, nonchalante, complètement à l’ouest quand elle cherche le nord, une fille qui hésite sur la direction à prendre pour apprendre à grandir dans vers la bonne destination.

« - Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?
- C’est difficile à expliquer.
- Parce que ce que tu fais est compliqué ?
- Parce que je ne le fais pas vraiment. »


Frances comme tant d’autres filles d’aujourd’hui est une « adulescente » qui à 27 ans n’est pas encore prête pour devenir adulte (travail, époux, enfants) et se raccroche encore à sa part d’enfance… Depuis longtemps, elle vit en colocation avec sa meilleure amie de toujours, Sophie, quand celle-ci déménage ailleurs pour suivre son fiancé du moment. Frances va se retrouver seule et devoir se trouver un autre foyer… Le film Frances Ha pourrait ressembler de prime abord avec son noir et blanc et ses bavardages à une comédie existentialiste à la Woody Allen (période Manhattan), version « girlie » à la Lena Dunham (créatrice de la série Girls), mais ce serait trop réducteur.
Le réalisateur Noah Baumbach et l’actrice Greta Gerwig, coscénaristes, se sont inspirés des comédies de l’âge d’or hollywoodien (Billy Wilder) et de La Nouvelle Vague française (Eric Rohmer) tout en ayant grandit avec les films indépendants de Kevin Smith ou de Hal Hartley… Ainsi Frances Ha est à la fois nostalgique et moderne, intello et burlesque, mélancolique et drôle, générationnel et atemporel. Si on devine ses influences, le film ne se charge d’aucun clin d’œil appuyé ni de références pesantes. Le duo a opté pour un style singulier et familier, personnel et universel. L’humour est sophistiqué, rafraîchissant et libérateur et sa liberté de ton réjouissante et attachante. Il capte l’air du temps avec sa dose d’insécurité et l’immaturité assumée de cette jeunesse déboussolée.

- Vraiment, on fait encore ça ?

Le scénario de Frances Ha est d’autant plus subtil qu’il aborde le syndrome Peter Pan très actuel. Ne pas vouloir grandir et retarder l’entrée dans le monde hostile des adultes. Préférer l’innocence et l’espoir de l’enfance. Avec plusieurs séquences savoureuses, le film s’amuse de cette fille infréquentable, inadaptée. Les clichés de la comédie romantique ne s’imposent jamais – l’histoire d’A est un prétexte sans importance – car l’essentiel est ailleurs. Le grand drame de Frances est la rupture du cordon amical avec Sophie (Mickey Sumner aux allures de Diane Keaton), qui, en prenant son envol, coupe les ailes de Frances, désormais incapable d’avancer, trop désemparée. Elle en devient existentialiste, s’interrogeant beaucoup sur les grands concepts : ‘relationship’, ‘love’ et ‘life’. Frances Ha puise sa force et révèle sa richesse en mélangeant deux genres : le ‘coming out of age’ et la ‘bromance’.

« - Parfois c’est bien de faire ce que vous êtes supposés faire quand vous êtes supposés le faire. »

A cela s’ajoute une construction qui donne une dimension particulière au film. Frances Ha est rythmé par des chapitres, soit autant d’adresses où va habiter Frances. Un After Hours où le nomadisme urbain qui conduisait aux enfers se voit remplacer par une sédentarité constructive. A chaque échec, Frances change de lieu, rebondit ailleurs. Noel Baumbach filme différents appartements new yorkais, en profitant pour dresser un portrait social et sociologique de la métropole, sans cynisme, mais parfois féroce. Il y aura aussi une escapade à Paris, paroxysme du romantisme.
Il est aussi rythmé de différentes musiques aux titres bien choisis (‘Modern Love’ de David Bowie, ‘Every 1's a winner’ de Hot Chocolate, plusieurs morceaux de George Delerue liés à François Truffaut) illustrant la nature ‘feelgood’ du film et traduisant de manière communicative le caractère de chaque séquence.
Toujours décalée et recalée, Frances et ses malheurs font le bonheur du spectateur. Sur l’écran c’est un festival de Greta Gerwig : sourire en coin ou larme à l’œil, aérienne quand elle danse ou balourde quand elle chute, autant clown que séductrice, toujours fantasque et fantastique, orgueilleuse et capable d’auto-dérision. Il faut reconnaître que ni Woody Allen (dans le décevant To Rome with love) ni Whit Stillman (dans Damsels in Distress) n’ont su profiter de son talent qui ne demande qu’à déborder des cadres. Ici elle se donne dans le film un premier rôle assez proche de sa nature rieuse et généreuse et tel qu’on adore la voir ( Lola versus, une des meilleures comédies de l’année dernière passée malheureusement inaperçue). Blonde mais pas trop. Depuis Marilyn, on sait que les blondes ne sont pas seulement puériles et superficielles. Elles sont aussi légères que tragiques. En voilà une nouvelle preuve (d’amour).
Greta Gerwig, absolument craquante, et Noah Baumbach, complice inventif, font de Frances Ha une des plus belles surprises de l’année. Un de ces films cultes dès leur apparition. Par son empathie et son humanisme, son désir de plaire et cette farouche envie de sortir des sentiers battus, jouant avec ses propres règles, l’œuvre, sans jamais déconcerter le spectateur, se donne pleinement, à l’image de son actrice, et procure un plaisir précieux et délicieux.

BONUS
(et pour celles et ceux qui seront qui seront sous le charme et qui voudront être séduits de la même façon, c’est l’occasion de voir enfin Annie Hall de Woody Allen, The Anniversary Party de Jennifer Jason Leigh, Ira and Abby produit par Jennifer Westfeldt, Gimme The Loot de Adam Leon, The Color Wheel de Alex Ross Perry).
 
Kristofy

 
 
 
 

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