Wild Rose n'est pas seulement le film qui aura révélé Jessie Buckley. Entre réalité (sociale) et rêve (musical), le film est une pépite qui charme et enchante. Parfaits pour l'été.



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Prisoners


USA / 2013

09.10.2013
 



SAVAGES





«- On le dérouille ou elles vont mourir. »

Denis Villeneuve s’attaque au thriller à l’américaine. Avec un scénario digne d’une de ses séries TV très populaires où l’horreur d’un fait divers défie un enquêteur perdu dans ce puzzle à reconstituer. Le cinéaste apporte évidemment des ingrédients plus personnels qui rendent Prisoners plus intéressant qu’un simple thriller. Ce n’est ni aussi baroque que Le silence des Agneaux ni aussi ambitieux qu’un Zodiac. Mais ce très long métrage de 2h30 a le mérite de construire une intrigue complexe sans lisser ou gommer la psychologie des personnages.

L’âme noire des protagonistes, piégés par leur idéalisme – la foi pour l’un (Jackman, sans faute), la justice pour l’autre (Gyllenhaal, à la limite du surjeu pour exister) – dans cette Amérique peu prospère et « populaire » forge un film presque moraliste. Le ton est donné dès l’ouverture, avec un sermon agitant pardon, tentation, délivrance… Préceptes vite écrasés par les pulsions humaines. Car Villeneuve n’aime rien d’autre que les tragédies, là où les dilemmes sont impossibles à résoudre, où les traumatismes engendrent les traumatismes, où les sacrifices mettent le feu à la maison.

Ce sous-texte presque subversif où le bon père de famille patriote se transforme en monstre et où l’échec n’est pas acceptable dans un pays de « winners » donne un grain particulier à Prisoners, qui porte bien son titre. Enfants enfermés quelque part, parents emprisonnés dans leur folie, flic cloisonné dans son perfectionnisme et ses règles rigides. Cette impossibilité à se libérer d’eux-mêmes de leurs schémas les conduisent chacun, tour à tour, à un échec fracassant qui anéantira leurs certitudes. Cassés, les deux personnages principaux vont tous les deux finir par frôler la mort.

Villeneuve cependant ne veut pas céder à la démagogie : le droit doit être plus fort que le soi et la foi. Surtout il dénonce l’utopie tout-sécuritaire. Mais c’est dans sa forme qu’il convainc davantage. Avec une mise en scène ample, il nous emmène progressivement dans son labyrinthe vertigineux vers les enfers. Une descente ponctuée de sursauts salutaires provenant d’un découpage parfois sec, comme s’il voulait nous électrocuter. Habile, le cinéaste alterne ainsi les sensations classiques du film à suspens avec des cadrages plus classiques. Efficace.

C’est cependant dans les questions qu’il pose que Prisoners est le plus passionnant : du présumé coupable torturé par la victime à l’impuissance de la police à gérer l’humain, en passant par les troubles d’identité de chacun. L’angoisse se situe à la marge de l’intrigue. Cette description d’une civilisation paranoïaque et pleine de tocs où la sauvagerie prend le pouvoir sur la raison.

Pour le reste, le thriller est plus conventionnel avec ses rebondissements, ses fausses pistes, et une histoire à dormir debout qui terrifiera juste ce qu’il faut (sans nous prendre aux tripes). C’est sans doute trop sophistiqué pour nous faire palper l’horreur qu’on veut nous représenter. Sans doute trop manipulateur pour qu’on ne voit pas trop clairement le jeu malin dans lequel on est embarqué. Parfois trop maladroit pour que le film tienne sur la longueur. Villeneuve n’a pas le choix que d’abandonner à un moment donné l’un de ses personnages, alors que c’est leur opposition qui donne le rythme du film. De même la culpabilité, notamment celle du père de famille (qui a beaucoup à se reprocher) est trop appuyée et ôte la subtilité nécessaire. Dans ce dédale où chacun se perd, le spectateur est souvent trop pris par la main pour s’inquiéter de leur sort.

On sait d’avance qu’il n’y a qu’une seule issue. Perdu ou pardonné, prisonnier ou sauvé, peu importe finalement puisque Villeneuve veut nous épargner la tragédie ultime, l’horreur totale, la dévastation absolue. Dès lors que le happy end se profile, on sait que Prisoners ne nous hantera pas. Le réalisateur ne voulait sans doute passe se sentir responsable de franchir les limites morales du cinéma américain. Il préfère être coupable d’avoir réalisé un film « mainstream ».
 
vincy

 
 
 
 

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