Senses est un film en cinq parties, comme "une série de cinéma". Et c'est à ne pas manquer pour deux raisons: le film est un brillant portrait du Japon et des femmes japonaises. Et cela permet de découvrir Ryusuke Hamaguchi, qui sera à Cannes avec son nouveau film, Asako.



Cornelius, le meunier hurlant
Daphne
Deadpool 2
En guerre
Everybody knows
Gringo
L'homme qui tua Don Quichotte
La révolution silencieuse
Plaire, aimer et courir vite
Rampage - Hors de contrôle
Senses



Black Panther
La forme de l'eau
Call Me By Your Name
Les garçons sauvages
Ghostland
Mektoub, My Love: Canto Uno
Les Destinées d'Asher
Ready Player One
The Rider
La révolte des jouets
L'île aux chiens
Charade
La route sauvage



Le Labyrinthe: Le remède mortel
La Ch'tite Famille
La Belle et la Belle
Tomb Raider
Un raccourci dans le temps
Pacific Rim Uprising
La prière
Coby
Croc-Blanc
Madame Hyde
A l'heure des souvenirs
Don't worry he won't get far on foot
Pierre Lapin
La mort de Staline
Red Sparrow
Kings
Taxi 5
Allons enfants
Place publique
Game Night
Avengers : Infinity War
Comme des garçons
Nobody's watching
Transit
Une femme heureuse






 (c) Ecran Noir 96 - 18


  



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L'étrange couleur des larmes de ton corps


Belgique / 2013

12.03.2014
 



THERE WILL BE BLOOD





"Ta part sombre est la plus belle chose que tu aies et elle m’appartiendra toujours."

Le titre, aux faux airs de haïku japonais, annonce les principales composantes du film : l’étrangeté d’un récit qui se perd dans les méandres de l’inconscient, la couleur qui explose en touches vives ou se retire brutalement de l’image, les corps maltraités ou sublimés, sacrifiés, torturés et même démembrés. Quant aux larmes, elles sont écarlates et s’écoulent aussi bien des corps que des murs. Les règles qui s’appliquent dans ce polar mystérieux et quasi claustrophobe n’ont en effet plus grand-chose à voir avec celles qui régissent notre monde. Une fois passées les portes de la maison Art nouveau où habite le personnage principal, on est projeté dans un espace labyrinthique effréné et vertigineux où chaque porte et chaque mur dissimulent un secret enfoui. Plus le personnage progresse dans sa quête, plus il semble évoluer dans un espace mental où se bousculent fantasmes enfouis et désirs inavoués. La frontière devient ainsi de plus en plus poreuse entre une réalité terriblement dérangeante et des cauchemars d’une extrême violence. Comme dans les méandres du cerveau, l’esprit déambule, se perd, fait des découvertes annonciatrices des bouleversements à venir et réunit patiemment tous les indices destinés à le mener à la clef du mystère. Sans deviner encore que cette clef est profondément enfouie en lui.

Poursuivant dans la veine qui est la leur depuis leurs débuts, Hélène Cattet et Bruno Forzani proposent une expérience sensorielle aux multiples facettes où s’impriment tour à tour l’influence du giallo (genre italien des années 60 à 80 qui est à la frontière du cinéma policier, du cinéma d'horreur et de l'érotisme), du gothique, des théories psychanalytiques et du cinéma pur. Si l’intrigue semble se dissoudre au fur et à mesure que le récit se complexifie et se déstructure, c’est parce que l’univers qui se fait jour est bien plus important que le classique Whodunit. Avec son atmosphère délétère, son audace stylistique et sa longue juxtaposition de cauchemars, de fantasmes et d’obsessions, L’étrange couleur des larmes de ton corps s’impose ainsi comme un objet envoûtant et sensuel, purement cinématographique.

Revenant aux sources du cinéma, les deux cinéastes ont en effet une écriture narrative qui passe principalement par l’image, le son et les sensations qui s’en dégagent. Chaque séquence est ainsi minutieusement découpée en une multitude de plans parfois très brefs, comme des flashs, qui mettent les détails (plus que les explications dialoguées) au cœur du récit. Ce montage très syncopé permet de créer des chocs et des tensions entre les scènes, mais aussi des correspondances et des échos. Même chose pour les jeux sur la palette chromatique (tantôt avec des éclairages au néon, tantôt dans une gamme de noirs ultra profonds) qui ramènent toujours le spectateur sur la piste du réel et de l’irréel.

Plus que les personnages, volontairement réduits à des silhouettes interchangeables et archétypales, ce sont les lieux, et donc la maison où se déroule l’action, qui mènent le jeu. Les murs, par exemple, cachent des secrets insoupçonnables. Mais ils peuvent aussi parler (métaphoriquement), ou ouvrir un passage vers des ailleurs mystérieux. Les différents décors Art nouveau choisis par Hélène Cattet et Bruno Forzani (et qui sont d’ailleurs à l’origine de leur désir de faire le film) deviennent alors un corps inquiétant qui abrite sa propre part d’ombre. Si l’on écoute attentivement, la maison semble respirer, soupirer et même gémir. Tout est fait pour renforcer l’aspect organique de ce dédale de couloirs, d’escaliers et d’appartements dissimulant des comportements et des êtres étranges. Un immense organisme dont on ne connaît pas les desseins secrets, mais dont la malveillance devient de plus en plus palpable au fil du récit.

Avec un film qui plonge et perd le spectateur dans un tel univers, le risque est grand de générer une immense frustration. Il ne faut en effet pas compter sur Hélène Cattet et Bruno Forzani pour expliquer l’intrigue ou en révéler les clefs. A la première vision, il est presque impossible de saisir toute la complexité des destins qui s’entrechoquent, et les pièces du puzzle sont si bien dissimulées dans chaque plan qu’on ne peut les réunir toutes. Mais qu’importe. Une œuvre plurielle et complexe comme L’étrange couleur des larmes de ton corps mérite plusieurs visions, qui apportent chacune une nouvelle couche de compréhension. Il faut, de toute façon, vivre le film comme une expérience totale et sensorielle par laquelle on se laisse entièrement submerger. Ce n’est qu’une fois tous ses repères abandonnés que l’on est prêt à plonger dans les confins de l’âme humaine.
 
MpM

 
 
 
 

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