Viendra le feu a reçu le prix du jury Un certain regard. Le film d'Oliver Laxe laisse au spectateur toute liberté de se projeter dans le film pour y lire son propre rapport à la nature et ses propres obsessions face à la déliquescence du monde.



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 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



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Gone girl


USA / 2014

08.10.2014
 



GAME GIRL





"J’adore me faire torturer par des inconnus."

Fidèle à sa réputation de cinéaste doué aimant flirter avec les narrations complexes, David Fincher revient avec un thriller froid, élégant et moderne à la précision tout clinique. Ici, comme il y a vingt ans dans Se7en, ou sept ans avec Zodiac, ce n’est jamais le Who dunnit ? qui compte, mais bien le comment, et surtout le pourquoi. Pourquoi Amy Dunne a-t-elle disparu ? Pourquoi Nick Dunne semble-t-il si peu dévasté par son absence ? Pourquoi ce couple en apparence idéal a-t-il volé en éclats ?

Rapidement, on comprend que la dimension conjugale du récit, placée au cœur du film, en est une des clefs principales. Avec Gone girl, ce ne sont en effet plus les liaisons qui sont fatales, mais bien le couple, et plus précisément le mariage lui-même, jeu de dupes où chacun ment, dissimule et prétend être un autre. David Fincher décortique avec ironie et finesse le malentendu qui préside au couple : au moment de la rencontre, pour lui plaire, chacun se présente tel que l’autre souhaite le voir. Un mensonge originel qui fonde la relation et piège peu à peu les deux protagonistes dans des postures intenables et faussées. Poussée à l’extrême, cette relation dysfonctionnelle crée un duo de personnages époustouflants, construits sur le principe des contrastes et des contraires qui se complètent et s’entraînent. Toute l’intelligence du scénario est de rapidement révéler le dessous des cartes pour permettre au spectateur de suivre en connaissance de cause le jeu de chat et de souris auquel ils se livrent avec gourmandise.

Chacun dans son registre, Ben Affleck et Rosamund Pike excellent. Pour une fois, le jeu éteint de l’acteur et son absence d’expression donnent à son personnage ce qu’il faut de fadeur et de niaiserie pour le rendre trouble. De même, la flamboyante beauté de Rosamund Pike associée à la douceur mièvre d’Amy Dunne compose un personnage complexe et ambivalent. Tout le jeu de Fincher est ainsi de jouer sur les apparences de ses acteurs (les fameuses apparences qui donnent leur titre au roman, signé Gillian Flynn, dont est tiré Gone girl) pour mieux distiller doute et faux semblants, jusqu’à déconstruire complètement ces archétypes trop parfaits pour être honnêtes et révéler leurs secrets honteux au grand jour.

Le spectateur est ainsi pris dans un tourbillon de révélations et de rebondissements qui ménagent leurs effets à la perfection. Ce qui semblait être un simple drame domestique, sur fond d‘adultère et de crise sociale, se mue alors en un objet multidimensionnel, ultra brillant, où la tension propre au thriller et la causticité des études de mœurs le disputent à une forme d’ironie irrésistible et impériale. Dès lors, David Fincher se fait ouvertement plaisir en jonglant avec des situations poussées à l’absurde, des personnages à la perversité déconcertante, et un final cruellement jubilatoire.

Plus que la mise en scène, élégante mais discrète, c’est l’écriture enlevée et les répliques en forme d’échanges de pingpong qui donnent au film sa véritable identité. Même dans les moments les plus anxiogènes, l’humour des dialogues et le décalage des situations mettent le spectateur sur la piste d’une satire féroce (notamment celle des médias et du politiquement correct) plutôt que d’un film de genre classique. Même chose avec la construction en flashbacks qui fait apparaître, par bribes, la figure traditionnelle du couple "qui se désagrège", créant un mythe fondateur aussitôt démonté par le flashback suivant. Avec une véritable économie d’effets, David Fincher propose un film dense et complexe qui offre matière à réflexion à la fois sur un plan personnel (les affres de la vie de couple), universel (la noirceur et les incohérences de l’âme humaine), sensoriel (le plaisir absolu du thriller tendu et immoral) et bien sûr cinématographique, avec une utilisation magistrale d’un langage purement formel pour induire émotions contradictoires et critique sociale au vitriol tout en proposant, en apparence, un divertissement efficace et parfaitement calibré.
 
MpM

 
 
 
 

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