Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Interstellar


USA / 2015

05.11.2014
 



LE MONDE NE SUFFIT PLUS





"Ce n'est pas un fantôme, c'est la gravité".

A trop vouloir nous épater, Christopher Nolan risque le crash assez régulièrement avec son ambitieux Interstellar. Le film de Science-fiction se mélange un peu les vaisseaux en cherchant la bonne direction. On voit assez rapidement les références. 2001 de Stanley Kubrick, où la nature, effrayante mais pas diabolique, remplace l'intelligence artificielle. Steven Spielberg, de Rencontres du troisième type et ses obsessions à ses drames épiques où l'absence du père hante les héritiers. Terrence Malick, de son esthétique à sa métaphysique (assez proche de Tree of Life), mélangeant la beauté visuelle à un discours assez fumeux. Ou encore Contact de Robert Zemeckis, sans l'aspect mystique, mais avec un passage vers les autres mondes assez identique.

On est loin de la spirale délirante et vertigineuse d'Inception. Interstellar fonctionne comme des montagnes russes, où chaque montée, composée de discours scientifiques et de termes savants (compréhensibles éventuellement par des polytechniciens ou des esprits peu cartésiens), ralentit la tension et dissipe l'attention. Et puis il y a la descente: trois séquences où l'adrénaline se réveille, nous stimule, essentiellement grâce à un habile découpage mettant en parallèle deux temporalités, deux actions (sur terre et aux confins de l'espace). Nous y reviendrons.

Un héros empathique

Alors quelle origine à notre déception. Il y a bien quelques éléments. Dans Interstellar, Nolan abandonne l'une des forces de son cinéma: la noirceur du héros. Le personnage central, interprété par un Matthew McConaughey charismatique et parfait pour le rôle, ne peut que susciter l'empathie et même une forme de compassion. Dans cette course contre la montre pour sauver l'espèce humaine, il est le pilier moral, solide, le seul missionnaire ayant des attaches. Il est l'ingénieur, le pilote et le fermier. Le père qui espère. Le gars honnête qui a la foi. Et pas trop les foies. Le résultat donne des séquences dramatiques, même si l'émotion est assez rare dans le film.

Mais Nolan cherchait-il à nous émouvoir? Avec des théories physiques (d'Einstein à la cinquième dimension en passant par le trou sphérique) souvent trop longues et toujours très confuses, une musique omniprésente qui asphyxie certaines scènes, une narration alternant la vie apocalyptique sur terre (la planète se venge de l'Homme) et l'expédition périlleuse intergalactique, le réalisateur a opté pour une épopée spectaculaire, quitte à flirter avec le ridicule dès qu'il s'agit de chercher des justifications rationnelles, plutôt que de se laisser guider par son récit et ses personnages dans cette aventure de survie (non dénuée de quelques touches d'humour). A l'image du film qui joue de la distorsion espace-temps, la distorsion entre le rationnel et le surnaturel nous malmène les neurones. Mais ça n'a jamais la fluidité et l'habileté d'Inception ou de Memento.

Un hommage aux explorateurs

En prenant comme postulat la Loi de Murphy (tout ce qui doit arriver arrivera, le pire comme le meilleur), il s'en remet à une forme de fatalisme. La fin du monde, apocalypse climatique et alimentaire, conduira l'homme, pionnier et explorateur dans l'âme, doté d'un instinct de survie, à se dépasser. Interstellar ne franchit aucun cap dans l'histoire du cinéma. Mais au moins, Nolan semble vouloir faire survivre un certain cinéma, en 35mm, avec des champs de maïs et des constellations, dans un art de plus en plus formaté et numérique. Au moins, on peut le remercier pour cette tentative. De même, il s'agit sans doute de son film le plus personnel. Le monde qu'il décrit, dans un futur proche, révèle également des prises de position qu'il n'avait jusque là fait qu'effleurer. Propagande, éducation, écologie, famille, ... Interstellar se désole de l'avenir probable de la terre et du gâchis consumériste de l'espèce humaine.

Mais comment peut-il en être autrement? L'être humain est profondément égoïste. Chaque personnage le prouve, même quand il est censé défendre l'intérêt général, il est motivé par des intérêts individuels et prêt à mentir. Frappant que les deux pères (McConaughey et Caine) mentent à leur fille. Intéressant que les deux filles (Chastain et Hathaway) aillent jusqu'au bout de leur mission alors que certains des hommes qui les entourent (en premier lieu Damon et Affleck) peuvent, par lâcheté, conduire aux pires catastrophes. Les relations interpersonnelles sont de loin la partie la plus réussite de ce drame.

Trois séquences qui sauvent le film

Le film décolle surtout à travers trois séquences. Celle, dramatique, où McConaughey quitte sa ferme et le sol ferme de la terre. Bel enchaînement sans transition. Deux départs collés l'un à l'autre, avec, à l'intersection, un décalage entre l'image et le son. Formellement c'est réussi. L'autre, davantage ancrée dans l'action, où McConaughey, entre suffocation et stress, et son équipe risquent leur vie sur une planète hostile, à cause d'un traître. Parallèlement, sur terre, sa fille tente de sauver la famille de son frère et cherche à comprendre l'énigme de toute une vie. Le découpage des deux situations, qui s'alternent tour à tour, fait monter la pression et amène une tension bienvenue.

Enfin, il y a ce passage dans le trou noir (la cinquième dimension, donc). Visuellement le plus ambitieux. Dramatiquement un peu trop didactique pour passer de la fascination esthétique à une sensation plus bouleversante où nous serions pris de vertige par cette "bibliothèque" se souvenirs infinie.

Mais c’est justement parce que ces trois séquences « désynchronisées » (et donc les plus légitimes par rapport au sujet) contrastent énormément avec l’ensemble, qui se veut intime et qui finalement est assez pompeux, que le film de Nolan ne parvient pas à une cohérence qui le rendrait époustouflant. L’impression que l’on retient de ce récit est plus un exercice laborieux qu’un délire sinueux.

L'anti-Gravity

Interstellar se positionne ainsi à l'opposé de Gravity. Le film de Cuaron souffrait d'un scénario peut-être trop simple, mais nous envoyait réellement dans une nouvelle dimension cinématographique, au point de "vivre" physiquement cette solitude spatiale vécue par une astronaute en détresse. C’est justement cette sobriété au service d’une expérience qui le distinguait de ses ancêtres cinématographiques et le rendait si singulier et poétique. Le film de Nolan s'appuie sur un scénario à la fois basique et complexe mais nous frustre en hésitant à chaque fois entre son envie de spectacle, son désir de drame à l'ancienne, son aspiration à rendre crédible tous les moteurs psychologiques et les motifs scientifiques. On étouffe sous les sentiments et une métaphysique à dormir debout. On ne ressent rien d'autre que le désespoir des terriens comme des conquérants de l'espace. Cette Odyssée spatiale, sans Cyclope ou sirènes, mais bien dangereuse, nous perd autant qu’elle égare son réalisateur et ses personnages.

Au moins, le réalisateur s'autorise-t-il à explorer lui aussi de nouveaux mondes. Son imagination semble également infinie. Nolan a cherché une voie plus humaniste, plus émotive que dans ses précédents films. Il aurait sans doute gagné à aller jusqu'au bout de sa "logique" en sacrifiant définitivement les responsables de cette tragédie qui conduit les Humains à quitter le cocon terrien. Mais là encore, plus Spielbergien que Kubrickien, le cinéaste a choisi un Interworld, un entre deux mondes, où l'espoir est stellaire. Vers l'infini et au-delà comme disait Buzz l'éclair. C'est exactement ce qu'on aurait adoré voir : être transporté vers l'au-delà, transcendé par son film. Or, nous restons de basiques terriens, avec la tête tournée vers les étoiles.
 
vincy

 
 
 
 

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