Avec Tolkien n'est pas seulement le récit de la jeunesse du célèbre écrivain, incarné par Nicholas Hoult. C'est aussi un assemblage des influences et inspirations qui ont conduit l'auteur à écrire la saga culte du Seigneur des anneaux.



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The Smell of Us


France / 2014

14.01.2015
 



BANDE DE GARS





« - BBC. Big Black Cock.
- Mais t’es pas black !
»

Avec The Smell of Us, Larry Clark continue son exploration de l’adolescence et de sa capacité à s’affranchir des normes de la société. Ces nouveaux hippies ont leurs propres règles, loin de toute éthique ou morale judéo-chrétienne. Cette transgression perpétuelle peut choquer ou interpeller. Elle ne laisse pas indifférent.

Alcool, coke, joints… le quotidien de ces skaters parisiens semble assez banal entre bruits des skates sur les dalles de marbre et insouciance comblant l’ennui et le refus de se projeter dans un avenir, de s’intégrer à une société trop formatée. La liberté avant tout. Le fric aussi. Quitte à se prostituer, vendre son corps, son sperme (et un peu son âme) pour entre en boîte, se payer des pompes classes ou le dernier iPhone. Le sexe est au cœur de tout. Clark le film donc frontalement : de l’exhibitionnisme où l’on baise devant tout le monde et même un smartphone au fétichisme, en passant par l’homosexualité de jeunes gars hétérosexuels, l’inceste et les clientes séniors aux seins qui pendent. Aucun tabou : les comédiens sont filmés dans leur intimité, là encore sans barrières. Ils n’en ont pas alors pourquoi le cinéma en aurait ?

Certains n’accepteront pas cet étalage de chairs, jeune ou vieille. Pourtant, il n’y a aucune complaisance. L’image est en phase avec son sujet. La fiction est comme un reportage/documentaire, où se mêlent images pixélisées des téléphones, making of saisissant un instant donné, ou encore troisième œil avec le personnage du voyeur qui filme tout, comme pour garder une trace, un témoignage de cette partie de sa vie, un Larry Clark bis. Le cinéaste ose l’expérimental quitte à donner à The Smell of Us un enrobage plus « arty », croisant ainsi son travail personnel dans la photographie avec ses œuvres de fiction. On y retrouve notamment son goût pour les imperfections de la peau (cicatrices, rides) et les détails des corps.

Mais ce qui étonne le plus dans le film, par rapport au reste de l’œuvre de Larry Clark, c’est l’éviction du féminin. Oh, bien sûr, il existe. Il y a cette jeune fille, qui ne supportant pas d’être à l’écart, voire éconduite, entraîne le groupe vers une tragédie en jouant les corbeaux de mauvais augure. Il y a la cliente aux rides profondes, la belle-mère apaisante mais impuissante, la mère complètement à la ramasse et prête à coucher avec son fils. Mais elles sont périphériques, et n’ont aucune prise sur les garçons. Les adultes n’ont aucun pouvoir et ne cherchent pas à comprendre. Ils n’ont aucune autorité, les laissant abandonnés à leur sort.

On suit ainsi une petite dizaine de personnages, qui ont une place inégale dans un récit fragmenté. Un puzzle qui n’illustre pas un paysage précis, mais qui donne une vision d’ensemble à une communauté spécifique. "The World of Us".
Le masculin domine, avec sa sueur, ses corps musclés et dénudés, ses poils pubiens, ses aisselles, ses fesses et ses pénis. C’est ouvertement l’œuvre la plus homosexuelle de la filmographie du cinéaste. « On est en 2013, tous les mecs sont pédés » entend-on dans le film, comme si ce constat résolvait tout. Ça bande, ça baise, sans aucune pudeur. Mais surtout ça rejette les étiquettes.

Acide comme la sueur

S’il manque un scénario au film, empêchant une quelconque émotion ou dramatisation, il reste une sensation étrange et touchante d’avoir flirté avec ces « djeunz », terriblement crédibles. Clark ne s’autorise aucune caricature, il va plutôt choisir des représentations : un jeune blondinet aux allures de Saint-Sébastien, de plus en plus absent de ce monde au fur et à mesure qu’il vend son cul aux autres, un ange noir, aussi beau qu’idiot, responsables des actes les plus lâches, un clone de lui-même qui est obsédé à l’idée de tout filmer, un jeune homme qui ne sait pas comment assumer son homosexualité tout en sauvant les apparences, etc…

Le réalisateur ne les juge jamais. Il observe. On peut toujours considérer que ce monde clandestin est décadent et même immoral quand on voit l’état de l’appartement du bourgeois saccagé par le groupe (façon Eastern Boys, en plus punk). Mais cela montre avant tout une jeunesse désespérée, paumée, désemparée.
Il n’y a pas de psychologie : le récit est trop désarticulé pour avoir même une cohérence. Il est à l’image de ses personnages, qui vient au fil du temps, dans l’instant présent. Ils sont en perdition, autant que le film se perd et s’égare. On ne sait pas ce que Clark veut nous dire mais on comprend ce qu’il veut nous montrer : des vieux pathétiques dans la déchéance, des jeunes escorts cyniques dans la nonchalance. L’offre et la demande. Tout un marché où le corps ne nous appartient plus. De plans cams en plans putes, de jeux vidéos où ils semblent morts-vivants en jeux de rôles où ils s’oublient complètement, ces skaters s’empoissonnent progressivement comme si cette vie les contaminait.

Car le plus frappant c’est l’absence de sincérité, de réalité, de sentiments. Cette déshumanisation est la traduction la plus visible de leur ennui. L’amour s’il existait s’en prendrait plein la gueule. Ils sont égoïstes, narcissiques. The Smell of us est acide comme la transpiration. Cela n’en fait pas un grand film ni, de loin, le meilleur film du réalisateur. Ce bad trip est trop inégal et déstructuré pour nous emballer complètement. Il y a bien quelques beaux moments de cinéma, comme la scène avec Dominique Frot, hélas un peu inachevée, cherchant à se faire sauter par son fils. Mais dénué de sentiments, l’œuvre nous laisse plutôt froids malgré un réalisme saisissant. Ces bouts de vies scotchés les uns aux autres avec un vague fil conducteur ne suffisent pas à donner de l’épaisseur aux tourments des teenagers. Il manque un but, une cohésion, même si l’ensemble est cohérent et fascinant.
 
vincy

 
 
 
 

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