Viendra le feu a reçu le prix du jury Un certain regard. Le film d'Oliver Laxe laisse au spectateur toute liberté de se projeter dans le film pour y lire son propre rapport à la nature et ses propres obsessions face à la déliquescence du monde.



Ad Astra
D'un clandestin, l'autre
De sable et de feu
Edith en chemin vers son rêve
El Otro Cristobal
Kusama: Infinity
Les fleurs amères
Lucky Day
Ma folle semaine avec Tess
Nous le peuple
Portrait de la jeune fille en feu
Trois jours et une vie
Un jour de pluie à New York



Parasite
Toy Story 4
Le Roi Lion
Give Me Liberty
Ils reviennent...
L'étincelle, une histoire des luttes LGBT +
Fanny & Alexandre
Une Fille facile
Viendra le feu
Deux moi



L'œuvre sans auteur
Comme des bêtes 2
Fast and Furious: Hobbs and Shaw
Le Gangster, le Flic et l’Assassin
Le mystère des pingouins
Les faussaires de Manhattan
Nuits magiques
Once Upon a Time... in Hollywood
Perdrix
Playmobil, le film
Une grande fille
Roubaix, une lumière
Thalasso
Les Baronnes
Late Night
Hauts perchés
Frankie
La vie scolaire
Fête de famille
Les hirondelles de Kaboul
Liberté
Jeanne
Music of My Life
The Bra
Tu mérites un amour






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



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Bébé Tigre


France / 2014

14.01.2015
 



BABY LONE





« - J’étais tombé en scooter l’autre jour.
- Ouais, c’est ça. Et moi je suis Rihanna.
»

Bébé Tigre n’a rien de candide malgré son titre. Ce premier long métrage de Cyprien Val sonne plutôt comme la perte de l’innocence. Le plongeon dans le grand bain. Celui du réalisateur comme celui de son personnage principal. Film réaliste et social en apparence, Bébé Tigre nous emporte pourtant dans son dynamisme, engendré par une mise en scène énergique, une bande son magnifique et un acteur principal irrésistible.

L’atmosphère n’incite pourtant à aucun optimisme. Les conditions de vie d’un immigré clandestin amènent davantage la dureté que l’action. Mais ce mineur du Penjab, sans papiers, a l’occasion de s’intégrer, seul, loin des siens, dans un monde complètement étranger. Lycéen de la Cour de Babel, il assimile doucement les us et coutumes de son pays d’accueil tout en essayant de ne pas renier sa culture d’origine. En se scindant en deux, il prend le risque d’être nulle part. Ni étudiant promis à ses rêves d’emploi dans les chemins de fer, ni fils devant envoyer de l’argent à ses parents, ni même employé au noir s’affirmant progressivement comme homme de confiance. Il lui faudra faire un choix. Arrêter la spirale infernale qui l’a conduit dans une série d’impasses. Ce jeune homme est piégé parce qu’il ne veut pas faire de choix, parce qu’il ne peut pas vivre sa vie comme il l’entend. Il lui faut un bac général et de l’argent et ne pas perdre son honneur. De la difficulté d’être déraciné, le cinéaste parvient à faire le portrait d’un jeune homme qui se fout du code du travail, enrage des absurdités administratives, et aspire à une meilleure vie.

De quoi créer de nombreuses situations dramatiques et même une tension dans un récit qui n’en demandait pas tant. Mais pour le spectateur, le résultat est un régal. Car c'est aussi un film engagé, derrière son récit à la fois romanesque et social. Avec un regard véritable sur la jeunesse immigrée qui ne demande qu'à être reconnue et respectée, sans naïveté et avec réalisme, Cyprien Val construit son film comme un suspense social, où l'émotion est loin d'être absente. Il a trouvé en Harmandeep Palminder, jeune garçon fascinant à la beauté magnétique, un acteur idéal pour incarner l'ambivalence des situations, subies ou choisies. L’acteur transcende ce film, parfaite photographie d’une France métissée et travailleuse, rigide et précaire. En 87 minutes tout est dit, montré. La musique, grisante, donne des accents contemporains punchy à ce récit moderne et universel.

Gravitent autour des personnages secondaires empathiques, des bandes de filles (mention particulière à la petite amie), de gars, des bobos et des requins. Pas étonnant que le personnage masculin bascule d’un mur (La France) à l’autre (sa majorité approchante), se cognant aux règles des uns, aux lois des autres. Il déraille, s’isole. Au fil du film, le réalisateur privilégie l’émotion à la tension, la détresse à l’espoir. Entre justice et trahison, le dilemme cornélien du final s'achève et nous convainc. L’histoire est déjà vue, mais la manière dont il la raconte, dont il filme cette jeunesse, ces quartiers agités par les jobs invisibles, ce cosmopolitisme démographique, est suffisamment personnelle pour que le point de vue nous séduise.

Cyprien Val a réalisé une excellente réponse à ceux qui croient que la France est en train de suicider. Son Bébé Tigre, sans griffures ni morsures, montre bien par sa seule force à quel point le pays est empli de vitalité.
 
vincy

 
 
 
 

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