Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Victoria


Allemagne / 2014

01.07.2015
 



AU BOUT DE LA NUIT





"On s’en fout des règles !"

Sebastian Schipper, en plus d'être un peu masochiste, est un excellent créateur de buzz. Un unique plan-séquence de 2h20 : le seul argument marketing suffit à rendre Victoria quasi incontournable. Et c’est vrai, quoi que l'en pense du résultat final, le challenge de départ est aussi incommensurable qu'incontestable, mais surtout un peu fou. Changer à vingt reprises de décor, filmer des personnages presque toujours en mouvement, des scènes d'action, une fusillade et même une prise d'otages, le tout sans jamais arrêter la caméra, chapeau.

Malheureusement, le culot esthétique du film en marque également la limite. Pendant la première heure, on sent clairement l'exercice de style sous jacent, et l'intrigue fait l'effet d'un prétexte. C'est d'autant plus palpable que cette première partie est au fond assez ennuyeuse. Dans n'importe quel autre film, le réalisateur aurait eu recours à des coupes et des ellipses pour amener plus rapidement le récit à son sujet réel : le hold-up. Mais Schipper est coincé dans son procédé et il doit donc faire subir au spectateur de longs dialogues creux (improvisés, ceci expliquant peut-être cela) et des plans approximatifs qui ne racontent rien de spécial, et dont lui-même ne voit pas l’intérêt. La preuve, il supprime parfois le son réel pour introduire une musique extérieure qui vient en quelque sorte remplir le vide.

On ne peut s’empêcher de penser que le cinéma est justement l’art du montage, et qu’en se contentant de jouer sur la durée (sans jamais se l’approprier), le cinéaste ne parvient finalement pas à être aussi convaincant que les films qui simulent le temps réel par une juxtaposition habile de plans et de séquences. Bien sûr, dans sa deuxième partie, Victoria nous emporte et crée une tension indéniable. On vit au rythme des personnages le temps des trois séquences les plus fortes, les plus réussies et celles qui, à ce titre, justifient le plus le plan séquence : la rencontre avec les gangsters, la fuite après le hold-up, l’évasion après la prise d’otage. Là, il se passe quelque chose de terriblement anxiogène et communicatif.

Hélas, le réalisateur ne parvient pas à maintenir durablement le film à ce niveau. Et cette fois, il ne s’agit plus seulement de mise en scène. Le scénario, linéaire par la force des choses, se complait dans une certaine facilité, voire dans un vrai manque de cohérence. Schipper maitrise notamment moins bien la dimension "polar" de son intrigue, ce qui génère quelques couacs (la police s’avère par exemple plutôt négligente dans sa manière de poursuivre les fugitifs ou de boucler la zone où ils sont réfugiés) et finit par gâcher une partie du plaisir. Les personnages eux-mêmes donnent d'ailleurs l’impression d’agir plus dans le but de provoquer des rebondissements spectaculaires que de manière logique ou, à défaut, un minimum crédible.

Cette dichotomie entre le fond et la forme, entre la prouesse technique et le résultat final, laisse à la fois déçu et frustré. N’exploitant jamais totalement la fabuleuse matière à sa disposition, Schipper passe clairement à côté de ce qui aurait dû faire l’intérêt de son choix formel : la confrontation avec la durée. De fait, il ne parvient pas à se défaire de son image de pur exercice de style.
 
MpM

 
 
 
 

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