Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Monster


USA / 2003

14.04.2004
 



A LA FOLIE, PASSIONNEMENT, …





« Ce que les gens n’ont jamais compris, c’est que je pouvais tout apprendre ! »

Monster. Vous l’aurez compris : le titre est à double sens. De quoi directement renvoyer la balle à la presse à scandale qui catalogua Aileen Wuornos de « monstre absolu » jusqu’à ce qu’elle soit exécutée en 2002. Le match médiatique passé, reste un film qui ne manque pas de surprendre, ni même d’émouvoir ou ironiser par moment, mais qui, au final, mise toute sa légitimité sur le fait qu’il soit adapté d’une histoire vraie. Dès l’ouverture jusqu’à la fin, tout est bien clair : la réalité des évènements reste le meilleur argument de Monster. Imaginons un instant : si le film n’était que pure fiction, il perdrait une bonne partie de sa consistance.
Au centre de l’histoire : les motivations vengeresses d’Aileen Wuornos. Son errance psychologique et sociale devient très vite l’unique moteur du film, loin devant son odyssée meurtrière ou même ce qui est censé l’avoir déclenchée : son histoire d’amour avec Selby. A force d’insistance sur la solitude et la haine d’Aileen, son couple ne devient ici qu’un décor parmi d’autres. Pas plus qu’un banal contexte, montré en filigrane, dont la seule particularité est d’être à contre courant du puritanisme américain. On en oublierait presque que les deux jeunes femmes sont en cavale. L’une descend ses clients à la chaîne ; l’autre ne s’en inquiète pas outre mesure… Bref. Dans un registre proche, il y a de quoi préférer Thelma et Louise. Monster reste très timide sur la psychologie des deux femmes à l’instant T. Elles sont paumées et se marginalisent toujours plus de jours en jours. Le film s’en tient à ces faits avérés. Et après ? Restent des confidences en voix off. Pour la plupart, des propos de la vraie Aileen Wuornos, issus de la correspondance qu’elle entretenait avec une amie d’enfance lorsqu’elle était incarcérée dans les couloirs de la mort. Un regard introspectif haut en sincérité, des propos émouvants sur les choses les plus banales de la vie : l’espoir, la chance, l’ironie du sort, la persévérance, et bien sur l’amour « toujours gagnant comme que nous l’explique Aileen en voix off. On est forcement de connivence. Mais ce qui manque ici c’est la constance : mis à part ces quelques séquences, Monster esquive toute approche psychologique pour n’en rester au traditionnel schéma pro/anti, en dressant le portrait d’une société environnante méprisable sous tous rapports. Quelque peu simpliste. La réalité est forcément plus bariolée. Mais ici, c’est au spectateur de combler les brèches pour reconstituer la descente en enfer d’Aileen Wuornos. Patty Jenkins aurait-elle trop compté sur ses outils documentaires, au détriment d’une véritable construction narrative ? On se le demande sérieusement dans la partie centrale du film.
Force est de constater que tous les atouts de Monster passent par les performances de Charlize Theron, même si, il faut bien le souligner, la mise en scène de Jenkins est parfaitement réussie. La jeune comédienne se démène jusqu’à porter l’intégralité du film sur ses épaules : son jeu totalement sidérant orchestre toute l’évolution rythmique et dramaturgique du récit ; ce jusqu’à donner corps aux personnages environnants, notamment celui de Selby (Christina Ricci) dont la personnalité et le rôle, pourtant clé à la base, restent paradoxalement assez flous dans le scénario. Charlize Theron embrasse toute la complexité de son personnage : ses rêves et souffrances, sa violence intérieure, son hypersensibilité, ses aspirations, finalement très banales, confrontées à l’atrocité de ses actes. Un personnage en quête d’idéal dont la vie ne peut être faite que d’extrêmes, faute d’avoir connu autre chose : toute une gamme d’auto défis, mutations psychiques et revirements de situations que la jeune actrice matérialise avec une énergie sans faille. Aussi bien physiquement que psychologiquement, les performances de Charlize Theron nous laissent béats. Métamorphosée à tous points de vue et captivante, du début à la fin. Un monstre inattendu qui vaut le détour.
 
sabrina

 
 
 
 

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