Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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La chambre interdite (The Forbidden Room)


/ 2015

16.12.2015
 



PLAISIRS RECONNUS





Par où aborder La chambre interdite, expérience de cinéma tentaculaire qui nous projette d’une histoire à une autre, d’un film à l’autre, comme un fétu de paille emporté par le vent ? Il faut en effet accepter, en tant que spectateur, d’être balloté par le rythme enivrant de l’intrigue qui bascule à chaque instant sur un autre univers, d’autres personnages et d’autres enjeux. Chaque séquence en appelle ainsi une nouvelle, parfois dans un jeu d’association qui rappelle la comptine enfantine « trois petits chats – chapeau de paille ». A moins que cela ne soit la même, simplement perçue sous une perspective différente. Il n’y a pas de règle systématique dans la construction et la succession de ces scènes, si ce n’est l’immense cohésion qui y préside. Car au petit jeu des récits imbriqués et des correspondances multiples, dans lequel même les acteurs alternent apparitions fantomatiques et persistance d’un rôle à l’autre, le réalisateur Guy Maddin et son acolyte Evan Johnson aboutissent paradoxalement à une œuvre cohérente et unique dont la trame-même est constituée de ces dizaines d’histoires à la fois indépendantes et irrépressiblement liées.

La cohérence se fait également dans les choix esthétiques qui semblent convoquer toute l’histoire du cinéma dans une réinvention numérique des images analogiques du passé. Images déformées et tremblantes, lumières vacillantes, inserts et cartons dignes du cinéma muet, expressionisme, surimpressions, clair-obscur, "pellicule" semblant sur le point de fondre, auréoles noires autour de l’image, bords flous, couleurs saturées… indescriptible splendeur visuelle qui plonge le spectateur dans un monde parallèle, où la succession de récits tragiques, fantastiques, effrayants ou absurdes semble la norme.

Dans ce dédale d’aventures qui évoquent les rêves délirants d’un dormeur sous acide, on rencontre des squelettes fraudeurs aux assurances, un forestier prêt à tout pour retrouver la femme qu’il aime, quelques monstres, des pervers, une femme amnésique, des drogués, un jardinier assassin… et même un maître des élégances qui explique doctement l’art de prendre un bain. Ces bribes d’histoires rappellent les séries B, les feuilletons romanesques et les classiques sublimes des grandes heures du cinéma.

Et pour cause : à l’origine de cette œuvre titanesque, il y a un projet multimédia nommé Séances dans lequel Guy Maddin entreprenait de redonner vie à des films disparus (la plupart des cinéastes des débuts du cinéma ont perdu au moins un film) à partir d’éléments ayant subsisté comme des critiques, des titres ou des photographies. Accompagné d’Evan Johnson, le cinéaste a ainsi mené des recherches sur les œuvres disparues de Murnau, Ford, Lang, Hitchcock... avant d’organiser en 2013 des "séances de spiritisme" durant lesquelles étaient "convoqués" les esprits de ces films perdus qui étaient réinventés en public et filmés au rythme d’un par jour.

La chambre interdite est l’aboutissement de ces recherches, un voyage onirique et sensoriel, mais aussi spectral, aux multiples clefs et interprétations qui privilégient le plaisir brut du cinéma : raconter des histoires, imaginer des situations, animer des personnages, le tout avec une boulimie gourmande qui démultiplie les pistes, les intrigues, les apparitions et les échos. Comme le film-somme de tous les films qui ont été tournés, écrits ou juste fantasmés depuis l’invention du cinéma, avec le sentiment de vertige, de bouleversement et d’exaltation que cela implique.
 
MpM

 
 
 
 

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