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1917 est une prouesse visuelle épatante avec ce faux plan séquence permanent qui suit deux jeunes soldats sur le front entre tranchées et snipers. Succès inattendu, le film de Sam Mendès est aussi parmi les favoris aux Oscars depuis son Golden Globe.



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Cyrille, agriculteur, 30 ans, 10 vaches...
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1917
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 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



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The Big Short: Le Casse du Siècle


USA / 2014

23.12.2015
 



MONEY MONEY MONEY






"La vérité c'est comme la poésie...tout le monde déteste la poésie!"

La voix exquise et sarcastique de Ryan Gosling ouvre ce bal économique, comique et dramatique. Il ouvre une parenthèse. La fin des années 70 quand le système bancaire découvre la poule aux œufs d’or : l’endettement. La finance va dominer le monde et ses traders vont se gaver de bling-bling.
30 ans passent. Le désastre est connu. Là il ne fait qu’être annoncé par des prophètes qui ne sont pas rois dans leur milieu. Le crash est inévitable mais personne ne croit ces extralucides. Le style est chic. Car derrière ce jargon où on ne comprend pas forcément grand chose (à moins d'avoir fait science Po ou d'être en couple avec Jordan Belfort) , The Big Short
Vous avez du temps de cerveau disponible ?

Histoire de bien réveiller le spectateur (qui s'est endormi entre les calculs de Christian Bale nu pieds et la moumoute de Ryan Gosling), Adam McKay a gardé son amour pour l’humour et a créé une bande de « génies » décalés, burlesques, aux allures de « losers ». On est loin du Loup de Wall Street. Ici, la caméra se veut plus réaliste, presque documentaire, et use de symboles visuels clinquants d’une civilisation (l’américaine) qui ne se pose aucune question au delà de ses échéances de crédit ou du cours de la bourse. C’est brillant, souvent. Ça nous perd, parfois. Comme une martingale financière : ça rapporte même si on n’y comprend rien.

Cependant, The Big Short aurait pu vous lessiver le cerveau (même Margin Call est plus simple à suivre) mais il enchaîne aussi de grandes séquences distrayantes et de grands numéros de comédiens. La mise en scène est plus complexe qu’il n’y paraît. En interpellant le spectateur continuellement, en sollicitant son temps de cerveau disponible en permanence, le film fait le pari de l’intelligence. On est au cœur du réacteur, prêt à avaler les pilules de cyanures, amères. C’est glaçant. Car les « héros », ceux qui gagneront à la fin, qui braqueront les plus grandes banques, imbues de leur puissance, arrogantes et certaines d’être immortelles, ne sont pas des « gentils ». Ils ne sauvent pas le monde : ils profitent de son chaos. Des opportunistes pessimistes mais cupides. Ils ont beau jeu de gagner des millions quand en face il n’y a qu’incompétence .

C’est sans aucun doute l’un des films les plus méchants récemment produits par Hollywood. L’hypocrisie, l’idiotie, l’horreur économique, le système frauduleux, tout contribue à nous faire haïr ce monstre invisible, cette puissance virtuelle : la finance.

Mon amie, c’est la Finance

C’est d’autant plus mordant que le style « sitcom » et presque « comique » du film transforme la critique en un doux poison liquoreux. L’usage d’un casting quatre étoiles n’est pas anodin pour faire passer la pilule. Entre Steve Carell, hallucinant, Brad Pitt un brin Redfordien, Ryan Gosling enlaidit par sa vanité, et assez perché, pondant ses sarcasmes avec jubilation et Christian Bale qui ressemble à un stagiaire chez Google, la leçon de cette Crise financière pour Les Nuls est plus facile à digérer.
Le scénario reste fidèle aux faits : hormis Gosling et Carell, personne ne se croise. Ce sont des « groupes » indépendants qui font le même pari, avec des méthodes différentes. On mise sur l’Apocalypse pour se faire un max de blé. « Je sais que vous ne mesurez pas la stupidité du système » entend-on. Pourtant, après avoir vu The Big Short on comprend bien la docilité des citoyens, qui se laisse broyer par ce système. C’est dit texto : « Ils savaient que les contribuables les sauveraient ». Les moutons continuent de se faire tondre, et les seules ruines qu’il reste ce sont les maisons où l’on a exproprié les victimes de cette folie sans foi ni lois.

Peut-être que vous serez perdus dans cette jungle économique du film. A certains moments, la complexité des opérations, les moyens techniques, les termes professionnels nous échappent, diluent un peu notre attention, provoquent des trous d’air dans l’histoire. Mais l’excellente mise en scène, ce casting digne du caviar le plus cher et un sujet toujours d’actualité sauvent formellement ce récit labyrinthique où, à chaque tournant, on découvre l’ampleur du piège : les seuls perdants sont ceux qui ne jouent pas. Et certains ont joué gros et ont en effet réalisé le casse du siècle, sans se soucier du peuple. Le fric ce n’est pas seulement chic. Le fric n’a peut-être pas d’odeur. Mais, loin de toute morale, loin de toute complaisance, The Big Short prouve surtout que le fric est la seule valeur partagée dans un monde où l’humain n’est même plus coté.
 
Cynthia

 
 
 
 

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