Ne croyez pas que je hurle est le joyau tant attendu de l'année. Film expérimental et sentimental, audace narrative et visuelle, cette expérience signée Frank Beauvais est aussi délicate que mélancolique, curieuse que hypnotique.



Betty Marcusfeld
Cervin, la montagne du monde
Chambre 212
Donne-moi des ailes
Jacob et les chiens qui parlent
Joker
La fameuse invasion des ours en Sicile
La grande cavale
Nos défaites
On va tout péter
Papicha
Pour Sama
Quelle folie
Soeurs d'armes
Tout est possible



Parasite
Le Roi Lion
Une Fille facile
Viendra le feu
Deux moi
Un jour de pluie à New York
Bacurau
Ne croyez surtout pas que je hurle
Alice et le Maire
Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie



L'œuvre sans auteur
Comme des bêtes 2
Fast and Furious: Hobbs and Shaw
Le Gangster, le Flic et l’Assassin
Once Upon a Time... in Hollywood
Perdrix
Playmobil, le film
Une grande fille
Roubaix, une lumière
Thalasso
Les Baronnes
Late Night
Hauts perchés
Frankie
La vie scolaire
Fête de famille
Les hirondelles de Kaboul
Liberté
Jeanne
Music of My Life
The Bra
Tu mérites un amour
De sable et de feu
Ad Astra
Trois jours et une vie
Portrait de la jeune fille en feu
Au nom de la terre
Downton Abbey
Port Authority
Atlantique
Gemini Man






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 22

 
Frantz


France / 2015

07.09.2016
 



BROKEN FLOWERS





- Vous aussi vous aimez ce tableau ?

- Oui. Il me donne aussi envie de vivre.


Véritable drame romantique, le nouveau film de François Ozon demeure la plus belle preuve que le talent du réalisateur d'Une nouvelle amie ne s'en est pas allé. On adore.

Entre attraction et rejet

Après la Première Guerre mondiale, dans une ville allemande, la jeune Anna dépose tous les jours des fleurs sur la tombe de Frantz, son fiancé mort au front. Un jour, elle remarque qu'un jeune français, Adrien, vient également se recueillir dessus. Après la défaite allemande, la présence d'Adrien va mettre en lumière bien des choses dans la vie d'Anna comme dans celle de leur entourage.

Ultra léché, Frantz dispose surtout d'un scénario intéressant. Celui-ci l'est d'ailleurs tellement qu'on ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec la peur de l'autre qui resurgit régulièrement aujourd'hui, entre deux polémiques inutiles. Et bien que le film appuie sur le caractère particulier de la situation d'Anna et Adrien (elle est allemande, il est français, nous sommes en 1919), Frantz n'en demeure pas moins polysémique. Car au-delà du rejet dont Allemands et Français font preuve tour à tour, le film de François Ozon se permet d'aborder différentes thématiques propres à la période mais pas seulement.

Ainsi, il n'est pas étonnant de voir les personnages se demander régulièrement comment vivre après. Comment aller de l'avant quand on a perdu ceux que l'on aime. Comment reconstruire quand on est responsable de ce qui a été cassé. Et enfin, comment pardonner aux autres quand on a également des choses à se faire pardonner. Inspiré du film d'Ernst Lubitsch Broken Lullaby et de la pièce de Maurice Rostand L'Homme que j'ai tué, Frantz a tout du grand film dans lequel les personnages se croisent, s'effleurent, se touchent mais ne parviennent pas à se retenir. Et comme il est commun de vouloir retenir les gens que l'on aime, Frantz épargne à ses spectateurs le happy end facile, la surprise dans la non-surprise.

Tableau filmique

Saupoudrés de mensonges, les différents récits des personnages sont autant de pauses oniriques dans la narration. Pour protéger sa conscience, Adrien ment à Anna. Pour protéger Adrien, Anna ment aux parents de Frantz. Jeu de chaises musicales sentimentalement conséquent, Frantz est audacieux. Dans son scénario oui, mais également dans sa mise en scène. En passant régulièrement du noir et blanc à de la couleur pour signifier les moments de bonheur partagé, François Ozon s'offre ici un petit plaisir visuel qui n'est pas pour nous déplaire. Parce qu'il est souvent fait mention des tableaux de Manet, François Ozon a bien fait de confier la direction artistique de son film à Michel Barthélémy et la photographie à Pascal Marti. Visuellement, le film est impeccable.

Mais cela ne s'arrête pas là. Les personnages principaux (Anna et Adrien) sont campés par des acteurs au talent plus que certain. A commencer par Paula Beer. Déjà vue dans Poll et Diplomatie, cette Allemande de 21 crève ici l'écran tant sa peine et ses tourments sont communicatifs. En face d'elle, Pierre Niney est comme toujours superbe. Torturé comme dans Yves Saint Laurent, suspicieux comme dans Un Homme Idéal, sous pression comme dans Five ou affecté comme dans Frantz, le jeune homme passé par la Comédie-Française semble aujourd'hui capable de tout faire. On applaudit.

Du reste, on retiendra évidemment ce thème musical ensorcelant et ces regards échangés qui en disent souvent long. Dramatique à souhait mais foncièrement pragmatique, Frantz est une très (très) bonne surprise dans la filmographie d'un cinéaste inégal.
 
wyzman

 
 
 
 

haut