Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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La jeune fille sans mains


France / 2016

14.12.2016
 



CONTE DE FEMME






"Cela fait bientôt des mois que mon prince est parti..."

Une respiration haletante et des mains douces et féminines qui lavent le linge avec fougue dans une rivière. Plus tard ces mêmes mains portent un fruit à la bouche de celle qui les possède avant de passer entre ses cuisses dans un plaisir solitaire nocturne (oui les princesses aussi se masturbent). Dans un jeu d'ombres digne d'une technique de dessin unique, ce film d'animation éblouit autant dans son illustration que dans sa métaphore révolutionnaire et prouve, après Tout en haut du monde, La tortue rouge, Ma vie de courgette, Louise en hiver et Phantom Boy que l'animation française est aussi diverse qu'inspirée.

La jeune fille sans mains est le conte le plus angoissant des frères Grimm. Un meunier vend son plus bel arbre ainsi que sa fille au diable en échange d'une richesse éternelle (racontez ça à votre gamine et elle en sera traumatisée...je parle d'expérience). La voulant sale (image de la virginité et de la pureté) le diable exige que le père lui coupe les mains tant elles sont propres. La princesse s'enfuit, sans mains et par ce geste s'émancipe de son père... et des hommes. L'allégorie est violente à prime abord.

Car, ici, pas de princesse jolie cœur, la jeune fille se libère, se délivre en se faisant arracher les mains dans un cri de douleur qui rappelle un acte sexuel avant de s'enticher d'un prince qui part à la guerre et la laisse se débrouiller toute seule et enceinte. Loin d'une princesse Disney, l'héroïne brise les clichés de la fille sans défense en combattant son père, son prince, les clichés et même le diable sans avoir un guerrier blond aux yeux bleus à ses côtés.

Plein de métaphores, ce conte est illustré à la perfection par Sébastien Laudenbach et son animation qui nous pénètre jusqu'à l'os. Telle une estampe japonaise qui prend vie sous nos yeux, La jeune fille sans mains est une animation digne d'une oeuvre d'art enivrante qui coupe le souffle et fait vibrer l'âme. Sans doute parce que le style même du film est d'assumer son inachèvement. Les dessins précis cohabitent avec des esquisses inabouties. Cette forme d'artisanat artistique rend le récit aussi sensuel que poétique, émouvant qu'effrayant. Il y a une profondeur psychanalytique et une noirceur propre aux contes tel Peau d'âne qui donnent à ce film une dimension particulière, qui en fait une œuvre singulière.
Par cet aspect libre et audacieux, La jeune fille sans mains laisse notre imaginaire s'ouvrir plutôt que de nous conduire, un peu forcé, dans cet univers onirique et esthétique. Si la femme est sans mains, elle n'en est pas moins attachante; et son esprit et le nôtre communient, nous permettant tous les envols, loin des obscurantismes et des enfers imposés par l'homme.
 
Cynthia

 
 
 
 

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