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L'Adieu de Lulu Wang est à la fois un portrait de famille et un portrait de la Chine contemporaine qui refuse de reconnaître ses faiblesses. Un voyage initiatique sensible et touchant, porté par une mise en scène qui oscille entre le burlesque et le documentaire.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



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Nocturnal Animals


USA / 2016

04.01.2017
 



L’IRRÉPARABLE





«- C’est sympa de tuer des gens.»

Nous étions forcément curieux de savoir comment Tom Ford allait amorcer le virage du deuxième film après le très stylisé et émouvant A Single Man. Le cinéaste américain, auréolé désormais d’un Grand prix du jury à Venise avec ce Nocturnal Animals, ne s’est pas vraiment éloigné ni de ses personnages mélancoliques, nostalgiques d’une histoire d’amour passée, baignant dans un mal-être palpable, ni de son esthétique remplie de références (du magazine de mode ou de design aux films noirs et aux polars). Sans oublier la musique almodovarienne, le générique lynchien, le final flirtant avec celui des Liaisons dangereuses. La question est de savoir si Nocturnal Animals est un grand film au-delà de ses apparences tapageuses, de ses influences envahissantes, de ses références démasquées. Certains plans sont somptueux et inoubliables comme ces femmes nus sur un divan rouge au milieu de nulle part.
Qu’y a-t-il derrière tout ce maquillage ? Un film sincère, profond, personnel, comme pouvait l’être A Single Man malgré ses beaux oripeaux ? Ou juste une construction assez artificielle qui cache une œuvre formellement séduisante mais déséquilibrées entre ses deux récits ?

Nocturnal Animals est un film teinté de noirceur. Il y a du crime, de la souffrance, de la dépression. Le hype et le moderne prennent un sale coup. En filmant une bourgeoisie friquée incapable d’atteindre le bonheur et préférant se reproduire entre elle, dépendante de ses signes extérieurs de richesse plutôt que d’explorer l’amour et l’art, Tom Ford critique son monde, comme un satiriste sadique. Las, on a du mal à croit à cette honnêteté du propos, ou s’il faut s’en convaincre, on imagine que le cinéaste est un peu schizophrène, crachant un peu dans la soupe qu’il contribue à produire. Il exhibe ainsi des monstres obèses (fascinantes images où la graisse secouée devient de l’art mouvant) sans qu’on comprenne réellement s’il s’en moque ou s’il veut prouver que la beauté n’est pas forcément celle d’un de ses mannequins.

Autoroute à deux voies

Au delà de ces reproches, Nocturnal Animals reste une œuvre parfaitement maîtrisée. Basculant de l’histoire d’une femme délaissée et malheureuse à l’histoire du roman divertissant, sanglant et dérangeant de son ex qu’elle découvre comme nous, la fluidité de ce double récit est impeccablement écrite et montée. On peut toujours regretter certains stéréotypes (une Los Angeles ultra-moderne solitude de verre, de béton et de bleu froid versus un Texas de Western. Mais surmontons ce binarisme. La façade de la réussite est magnifiquement incarnée par une Amy Adams presque figée et néanmoins expressive. Elle rappelle avec dix ans de moins et un célibat encore non assumé la Julianne Moore d’A Single Man. La beauté extérieure cache difficilement les fissures intérieures et les angoisses intimes.

Dans cet univers où le médiocre règne en maître, où la folie et l’amour n’ont pas leur place (comme ils n’ont pas leur place dans les créations sobres et élégantes de Tom Ford, le styliste et entrepreneur), Tom Ford peine peut-être à montrer l’absurdité de notre société mais réussit pleinement à en souligner sa violence, la lâcheté des êtres, et la culpabilité qui en découle, qu’il s’agisse d’une rupture amoureuse ou d’un crime fictif.

Vengeance à deux visages

Tout est injuste à l’exception de cette vengeance par procuration qu’exerce l’ex mari sur le personnage d’Amy Adams, d’une cruauté rare avec cette torture psychologique par l’intermédiaire du délice de la lecture .La véritable du crime dans ce film, la véritable prise d’otage est celle de cette femme esseulée, trompée, qui a pris une mauvaise décision il y a des années, et qui est happée par un roman sanglant, une histoire d’injustice qui va la conduire à une sublime humiliation. A l’inverse de Todd Haynes avec Carol, le final ne sera pas forcément heureux. Mais à son image, il sera bref, coupé à l’instant où l’on comprend toute la douleur de cette femme. Sans pathos, musique ou effet sur-appuyé.

C’est bien cette épure clinique, froide, qui séduit. Qui bouleverse même. En usant du roman de genre (et donc du film de genre), le réalisateur nous attrape avec un « polar » aussi atroce que déjà vu (avec cependant une séquence qui joue sur les nerfs lorsque la famille se fait piéger par trois ploucs crétins). Parfois Ford sort des sentiers battus, comme s’il voulait provoquer la faute de goût pour nous surprendre (le héros des crétins sur le trône est un moment très « coenien ») ou balance sans ménagement un conflit théâtral efficace (le déjeuner entre la mère et la fille). Il peut s’avérer subtil en faisant confiance à ses comédiens pour se substituer à des dialogues. Et parfois, il insiste un peu trop sur certains effets, rendant sa mise en scène trop voyante.

Ceux qui ne voient rien

Ces animaux nocturnes – la lectrice insomniaque, le père de famille errant dans le désert (Gyllenhaal, sexy en écrivain romantique comme en veuf un peu viril), les criminels à deux neurones – pris dans les phares de cette tragédie entre passé et présent, réalité et fiction, allégorie existentielle et détresse psychologique, dénote une société complètement déshumanisée : qu’elle soit élitiste ou paumée. L’Homme ne compte plus pour l’Homme. Sa vie se transforme ainsi en un long cauchemar où l’on perd ses sens, jusqu’à l’aveuglement.

Loin d’être didactique, Nocturnal Animals envoûte et nous renvoie en pleine face la brièveté de l’existence, la difficulté à s’émanciper, la facilité à renoncer aux rêves. Il aurait pu être plus audacieux sur la traduction de l’inconscient et moins ambiguë sur l’illustration de notre époque. Mais, comme pour son premier film, le cinéaste rappelle que la trahison est inhérente à l’espèce et que l’amour vaut toutes les batailles. Mais comme Colin Firth incarnait la morbidité d’A Single Man, Amy Adams transpire la froideur de ce film. Dans les deux cas, à ne plus vivre l’amour, les héros de Tom Ford finissent défaits.
 
vincy

 
 
 
 

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