Wild Rose n'est pas seulement le film qui aura révélé Jessie Buckley. Entre réalité (sociale) et rêve (musical), le film est une pépite qui charme et enchante. Parfaits pour l'été.



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Au revoir là-haut


France / 2017

25.10.2017
 



LA CITÉ DES SOLDATS PERDUS





«Mourir le dernier, c’est plus con que mourir le premier. »

« C’est une longue histoire compliquée » raconte Albert Dupontel, interrogée au Maroc alors qu’il est en fuite. Et en effet, Au revoir là-haut est une longue histoire, compliquée. S’écartant de ses farces noires et sociales, cyniques et humanistes, Dupontel s’attaque à un monument. D’abord un Prix Goncourt, un pavé littéraire mêlant la grande Histoire et le thriller, à partir d’éléments véridiques enfouis dans les archives. Ensuite une œuvre qui ambitionne d’être à la fois une fresque, un mélodrame, une intrigue presque policière, une comédie proche du burlesque et une métaphore à notre époque. Enfin, un divertissement esthétisé qui veut épater le spectateur.

On songe immédiatement à Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, et dans une moindre mesure à Amélie Poulain et Mic-mac à tire-larigot, deux autres films du même réalisateur. Le style visuel est immédiatement affilié à ces films, mais aussi le style narratif (voix off qui se superpose à une chronique où les pires horreurs sont montrées comme des souvenirs anodins).

Car loin de rater son épopée (le prologue dans les tranchées est ce qu’il y a de plus spectaculaire), Dupontel manque quand même le principal : l’émotion qui aurait du se dégager d’un tel imbroglio où arnaqueurs et arnaqués, victimes et salauds, miséreux et élites se côtoient dans un « joyeux » foutoir et un tragique « jeu » durant l’après-guerre.

Lutte de classes

On voit bien ce qui a séduit le cinéaste. Des punchlines frappantes, des personnages attachants et marquants, un écho véritable à notre époque, où la bourgeoisie se sent au-dessus des lois et s’enrichit sans culpabilité tandis que les classes moyennes enchaînent les petits jobs et les humiliations.

La direction d’acteur et le casting sont d’ailleurs impeccables, des rôles principaux aux plus petits d’entre eux. Avec trois mentions spéciales : Laurent Lafitte, formidable ordure, traitre et sadique, Niels Arestrup, dont chaque nuance permet de sauver une scène, et Nahuel Pérez Biscayart, l’homme aux mille visages, qui, malgré ses masques (sublimes) parvient à exprimer subtilement toutes ses émotions à travers ses yeux. Pas surprenant, dès lors, que la séquence la plus réussie, la plus bouleversante, soit vers la fin du film, entre Arestrup (le père) et Pérez Biscayart (le fils).

Papier glacé

C’est tout le paradoxe de ce beau film. Il n’est pas mauvais, ni dans son intention, ni dans sa technique. Mais il laisse de marbre. A force de flirter avec trop de styles et de références, le réalisateur ne fait que raconter une histoire, bien ficelée, sans chercher à créer un lien particulier avec le spectateur, sans trouver le moyen de provoquer une sensation. Il passe même à côté de brillantes idées. Du personnage de Nahuel, avec ses masques fantasques et son hypersensibilité, il aurait pu créer un personnage « queer » (ce qui ne signifie pas homosexuel, entendons-nous bien) fabuleux. De cette escroquerie aux monuments aux morts et aux cercueils de soldats inconnus, on pouvait imaginer un humour plus noir, plus féroce.

Le conte farfelu, avec ses passages romantiques moins crédibles, se déroule ainsi devant nos yeux, sans nous saisir. On peut s’émerveiller devant la beauté de certaines séquences, la reconstitution et même l’image. On s’agace de la musique omniprésente, du manque de rythme qui enlise l’intrigue, de ces personnages proches d’une bande dessinée qui semblent aussi trempés que figés. Il faut attendre le dernier tiers pour que le film prenne son élan et que l’intrigue se déploie pleinement.

L'humanité

Finalement, ce que l’on retient, c’est le rapport humain entre les « sans dents », l’arrogance des élites, la suffisance des pourris, l’avarice des riches, l’insouciance des pauvres. Tout ce qui rappelle notre actualité. C’est aussi le discours anti-guerre, la solidarité entre misérables.

Mais surtout, même s’il faut attendre la fin, Dupontel trouve dans Au revoir là-haut une nouvelle occasion de plaider l’ode à la différence et à la créativité. On se souviendra longtemps de ce saut de l’ange (à plumes bleues). C’est aussi là que se révèle toute la limite du film : un événement si dramatique aurait du nous glacer. On y voit que beauté.
 
vincy

 
 
 
 

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