Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Les heures sombres (Darkest Hour)


Royaume Uni / 2017

03.01.2018
 



LES DISCOURS DU LION





« Ne bousillons pas tout ! »

Christopher Nolan a filmé l’opération Dynamo (le sauvetage des troupes britanniques piégées à Dunkerque) de manière spectaculaire. Joe Wright préfère revenir en amont, en filmant les coulisses politiques et les manœuvres diplomatiques qui ont permis le « succès » de cette débâcle vitale. Et c'est bien plus passionnant.

Les heures sombres et un huis-clos, à l’écart de la furie qui détruit l’Europe. Ile cinéaste filme ce début de seconde guerre mondiale à deux moments : une vue aérienne du front qui montre l’ampleur du désastre, et le sacrifice terrible au milieu des ruines de Calais d’un groupe de soldats britanniques. Ces deux moments d’atrocité mettent en relief le reste du film qui s’articule autour de trois moments. Trois discours qui vont faire basculer le Royaume Uni dans le camp des combattants et faire entrer Winston Churchill dans l’histoire.

Un mois à partir de mai 1940. Le temps file vite, la guerre tout aussi rapidement. Le réalisateur dévoile les coulisses du pouvoir dans un pays effrayé par l’avancée d’Hitler. Neville Chamberlain est éjecté du 10 Downing Street. Il est cosignataire des accords de Munich, critiqué pour sa position indulgente avec les Nazis. Churchill accède au pouvoir, alors que son passé est une succession d’échecs.

Deux fronts

Car au front extérieur s’ajoute une bataille intérieure. Plus sournoise, plus idéologique. Une partie des Lords et élus sont favorables à un compromis pacifique avec l’Allemagne. Tandis que Churchill, qui n’est aimé de personne, pas même du Roi, est persuadé qu’il faut le combattre. Il en fait presque une affaire personnelle, un match de boxe à distance. Winston vs Adolf.

« Cessez de m’interrompre quand je vous interroge »

Ce n’est pas le moindre des mérites du film que de révéler ce détail de l’Histoire où l’Angleterre a choisi son destin. Les manigances et les ambitions de chacun se sont heurtées à un homme, Churchill, convaincu que son flair le guidait dans le bon sens. Gary Oldman est méconnaissable en Premier ministre irascible et lunatique, tantôt tyrannique tantôt sympathique, condescendant et arrogant, malin et habile. Car la vraie force de ce drame n’est pas dans l’incarnation de l’acteur, évidemment prodigieuse grâce au maquillage et à son talent, mais bien la mise en lumière des zones d’ombre de ce personnage aussi brutal que nuancé.

Si le film dévoile le dessous des cartes (politiques) et révèle la partie de bluff de chacun, c’est bien en nous révélant un Churchill intime, en proie aux doutes, sans maquillage paradoxalement qu’il s’avère le plus captivant. Toute la mise en scène en fait la star. Il n’apparaît qu’après le prologue, furtivement d’abord, en allumant son cigare dans le noir, puis sans apparat, à la sortie du lit. Cet homme malaimé, sauf par sa femme (Kristin Scott-Thomas), méprisé, est en fait le seul à comprendre son époque.

Victoires en déchantant

Joe Wright n’en fait pas une hagiographie. D’abord parce qu’il dépeint lucidement un homme coupé du peuple (mais qui sait l’écouter, dans une scène dans le métro presque trop idyllique). Ensuite parce qu’il en fait une bête traquée, attaquée de toute part, lâchée par les siens aux chiens.

Entre conquête de l’opinion et conviction instinctive, le destin de Churchill est en marche. En quelques semaines, il construit sa légende. Et si la réalisation, en clair obscurs signés Bruno Delbonnel, sublime ce jeu d’échecs où chacun croit gagner la partie, c’est bien dans les mots que résident la victoire : la puissance de la rhétorique, le perfectionnisme du futur Prix Nobel de littérature vont produire la première victoire sur Hitler, psychologique et tactique avant qu’elle ne devienne militaire.

Humilié par Roosevelt, détesté par son parti, abandonné par les Français, Sir Winston a balancé son programme pour asservir le Parlement, rugit sur les ondes pour préparer le peuple à l’inévitable, et finalement mobilisé « la langue anglaise » pour envoyer son pays au combat. C’est dans ces trois séquences, pourtant banales en apparences, soulignées par les belles mélopées de Dario Marianelli, que Les Heures sombres trouve sa plus belle lumière.
 
vincy

 
 
 
 

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