Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Downsizing


USA / 2017

10.01.2018
 



LA COMMAUNAUTÉ





«Pas une réussite l’homo sapiens. Malgré sa brillante intelligence. A peine 20000 ans...»

Alexander Payne a disposé de son plus important budget pour un film où il est question de réduction de taille humaine. Et au final, ça donne le plus minime des films dans sa belle filmographie.

Downsizing part pourtant d’une bonne idée : la croissance démographique de la planète menace l’écosystème et l’espèce humaine. Un scientifique norvégien réussit à réduire cellulairement la taille de l’humain, à peine plus grand qu’un sexe masculin en érection (12,9 centimètres, à peu près la moyenne mondiale).

Et, jusqu’à la « transformation » en modèle réduit du personnage de Matt Damon, le film tient ses promesses : on comprend bien les motifs écologiques, le délire scientifique, l’envie humaine de changer de vie et rendre le monde meilleur. Alexander Payne est en terrain presque familier : l’envie de reconstruire sa vie, le besoin de renaître, qui traversent la plupart de ses films. L’aventure, le risque valent d’être vécus comme dans Monsieur Schmidt, Nebraska ou The Descendants. Le besoin de rompre les amarres avec un passé oppressant, un présent malheureux.

Des hommes pas à la hauteur

C’est aussi dans cette première partie qu’il dénonce le « bigger is better », le matérialisme, le « financiarisme », l’opulence occidentale égoïste. De quoi nous emballer. D’autant qu’il n’est pas tendre avec ses personnages, qui rêvent tous d’être milliardaires… Or, même dans un monde idéal, il y a les exploitants et les exploités, les oisifs et les travailleurs. Dans la deuxième partie du film, le personnage de Matt Damon, désormais réduit, va décliner socialement. Le film va baisser en intensité parallèlement.

C’est d’autant plus regrettable que le cinéaste avait un sujet en or entre les mains, entre satire politique et farce scientifique, drame humain et tragédie écologique. La comédie SF hélas se fourvoie dans un sentimentalisme et une compassion de bon aloi qui étirent le film et le ralentissent avec une succession de scènes convenues.

Cinématographiquement, le réalisateur perd même de son inspiration dans la mise en scène. D’autant que la phase de réduction moléculaire est intelligemment filmée (l’enchaînement du point de vue du monde normal au monde miniature est brillant et artistiquement le moment le plus réussi de Downsizing).

Las, l’intrigue qui suit n’est pas à la hauteur. Rien de palpitant une fois que nous sommes sous la bulle. Le film a du mal à prendre un rythme, à trouver des points d’accroche, à se rendre intéressant. Au-delà de la dénonciation d’un système qui se reproduit même dans un monde idéal, avec ses inégalités et ses injustices, Alexander Payne ne parvient pas à rendre sa fable passionnante.

Il faut l’excès de Christoph Waltz et la révélation sensationnelle de Hong Chau pour nous maintenir éveillés. Les deux comédiens apportent la touche de comédie qui manque ailleurs. Leurs personnages permettent de donner du relief à des scènes qui défilent sans réelle fluidité.

Ce qui est embêtant avec Downsizing c’est qu’il navigue sans boussole d’un contexte normal, banal à un conte moral, avec en point de bascule l’amour pour deux femmes : l’épouse légitime qui choisit l’égoïsme et le divorce, la combattante généreuse, résiliente et survivante. Cet aspect binaire, pour ne pas dire manichéen, détruit toute subtilité, toute nuance. Car, au final, on assiste à une bouille mystique, scientifique, spirituelle, politique, philosophique. L’aspect dramatique ne sert que de prétexte. Les scènes qui se veulent burlesques tombent souvent à plat. Matt Damon reste touriste tout au long de ce voyage…

Downsizing était le film le plus ambitieux d’Alexander Payne. Il s’achève sur un sentiment de vanité et de vacuité. Sa fin du monde n’a pas la force attendue. Sa parabole de l’Arche de Noé révèle un manque d’originalité. Et sa naïveté enterre toute tentative de réflexion. Un sujet en or qui se transforme en film plombant.
 
vincy

 
 
 
 

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