Avec Etre vivant et le savoir, Alain Cavalier montre que l'art rend hommage à l'art, que le cinéma peut être un hommage grâce à l'image. Dialogue incessant entre le réel des vivants et les souvenirs d'une morte, le film est d'une poésie sublime.



11 fois Fatima
Amazing Grace
Charlotte a 17 ans
Cyrano et la petite valise
Etre vivant et le savoir
Face au vent
Greta
L'autre continent
L'enseignante
Le chant de la couleuvre
Les Particules
Lucie, après moi le déluge
Lune de miel
Ma
Men in Black International
Palmyre
Parasite
Permaculture
Roxane
Salauds de pauvres
Sillages
Un havre de paix
X-Men: Dark Phoenix
Zombi Child



90's
Coming Out
Tremblements
Dieu existe, son nom est Petrunya
Drôles de cigognes
Les météorites
Petra
Douleur et Gloire
Tous les Dieux du ciel



Le garçon qui dompta le vent
Triple frontière
Dumbo
Blanche comme Neige
Le vent de la liberté
Les oiseaux de passage
Ray & Liz
The Highwaymen
Alpha - The Right to Kill
After : Chapitre 1
El Reino
Raoul Taburin
Liz et l'oiseau bleu
The Highwaymen
Avengers: Endgame
L'Adieu à la nuit
Gloria Bell
Coeurs ennemis
Jessica Forever
Hellboy
Les Crevettes pailletées
Le jeune Ahmed
Les plus belles années d’une vie
Rocketman
Sibyl
The Dead don't Die






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 26

 
Les garçons sauvages


France / 2017

28.02.2018
 



TABOUS





« Avant d’être un garçon presque fille, j’étais un garçon, un garçon sauvage et violent.»

Bertrand Mandico propose une étrange épopée. Si, au premier abord, Les garçons sauvages imprime sa marque par son esthétique, c’est pourtant dans l’aboutissement de cette odyssée onirique qu’il faut apprécier (rétrospectivement) tout ce que nous voyons.

Car, en apparence, cette hallucination féérique et cauchemardesque, est une aventure sous LSD, avec une musique électro hypnotique. Un conte violent, de foutre et de sang. Le réel est en noir et blanc. Les délires en couleurs. Visuellement audacieux, le film prend racine dans une bande de mauvais garçons, dignes d’Orange Mécanique. Riches, insolents, décomplexés, baiseurs, alcooliques, épris de littérature, menteurs comme des comédiens. Des barbares érudits.

Le film s’avère si riche, si créatif, recyclant différents mythes et fables, malaxant différents genres – la littérature jeunesse, le cinéma portugais, le cinéma muet, l’expressionnisme allemand, le surréalisme de Bunuel – qu’on craint le vertige. De Vendredi et la vie sauvage à l’esprit socratique, de Peter Pan à Jeunet & Caro, le cinéaste puise dans tant de références qu’on s’enivre de ce labyrinthe aux parfums empoisonnés.

Des perles pour des cochons

Cru et organique, jouant sur les superpositions d’images, Mandico expose une vision de la masculinité violente et virile, à coup de pulsion-masturbation-éjaculation en gros plans. Leur perte de contrôle va causer leur perte. Leur plaisir du foutre et leur absence de morale vont les conduire dans une île où la nature semble hostile. Thanatos n’est jamais loin d’Eros.

La perversité de ces criminels révèle dès le début qu’il n’y a rien d’innocent. Ni dans leur comportement, ni dans leurs actes. La voix off récitante ne juge pas : elle raconte comment ces cinq jeunes mâles vont basculer dans le désir homosexuel puis dans l’exploration de leur féminité. De la semence giclant de leur queue à ce liquide qu’ils avalent avec extase. Les hormones sont en folie et sous l’emprise de l’alcool et de leur malédiction, l’orgie dégénère, et la sauvagerie se mue en bestialité. Ils étaient criminels, ils deviennent leurs propres victimes.

Mutants émasculés

De la domination « Fassbindérienne » à la perte d’identité, tout semble organique, animal. Mais le réalisateur y insère aussi une imagerie iconique et même idolâtre. Le rite initiatique passe par un lavage de cerveau et une transformation des corps. Un cercle des poètes disparus reliés au Capitaine et à leur prison par une corde « invisible, solide et tendue » comme un braquemart. Désir et sadomasochisme contribuent alors à une fantasmagorie crypto-gay, où l’île des supplices et aussi celle des délices, où la torture peut être salvatrice. Un effet GHB saisissant où la survie passe par un docteur, Séverine/Séverin, qui rappelle son confrère, le docteur Moreau.

Dans ce croisement des genres, ce qui en fait un film proprement queer quand on se laisse voguer vers l’épilogue, le réalisateur nous invite avant tout à voir au-delà des apparences. Si le film mélange les genres visuels et narratifs, il est d’ailleurs, avant tout, un film sur le genre identitaire. Et derrière l’artifice du conte, au-delà des images ensorcelantes, loin de la grosse bite obsédante du Capitaine, de ces mamelons qui poussent, de la dualité des comédiens ou de l’étrange chrysalide dont on ne se libère qu’avec de l’urine, c’est bien un récit sur la métamorphose auquel nous sommes invités.

Cela pourrait être des Freaks, du fantastique. Mais la cohérence entre la narration et l’image est fascinante. Entre transhumanisme et transsexualisme, Les garçons sauvages trouvent une nouvelle perspective dans cet éden, parfait pour les amazones.

Subtil, humaniste et féministe, le film captive par sa richesse et ses multiples lectures. L’avenir est féminin et gracieux tant le mâle semble emprisonné dans une vision belliqueuse et binaire. En les conduisant à briser le tabou de l’homosexualité puis en leur retirant les attributs de leur masculinité, Bertrand Mandico conduit ses gars/filles dans une utopie qui interpelle le spectateur. Grâce à son casting troublant et androgyne, il nous bouscule dans nos certitudes et nous emmène dans une vaste question existentielle sur notre propre identité.
 
vincy

 
 
 
 

haut