Yesterday est un bon feel-good movie, mix de comédie romantique, de film musical et de satire sociétale autour des chansons des Beatles. Danny Boyle fait un détour vers la comédie populaire dans sa vieille Angleterre avec au scénario l’auteur de Quatre mariages et un enterrement et de Love Actually.



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Ready Player One


USA / 2018

28.03.2018
 



JUMP INTO THE POST-WORLD





«Belle course, Padawan ! »

Au choix : c’est le retour de Steven Spielberg au film de divertissement, le retour de Steven Spielberg à la Science-fiction, le retour de Steven Spielberg au film pour ados. Mais Ready Player One, parce qu’il signe justement le retour de Spielberg à ces trois « genres », est avant tout un film nostalgique.

Cette nostalgie est évidente quand on connaît la fin du film, et la morale de l’histoire. Pourtant c’est bien un jeu d’arcade aussi ludique que distrayant, jubilatoire et riche en références (principalement celles de la culture des années 70 et 80), que le cinéaste nous offre. Mais derrière ce blockbuster popcorn, il veut surtout proposer une réflexion sur notre « second life », notre vie parallèle, virtuelle, qui nous transforme en avatar et en pseudonymes d’un univers irréel.

Ready Player One est un double miroir : dans l’un, on se regarde et il nous fait plus beau, plus héroïque, plus riche qu’on ne l’est ; dans l’autre, on se noie et notre personnalité se dilue, notre sociabilité se désagrège, notre dépendance augmente. C’est à la fois les mythes de Narcisse et de Pandore, de Dédale et de Jason et la toison d’or.

Dans un monde pas si lointain, individualiste, misérable, on ne peut que s’évader dans cette OASIS, dont chacun est devenu accro. Tout est « fake » : les amitiés, la richesse, les loisirs. Cette emprise du virtuel qui déconnecte du réel est la première lecture du scénario.

« Une création que son créateur renie »

Au second niveau, un peu plus en profondeur, Spielberg s’amuse avec l’époque qui a couronné sa génération de créateurs (Lucas, Zemeckis, Scott, …). Une forme de mise en abyme (où il évite en partie l’autocitation). Le créateur d’OASIS, un peu Professeur Tournesol, valoriserait presque ces auteurs-milliardaires qui ont réinventé le divertissement de masse. Culpabiliseraient-ils du monde qu’ils ont créé ? Ou auraient-ils peur des monstres qui en découlent (Netflix, Amazon, Facebook, Google… )? On sent, en tout cas, à la fois une volonté de se racheter et un message d’avertissement.

Il montre ainsi l’apport de cette période bénie avec la « pop music », mais aussi les mangas (Akira), des jeux vidéos (de Doom à Space Armada en passant par un « dance challenge » sur les Bee Gees), les héros de cinéma (King Kong, James Bond, Superman, Godzilla…), les machines du 7e art (la DeLorean de Retour vers le futur, Le géant de fer), les comédies cultes (Ferris Bueller, L’excellente aventure de Bill & Ted). Cela reste très américain, immédiatement reconnaissable (culture mondialisée oblige). Esthétiquement, le film est proche d’un Final Fantasy. Spielberg prolonge ainsi A.I. et Minority Report dans la veine des œuvres futuristes où HAL est upgradé en matrice dominante et omnisciente. On soulignera quand même cette séquence – un régal - autour de The Shining, parfait matériau culturo-industriel : un livre de Stephen King adapté par Stanley Kubrick dont l’imagerie est déclinée en jeu vidéo. Brillante recomposition.

« Une tache de naissance, pourquoi ça me ferait fuir ? »

Mais ce film à indices est aussi un thriller (en surface), avec un méchant (forcément un technocrate capitaliste aspirant à dominer le monde) et des jeunes rebelles (c’est tendance : ce sont les young adults qui sont ciblés). Dans le dernier tiers, on comprend bien ce qui fait plaisir au réalisateur : réhabiliter l’esprit des Goonies. Ces films d’aventures avec des jeunes piégés par des obstacles et contraints à des exploits extraordinaires. Le côté Tintin qui inspire tant le coauteur d’Indiana Jones. Car le cinéaste s’approprie vite le récit pour l’amener dans son Histoire cinématographique. Son héros est orphelin, les parents sont d’ailleurs absents. Et il y a cette quête d’idéal, malgré toutes les erreurs.
Cependant, comme on l’a constaté avec Pentagon Papers, Spielberg laisse aussi plus de place aux femmes, qui sont de vraies héroïnes, audacieuses et malicieuses, imparfaites et farouches, tandis que le personnage principal est un timide maladroit et romantique (mais néanmoins malin).

« Un homme ne connaît pas l’échec s’il a des amis »

Ces jeunes prennent conscience qu’il y a un troisième niveau à leur périple : l’OASIS dans lequel ils se complaisent est une aspiration à données pour consommer à tout prix. On ne réfléchit plus, on ne se cultive plus, on ne cherche plus de rapports humains. Spielberg ne fait pas un traité de philosophie. Il déroule une histoire où humour, suspens, drame, action, romance font bon ménage. C’est une fantaisie ludo-divertissante dans un monde sombre et inquiétant, malgré ses couleurs pimpantes. Le scénario ne se permet aucun temps mort, et malgré tout ce qu’il veut expliquer, signifier, s’en sort par la haut en étant limpide, sans être d’une colossale finesse ou hyper-original. Au point de sembler se retrouver dans un Indiana Jones avec cette croisade dont la réponse ultime est assez équivalente : ne jamais se fier aux signes extérieurs de richesses.

Car c’est bien le but de Ready Player One : non pas trouver l’œuf caché ou toucher l’héritage faramineux d’un génie dépassé par sa création. Le film, de manière très appuyée avouons-le, arrive ainsi à ce antinomie : quitter les écrans et recréer du lien social. Partager la culture (de masse) et laisser de la place à la vie réelle. L’interaction humaine plutôt que la connexion numérique. On débranche l’intelligence artificielle ? Spielberg, finalement, signe un film inquiet et angoissé. Le happy end, pour le coup, semble aussi factice qu’une partie de Sim City.

Mais ce qu’on retient dans ce voyage rétro-futuriste, c’est finalement l’autoportrait d’un immense réalisateur, à la fois ado joueur, cinéaste inventif, faiseur d’imaginaires et de chimères, qui s’interroge sur les rêves qu’il a greffé dans nos cerveaux. Il prend sa part de responsabilité, avec, paradoxalement, ce plaisir filmique hautement « coupable ».
 
vincy

 
 
 
 

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