Avec Etre vivant et le savoir, Alain Cavalier montre que l'art rend hommage à l'art, que le cinéma peut être un hommage grâce à l'image. Dialogue incessant entre le réel des vivants et les souvenirs d'une morte, le film est d'une poésie sublime.



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Green Book: sur les routes du sud (Green Book)


USA / 2018

26.01.2019
 



SUR LA ROUTE





« - J’ai cru que t’allais tuer ce gars !
- C’est mieux que l’inverse
»

Souvent présenté comme un Miss Daisy et son chauffeur inversé – et pas forcément à mauvais escient – Green Book est avant tout la première réalisation en solitaire d’un des frères Farelly. Sur la forme, on est loin des farces et des satires des films de Peter et Bobby (Dumb and Dumber, Mary à tout prix, L’amour extra-large, Deux en un…). Avec cette histoire d’un chauffeur italo-américain un brin raciste conduisant dans l’Amérique profonde un brillant pianiste (classique), Peter Farelly fait ici un détour vers le drame, et sans trop de gags.

Pourtant, l’engagement a priori plus explicite (ici le film combat clairement le racisme, l’ignorance et l’homophobie) rejoint finalement l’œuvre des deux frères, toujours aptes à défendre les exclus, les marginaux, les différents, qu’ils soient idiots, trop bons, obèses, siamois, timides, obsessionnels, et autres névrosés ordinaires. Green Book valorise aussi à sa manière ces êtres humains rongés par leurs complexes, victimes d’une frome d’exclusion, que ce soit par le manque d’éducation, la couleur de la peau ou leur condition sociale.

Ce qui fait du film une belle œuvre c’est avant tout l’élégance qui s’en dégage, évitant tout clichés ou poncifs sur les thèmes abordés, et explorant plutôt le potentiel de chacun à s’ouvrir à l’autre, à évoluer.

On peut y voir, en surface, un plaidoyer antiraciste, jamais inutile. Mais en grattant un peu, le réalisateur examine plus profondément le rapport de classe entre un membre de l’élite (noir et gay) et un prolo (italo et boulimique), entre un inadapté par ailleurs rejeté et un sociable par ailleurs sans ambition.

« Ça a pas l’air si marrant d’être brillant. »

Le premier est incarné par le « princier », précieux et gracieux, Mahershala Ali, plus qu’impeccable avec un personnage introverti, assez mutique. Il impose son charisme immédiatement et déroule son charme avec une aisance saisissante. C’est d’autant moins évident que face à lui, Viggo Mortensen, avec un personnage baroudeur, presque excentrique, en tout cas plus vivant et sans filtre, pétri par ses contradictions, en fait des tonnes sans effort. L’un est aussi fin que l’autre est un peu gras.

Si bien que les deux « monstres », qu’ils soient de mauvaise foi ou malheureux, violent ou incompatibles, parviennent à traduire sans la moindre imperfection les subtilités et nuances de ces deux Américains irréconciliables, a priori.

Car Farelly n’oublie pas que son récit se déroule en 1962, en pleine crise tendue entre afro-américains et Wasps. Il utilise malicieusement tout ce qui renvoie à cette époque – y compris la sémantique – du ségrégationnisme naturel ou légal à l’espace-temps d’avant Internet. Il ne cherche pas à occulter la séparation raciale de l’époque.

Il enferme ainsi ses deux personnages dans un road-movie de huit semaines, qui vont leur permettre une bonne séance de psychanalyse pour le pianiste, de formation pour le chauffeur. C’est ce double apprentissage – qui suis-je vraiment ?, quelle est ma place dans la société ? – qui sert de matrice. En bon scénariste comique, il renverse les stéréotypes (un blanc beauf qui adore le R n’b tandis que le noir chic en est resté à Chopin). Confrontant complexe d’infériorité (mais ne demandant qu’à s’élever) et complexe de supériorité (en oubliant de profiter), l’histoire progresse avec ce vecteur idéologique qualifié de progressiste.

Deux mondes que tout oppose : le morfale et le délicat. Farelly aurait pu en faire un film aussi savoureux et gras qu’une cuisse de poulet frit de chez KFC. Mais il en tire un film en apparence classique et finalement un brin subversif. Car c’est bien le noir qui est le héros – et qui paye cher sa notoriété, son talent, sa couleur de peau … - et le blanc le faire-valoir qui doit s’améliorer avant d’être jugé par le spectateur.

« Je suis plus noir que vous ! »

Le cinéaste avait sans doute son sujet très proche de son cœur pour en tirer une fable aussi généreuse et humaniste (et émouvante même). Il imagine ainsi quelques séquences très fortes, loin de la comédie, comme ces plans où le musicien sort de sa voiture en panne, habillé avec style, laissant le « blanc » se débrouiller dans le moteur, regardant des afro-américains s’épuisant dans les champs, qui le regardent à leur tour, sans comprendre. Tout est dit : l’exploitation sociale des noirs, le rêve a priori impossible d’être un notable avec un blanc à son service, la différence de classes.

Mais, si Green Book (le titre provient d’un guide touristique réservé aux gens de couleur) est un manifeste contre l’ignorance, il montre aussi l’hostilité prégnante qui sévit aux Etats-Unis. Il reste fin dans son propos, évitant souvent quelques gros écueils (même si on a le droit au training montage habituel pour faire avancer le périple) afin de suivre l’évolution des deux personnalités vers leur point de rencontre.

Car il faudra bien un happy end. Porté par ses deux comédiens, qui nous transportent littéralement dans leur construction amicale « on the road », le scénario, très bien ficelé, nous conduit facilement d’un épisode à l’autre, avec ses escales (et autant de révélations, d’apprivoisement, de vérités). Farelly ne peut s’empêcher d’y glisser quelques running gags et des répliques de comédie, qui « punchent » bien. On sait dès le troisième acte, malgré une amorce où toutes les difficultés s’amoncellent, qu’ils s’en sortiront bien de ce match entre identité et culture, entre méfiance et confiance.

« Il faut du courage pour changer les mentalités ». C’est ce que le cinéaste veut faire retenir. Un film qui pose sa pierre sur le chemin pavé de bonnes intentions d’un monde sans racisme, sans jugement de valeur. Un monde où le gosse des rues qui se débrouille pactise avec le gosse des beaux quartiers qui s’enrichit. Mais c’est aussi un double rêve américain complètement terni par la précarité, le racisme, l’entre-soi.

Farelly explose ainsi - sans faire de bruit - le communautarisme (italien, noir, sudiste), avec un pragmatisme habile. Dans une ère Trumpiste, post-Obama, il rappelle les racines de la colère avec ici et là quelques insultes et humiliations. C’est sans compter un italo-américain qui est sincèrement admiratif de son patron et une vedette aussi solitaire que triste. Tout est dans leur dignité, leur capacité à s’ouvrir à l’autre, à accepter de corriger leurs erreurs. Sensible, drôle, percutant, Green Book s’émancipe en défendant une grande cause grâce à ses petits combats. Forcément, c’est touchant. Sans y toucher, justement, avec un sentiment de bien-être et l’impression d’avoir vue une très belle histoire, le réalisateur nous amène à une fin mélodramatique et superbe, hommage formidable à Franck Capra.
 
vincy

 
 
 
 

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