Wild Rose n'est pas seulement le film qui aura révélé Jessie Buckley. Entre réalité (sociale) et rêve (musical), le film est une pépite qui charme et enchante. Parfaits pour l'été.



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La Mule (The Mule)


USA / 2018

26.01.2019
 



MUR MÛRE

Le livre Bye Bye Bahia



« - Tu ne te fais jamais traiter de connard ?
- Tout le temps !
»

Il faut reconnaître à Clint Eastwood une constance : celle de décrypter l’Amérique comme nul autre. Malgré son image de vieux réac, des rôles de mâle alpha, une personnalité rugueuse, le cinéaste est comme son personnage, ambivalent.

Dans La Mule, il pose un cadre très classique – une Amérique profonde en voie de déclassement, un Mexique fournisseur de drogue – qui ravira même un public trumpiste. Mais ce serait trop simple. En bon observateur de son pays – sa violence, son désenchantement, ses différents pouvoirs, sa corruption, ses rêves, sa multiethnicité, son sexisme, son racisme… - il a toujours su apporter des nuances subtiles à son propos. Rarement, les films d’Eastwood sont binaires, essayant toujours d’explorer les différentes facettes de son sujet.

Cette nouvelle réalisation ne fait pas exception, poursuivant la lignée de ses précédentes œuvres (Créance de sang, Gran Torino, American Sniper…). A cela s’ajoute une tonalité particulière vu l’âge du réalisateur, qui revient également devant la caméra. A 88 ans, toujours capable de pointer du flingue ou de finir avec deux filles dans son lit, bref toujours vert, on aurait pu croire que La Mule était crépusculaire. Ce n’est qu’un ajout supplémentaire à un testament sans fin, avec ses hauts et ses bas, ses films un peu ratés et ses grands récits populaires.

Car La Mule est bien chargé en humour, en suspens, en humanité. Le film déjoue tous les préjugés et s’offre une morale plus progressiste que conservatrice. Ce n’est pas nouveau dans le cinéma du maître américain. Mais ici, en endossant la responsabilité de faire passer de la drogue, le vieil horticulteur – qui au passage rappelle l’importance de la nature – répond que la fin justifie les moyens. Avec ce modèle où la redistribution des richesses est le but, principe plus keynésien que libéral, le réalisateur donne une véritable profondeur sociale à son polar à l’ancienne.

Sur les routes du sud

Ce qui frappe à première vue, ce sont les paysages, ces routes sans fin, cette Amérique où le territoire le dispute à la cartographie. Il en fait un road movie (qui rappelle Un monde parfait à bien des égards) plus réaliste que captivant. C’est finalement dans sa dérision, et son autodérision, plus que dans un scénario parfois un peu relâché, qu’il fait preuve d’une maîtrise hors-pair.

En se moquant de son image, de ses rôles envahissants et de son caractère, Eastwood rend attachant ce vieux brisquard dans un film qui allie le mélo, le thriller et la comédie. En reliant violence sociale et violence criminelle, en mettant en lumière les retraités et anciens combattants dans la misère, en surexposant le péril du diktat de la finance sur les travailleurs, il continue de montrer l’Amérique des exclus (même quand ils sont patriotes). N’ayant plus rien à prouver, il peut faire le malin pour nous faire sourire ou nous attendrir : ça réussit. Le cinéaste aime les fêlures, et, paradoxalement, celles-ci comblent la répétition de certaines situations. Difficile de le juger ou de ne pas éprouver une certaine empathie, même s’il assume toutes les failles d’un mec qui a été un mauvais père et un médiocre mari, qui est peut-être un sale type, qui n’a pas la fibre familiale.

Impitoyable avec lui-même, il signe là un film très intime. Il plaide coupable. Au bout de sa route, il y a la rédemption. Comme on ne soupçonnerait pas un vieux blanc hétéro misogyne et raciste aux allures de flic à la retraite trafiquer de la came, on devrait se méfier des apparences. Les femmes ont de beaux-rôles et le casting, en général, est parfaitement à sa place. Il est clair que sous son aspect de petit film criminel, se cache une œuvre surprenante. A l’instar de cet incident qui va dévier le film vers une fin inattendue, bouleversante, qui renverse tous les points de vue et tend à nous faire croire que La Mule est presque autobiographique, comme une parabole à son existence.
 
vincy

 
 
 
 

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