J'veux du soleil pointe ses caméras sur les rond-points, pour écouter les "gilets jaunes" ou plutôt la classe moyenne occidentale de plus en plus précarisée. Un instantané d'une époque pour lutter contre la misère.



After : Chapitre 1
Alpha - The Right to Kill
Duelles
El Reino
Fanin hier, aujourd'hui
Just a Gigolo
L'époque
La Camarista
La malédiction de la dame blanche
La princesse des glaces
Le cercle des petits philosophes
Liz et l'oiseau bleu
Menocchio
Monsieur Link
Première campagne
Raoul Taburin
Seule à mon mariage
Working Woman



Green Book: sur les routes du sud
Une intime conviction
La Favorite
Les étendues imaginaires
Funan
We The Animals
M
Us
Boy Erased
C'est ça l'amour
Sergio et Sergeï
Synonymes
J'veux du soleil



Grâce à Dieu
Le Chant du loup
Celle que vous croyez
Le garçon qui dompta le vent
Marie Stuart, Reine d'Ecosse
Les éternels
Wardi
Captain Marvel
Exfiltrés
Le garçon qui dompta le vent
Le mystère Henri Pick
Stan et Ollie
Triple frontière
McQueen
Rosie Davis
Ma vie avec John F. Donovan
Convoi exceptionnel
Aïlo : une odyssée en Laponie
Entre les roseaux
Sunset
Companeros
Dumbo
Los silencios
La Lutte des classes
Shazam!
Tel Aviv on Fire
Terra Willy, planète inconnue
Tito et les oiseaux
Blanche comme Neige
Le vent de la liberté
Les oiseaux de passage
Ray & Liz
The Highwaymen






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 2

 
La Mule (The Mule)


USA / 2018

26.01.2019
 



MUR MÛRE





« - Tu ne te fais jamais traiter de connard ?
- Tout le temps !
»

Il faut reconnaître à Clint Eastwood une constance : celle de décrypter l’Amérique comme nul autre. Malgré son image de vieux réac, des rôles de mâle alpha, une personnalité rugueuse, le cinéaste est comme son personnage, ambivalent.

Dans La Mule, il pose un cadre très classique – une Amérique profonde en voie de déclassement, un Mexique fournisseur de drogue – qui ravira même un public trumpiste. Mais ce serait trop simple. En bon observateur de son pays – sa violence, son désenchantement, ses différents pouvoirs, sa corruption, ses rêves, sa multiethnicité, son sexisme, son racisme… - il a toujours su apporter des nuances subtiles à son propos. Rarement, les films d’Eastwood sont binaires, essayant toujours d’explorer les différentes facettes de son sujet.

Cette nouvelle réalisation ne fait pas exception, poursuivant la lignée de ses précédentes œuvres (Créance de sang, Gran Torino, American Sniper…). A cela s’ajoute une tonalité particulière vu l’âge du réalisateur, qui revient également devant la caméra. A 88 ans, toujours capable de pointer du flingue ou de finir avec deux filles dans son lit, bref toujours vert, on aurait pu croire que La Mule était crépusculaire. Ce n’est qu’un ajout supplémentaire à un testament sans fin, avec ses hauts et ses bas, ses films un peu ratés et ses grands récits populaires.

Car La Mule est bien chargé en humour, en suspens, en humanité. Le film déjoue tous les préjugés et s’offre une morale plus progressiste que conservatrice. Ce n’est pas nouveau dans le cinéma du maître américain. Mais ici, en endossant la responsabilité de faire passer de la drogue, le vieil horticulteur – qui au passage rappelle l’importance de la nature – répond que la fin justifie les moyens. Avec ce modèle où la redistribution des richesses est le but, principe plus keynésien que libéral, le réalisateur donne une véritable profondeur sociale à son polar à l’ancienne.

Sur les routes du sud

Ce qui frappe à première vue, ce sont les paysages, ces routes sans fin, cette Amérique où le territoire le dispute à la cartographie. Il en fait un road movie (qui rappelle Un monde parfait à bien des égards) plus réaliste que captivant. C’est finalement dans sa dérision, et son autodérision, plus que dans un scénario parfois un peu relâché, qu’il fait preuve d’une maîtrise hors-pair.

En se moquant de son image, de ses rôles envahissants et de son caractère, Eastwood rend attachant ce vieux brisquard dans un film qui allie le mélo, le thriller et la comédie. En reliant violence sociale et violence criminelle, en mettant en lumière les retraités et anciens combattants dans la misère, en surexposant le péril du diktat de la finance sur les travailleurs, il continue de montrer l’Amérique des exclus (même quand ils sont patriotes). N’ayant plus rien à prouver, il peut faire le malin pour nous faire sourire ou nous attendrir : ça réussit. Le cinéaste aime les fêlures, et, paradoxalement, celles-ci comblent la répétition de certaines situations. Difficile de le juger ou de ne pas éprouver une certaine empathie, même s’il assume toutes les failles d’un mec qui a été un mauvais père et un médiocre mari, qui est peut-être un sale type, qui n’a pas la fibre familiale.

Impitoyable avec lui-même, il signe là un film très intime. Il plaide coupable. Au bout de sa route, il y a la rédemption. Comme on ne soupçonnerait pas un vieux blanc hétéro misogyne et raciste aux allures de flic à la retraite trafiquer de la came, on devrait se méfier des apparences. Les femmes ont de beaux-rôles et le casting, en général, est parfaitement à sa place. Il est clair que sous son aspect de petit film criminel, se cache une œuvre surprenante. A l’instar de cet incident qui va dévier le film vers une fin inattendue, bouleversante, qui renverse tous les points de vue et tend à nous faire croire que La Mule est presque autobiographique, comme une parabole à son existence.
 
vincy

 
 
 
 

haut