Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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J'veux du soleil


France / 2019

03.04.2019
 



LE JAUNE EST UNE COULEUR CHAUDE





« Ce n’est pas une délinquance. C’est une reprise du pouvoir. »

Avec J’veux du soleil, documentaire quasi improvisé, François Ruffin et Gilles Perret font ce que peu de journalistes ont pris le temps de faire : aller à la rencontre de ceux qui, depuis semaines, occupent des ronds-points un peu partout en France, « Gilets jaunes » sur le dos, et ras-le-bol en bandoulière. Avec une énorme simplicité et un sentiment d’urgence évident, les deux réalisateurs donnent la parole à des femmes et des hommes qui se sentent les laissés-pour-compte d’une société qui les rend invisibles, quand elle ne culpabilise pas, voire les insulte.

Difficile de décrire l’émotion qui se dégage de ces témoignages qui disent tous la même chose : les frigos vides, la faim, les factures impayées, la honte, le désespoir, la colère. Des drames humains, quotidiens, concrets, racontés sans emphase, filmés sans misérabilisme, juste partagés dans un mélange de trop-plein et de confidence. Les hontes privées, observe François Ruffin, sont désormais publiques. Collectives. On peut les partager, en faire un sujet d’échanges et de discussion. C’est peut-être le plus bel effet de la mobilisation capté par le film : la sensation que désormais, plus personne ne sera seul avec sa misère. La certitude que des centaines, des milliers de gens connaissent les mêmes difficultés et les mêmes angoisses. Preuve que le problème ne vient pas de ceux qui galèrent, coupables d’avoir raté on ne sait quoi, mais d'un ailleurs pas si difficile à identifier.

On a beau savoir que de nombreux Français vivent en dessous du seuil de pauvreté, on a beau connaître des gens qui sont touchés par la crise et dont on dit pudiquement que leurs « fins de mois sont difficiles », c’est autre chose de mettre de si nombreux visages sur cette réalité théorique, et de remplacer des faits et des chiffres par des prénoms et des histoires personnelles. En tant que spectateur, on reçoit ces témoignages en plein cœur, de manière frontale et sans fard. C’est parfois difficile, mais jamais impudique ou volontairement malaisant. Et puis quand l'émotion est trop forte, François Ruffin est là pour la désamorcer, remettre un peu d'humour ou de légèreté, comme il sait si bien le faire avec un mélange de compassion et de nonchalance.

Car en remettant le facteur humain au centre de débats plus ou moins biaisés et d'analyses plus ou moins impartiales, François Ruffin et Gilles Perret font la seule chose possible et indispensable : revenir aux fondamentaux en écoutant les acteurs premiers du mouvement, peu médiatisés parce que pas spectaculaires (eux ne cassent rien et ne défilent pas sur les Champs-Elysées), et qui pourtant agissent collectivement. C’est sur les ronds-points que se vit désormais la fameuse « fraternité » de la devise nationale. Sur les ronds-points qu’on réfléchit, qu’on discute, qu’on construit des abris et des fresques, qu’on s’organise pour une société meilleure. Qu’on vit ensemble et qu’on apprend à se connaître, aussi.

Naïf ? Angélique ? Utopique ? C’est ce que les cyniques opposent généralement aux grands élans collectifs, et libre à chaque spectateur de se faire sa propre opinion. J’veux du soleil n’est pas un manifeste politique, ou une étude sociologique sur le mouvement des « Gilets jaunes ». C’est un instantané d’une époque en France où à la fois la parole se libère pour dire la précarité et la misère, et où en même temps quelque chose se joue pour lutter contre cette misère et cette précarité. Au-delà des témoignages, tous sensibles et bouleversants, c’est un élan que filment François Ruffin et Gilles Perret. Une étincelle qui peut-être va s’éteindre (les réalisateurs ne se risquent pas aux prédictions), mais dont personne ne pourra jamais plus nier l’existence. Loin, très loin des clichés et des préjugés insupportables qui pullulent depuis des mois dans les propos des éditorialistes et des hommes politiques aux abois.
 
MpM

 
 
 
 

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