Viendra le feu a reçu le prix du jury Un certain regard. Le film d'Oliver Laxe laisse au spectateur toute liberté de se projeter dans le film pour y lire son propre rapport à la nature et ses propres obsessions face à la déliquescence du monde.



Ça - chapitre 2
Ça marche !?
Deux moi
Jeanne
L'insensible
Lucky Day
Mjolk
Music of My Life
Tempo Comum
The Bra
Tu mérites un amour
Un petit air de famille
Une joie secrète



Parasite
Toy Story 4
Le Roi Lion
Give Me Liberty
Ils reviennent...
L'étincelle, une histoire des luttes LGBT +
Fanny & Alexandre
Une Fille facile
Viendra le feu



Spider-Man: Far From Home
L'œuvre sans auteur
Le coup du siècle
Factory
Comme des bêtes 2
Fast and Furious: Hobbs and Shaw
Halte
Le Gangster, le Flic et l’Assassin
Le mystère des pingouins
Les faussaires de Manhattan
Nuits magiques
Once Upon a Time... in Hollywood
Perdrix
Playmobil, le film
Une grande fille
Roubaix, une lumière
Thalasso
Les Baronnes
Late Night
Hauts perchés
Frankie
La vie scolaire
Fête de famille
Les hirondelles de Kaboul
Liberté






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 0

 
Ville neuve


Canada / 2018

26.06.2019
 



L'AUTRE CÔTÉ DE L'ESPOIR





“Je ne sais pas si j’ai encore envie d’attendre et d’espérer

On est seulement en juin, et Ville neuve est déjà le plus beau film de l’année. Un premier long métrage d’animation, inspiré d’une nouvelle de Raymond Carver, entièrement réalisé à l’encre et au lavis sur papier, en noir et blanc, qui mêle les enjeux intimes aux aspirations collectives pour parler de ces possibles qui sont à portée de main, et qui même s’ils ne se réaliseront peut-être jamais, changent nos vies et la manière dont on les perçoit. Pour les personnages, l’espoir se joue sur deux plans parallèles : les retrouvailles d’un couple qui veut essayer de s’aimer à nouveau, et le mouvement populaire de la campagne référendaire de 1995 pour l’indépendance du Québec.

Construit autour de trois monologues à la beauté saisissante, aussi bien dans leur langue que dans leur propos, et qui nous livrent un instantané fulgurant des sentiments des trois protagonistes, le film capte l’énergie d’une époque dans toute sa complexité et son ambivalence. D’une manière générale, les dialogues, nombreux, sont d’une justesse et d’une finesse d’écriture admirables, à mi-chemin entre l’ironie mordante qui caractérise les êtres revenus de tout et la véhémence des caractères entiers, toujours prêts à se jeter dans la bataille. L’humour fait ainsi jeu égal avec la mélancolie latente et discrète qui baigne le film.

Formellement, Ville neuve est une forme de miracle. On est tout simplement ébloui par la manière dont le réalisateur parvient, sur un format long métrage, à faire tout ce que l’on aime généralement dans le court : se libérer des contraintes narratives ou esthétiques traditionnelles, juxtaposer l’épure d’un cadre presque vide au défi d’un long plan séquence, jouer sur les transparences, recourir à l’abstraction. Expérimenter en toute liberté pour proposer un film qui ne ressemble à aucun autre, et dont chaque choix formel fait écho aux enjeux du récit. Grâce à l’animation, les espaces du rêve, du souvenir, de l’espoir, de l’imaginaire, du collectif et de l’intime cohabitent ainsi à l’écran comme dans l’esprit des personnages.

Ce qui se joue dans le récit, c’est finalement l’avenir d’un couple comme d’un peuple, mais aussi l’affirmation que le possible compte plus que sa réalisation. Le contexte politique parle d’ailleurs en creux de la société québécoise, de ses plaies et de ses désirs, permettant par l’artifice de l’uchronie d’exorciser les défaites du passé. Ce n’est pas la moindre des énergies présentes dans le film, qui semble embrasser en un seul mouvement toutes les trajectoires de la condition humaine, des desseins amoureux aux aspirations sociétales, en passant par la question de la foi en l’art et de sa nécessité, à travers l’hommage à Andreï Roublev de Tarkovski, qui insuffle des échos métaphysiques aux questionnements des personnages.

Peut-être est-ce pour cela que si l’on est si impressionné par Ville neuve, au-delà de sa très grande richesse formelle : parce qu’il semble d’une cohérence absolue, chaque niveau de lecture, chaque élément du récit, et même chaque tonalité entrant en résonance à la fois avec les autres et avec l’ensemble, proposant une oeuvre complète à la complexité infinie, et à la beauté indicible.
 
MpM

 
 
 
 

haut