Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Loin


France / 2001

29.08.01
 



TROPISMES





Les films de Téchiné sont autant d'observations du comportement amoureux, passionnel de l'être humain, qu'il soit homme, femme, hétéro, homo. Les ingrédients, une fois posés sur la table, rendent la chimie inévitable et la recette inflammable. La justesse du propos tient essentiellement dans tout ce qui n'est pas dit ou pas montré, dans le vécu des personnages comme dans leur liberté de choix. De même, Téchiné ne cherche jamais à expliquer le moindre mystère, la plus petite ambiguïté; au contraire, il préfère la laisser se développer et se retrouver en confrontation avec son environnement naturel, une réalité totalement fictive.
Il en reste, quand ses films sont réussis, une impression très forte où les émotions nous ont touchées et les sentiments nous ont intéressés. Il y a toujours ces conflits verbaux et ses gestes enlacés et suaves, ces tourments psychologiques et ces petits bonheurs qui apaisent.
Mais le cinéma de Téchiné ne se réduit pas à une premier plan où les êtres s'entredéchirent, se réconcilient, s'aiment ou taisent leur amour. Il y a aussi l'arrière plan, la trame qui met les personnages en danger et les poussent au bord du précipice, de leur propre vérité. Ici, un trafic de drogue, dans Les Voleurs, du vol de bagnoles, dans Le Lieu du crime, une fuite de criminels. Cette juxtaposition fait de Téchiné un des rares maitres du polar et du cinéma psychologique. Un cinéaste contextuel, mixant ses lectures (philosophiques, littéraires, ...) à un scénario purement cinématographique. En prétextant une histoire sordide, il dépeint la complexité des rapports humains. Hors du temps - le progrès est presque un gadget - son cinéma se place à la hauteur des hommes et des femmes dont il raconte un bout d'histoire, leurs enjeux, leurs peurs. Toujours, il les filme au moment où leur vie change, quand elle prend un virage déterminant.

Ce qui fait que Téchiné est au dessus de nombreux cinéastes d'auteur français, alors qu'il inspire, influence énormément de jeunes réalisateurs, c'est bien son style. Il capte toujours la bonne émotion. Invente toujours les gestes les plus précis, les plus imperceptibles. Fais confiance à l'image (ici un serpent qui s'enfouit sous les feuilles) pour dégager des sensations invisibles. Il filme le mouvement, continuellement, multipliant les décors, les personnages aux caractères forts, les intrigues passagères.
Il nous emprisonne lentement dans son huis-clos à ciel ouvert. Loin, en cela, est une réussite. Après le décevant Alice et Martin, Téchiné est aller encore plus au Sud, au Maroc, liént les cultures du monde, les langues, les odeurs, les modes de vie. C'est un film où la frontière est partout, celle entre la tradition et le modernisme, entre le tiers monde et l'occident, entre le passé et l'avenir, entre les rêves et la réalité. La subtilité du film provient de son scénario. En 2 heures, Téchiné dit tout, et l'essentiel, sans dogmatisme ou poncifs. Jamais, le rythme ne se ralentit. On est plongé durant trois jours dans Tanger et sa situation fragile de ville au bord du monde. Sous l'apparence de la banalité et du quotidien, le réalisateur fait passer ses messages un par un. Ils sont servis, notons-le, par des acteurs extraordinaires. Rideau est dense, dur, méconnaissable et trouve enfin le rôle qui pourrait le décoller de son image d'icône gay. Lubna Azabal, radieuse, chaleureuse, volontariste, belle, nous illumine avec un simple regard. Mohamed Hamaïdi est incotestablement le bon choix pour le personnage de Saïd. Quant aux rôles secondaires (Reza, Taylor, Baraka, Morel, Brakni), ils apportent chacun (ou tous) la nuance nécessaire dans ce flot de couleurs contrastées. La complicité , l'amitié ou la duplicité qui les relient devient une famille sans frontières.

Loin est un film sur la rencontre, sur l'espoir, sur les tentations, sur le combat de chacun à survivre dans un monde qui n'est pas le sien.
Profondément humaniste, il bascule entre rires et larmes, entre morceaux de vie et drame cinématographique, construisant lentement et sûrement une histoire où personne n'est bon ou mauvais, mais les deux, selon les opportunités. Il y a bien sûr ce trafic de dope - envahissant -, une mère obésédée par la mort de son fils, et une autre sur le point d'accoucher, il y a ce gamin qui croit l'herbe plus verte au Nord, et les indécisions d'une fille ballotée entre le deuil et sa propre vie. Mais par dessus tout, il y a beaucoup d'amour, et une histoire d'amour. Elle emmène les protagonistes loin dans leurs angoisses, dans leurs vérités.
Le soleil de Tanger - ville magnifiée dans un Maroc réaliste et contemporain - exacerbe tous ces aspects du film. La caméra est fluide et vole d'un coeur à l'autre, d'une bêtise à un doute. On est attiré dans ce piège où les promesses succèdent aux trahisons, où la mort frôle tant de fois, et l'amour semble si difficile à atteindre. On se sent loin, à l'autre bout du monde. Et en même temps, tout cela nous paraît si proche... si familier.
 
vincy

 
 
 
 

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