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1917 est une prouesse visuelle épatante avec ce faux plan séquence permanent qui suit deux jeunes soldats sur le front entre tranchées et snipers. Succès inattendu, le film de Sam Mendès est aussi parmi les favoris aux Oscars depuis son Golden Globe.



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1917



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L'adieu (The Farewell)


USA / 2019

08.01.2020
 



COMPLOT DE FAMILLE





« C’est un mensonge pieux. »

L’Adieu fait irrémédiablement penser à Garçon d’honneur d’Ang Lee, où un jeune homosexuel d’origine chinoise devait cacher son copain quand ses parents débarquent à New York. Le mensonge, le choc des cultures, la famille sont les mêmes thèmes qui traversent ce joli et délicat drame de Lulu Wang.

Sauf qu’ici, le voyage est inverse. C’est une jeune new yorkaise, indépendante et fauchée, qui doit retourner dans un pays qu’elle n’a connu que gamine, parce que sa grand-mère, seule racine à laquelle elle parvient à s’accrocher pour survivre, a un lourd cancer.

L’usage est qu’on cache la maladie à celui ou celle qui la porte. Car cela permettrait de vivre plus longtemps (de fait la mamie est toujours vivante au bout de six ans). L’adieu est inspiré d’un vrai mensonge. Il agit comme un livre sur le développement personnel, où l’on conseille la bienveillance, l’empathie et les câlins. Comment annoncer des mauvaises nouvelles ? Il ne faut peut-être pas les dire, ou alors il faut prendre des gants.

C’est ainsi qu’on suit cette famille éclatée entre la Chine moderne, le Japon et New York, où la vieille génération semble bien plus solide que les suivantes. Car, en effet, on constate que la jeunesse est particulièrement paumée, mal dans sa peau, que celle de leur parents est pleine de regrets et de culpabilité, tandis que ceux qui sont restés en Chine assument leur passé communiste et leur avenir capitaliste, leurs valeurs (familiales) et leurs attachement (au pays).

Finement écrit, L’Adieu offre un splendide rôle à Awkwafina, jeune femme mal à l’aise dans son corps, incapable de masquer ses émotions, plus américaine névrosée que chinoise malgré elle. Le canard noir (et pas laqué) de la famille. Elle porte cette schizophrénie des gens à double culture, sans surdoser son sentimentalisme ou ses émotions. C’est son voyage, initiatique et géographique, qui sert de fil rouge au film.

Cependant, Lulu Wang va plus loin qu’une simple réunion de famille. Secrets et mensonges ne feraient au mieux qu’un bon film. Elle y ajoute les mensonges de chacun à soi-même, sur sa vie ou sur son mode de vie. Les mauvaises fois des uns et les hypocrisies des autres. En exposant les contradictions des émigrés de plus en plus déracinés à ceux qui sont restés, elle dresse un portrait assez crû d’une Chine qui ne veut pas avouer ses faiblesses tout en montrant cette Chine transformée, orgueilleuse, conquérante et grandiloquente. On comprend que notre jeune new yorkaise n’y trouve plus sa place, ne reconnaissant rien de son enfance.

C’est surtout sa mise en scène qui permet à L’Adieu de se distinguer. Ces plans un peu distants, presque burlesques, sur fond de musique classique, donnent une allure de vaudeville tragi-comique à certaines situations. Cette causticité se retrouve aussi dans le choix du couple de jeunes mariés, pas vraiment assortis. Ou encore dans la séquence où toute la famille marche en ralenti comme un gang de triade, heureuse d’avoir réussi son coup. Mais c’est aussi grâce à leur mariage que Lulu Wang offre un point de vue sur cette Chine qui s’ennuie, s’enivre, s’empiffre à l’excès. Ses plans fixes sur les invités, ses plans répétitifs sur les membres de la famille confèrent au film un aspect presque documentaire, où la cinéaste photographie une société déjà décadente.

Mais si L’Adieu nous émeut un peu, c’est aussi parce que la cinéaste ne va jamais trop loin, que le récit ne perd jamais son chemin et qu’elle sait où il emmène le spectateur. La force de l’esprit triomphera sur la morale binaire de la vérité et du mensonge. Mais l’arrachement à cette Nai Nai, en caméra subjective, avec quelques larmes de part et d’autres, résonne surtout comme une leçon simple : on n’a qu’une vie, et avant les adieux, il est essentiel de profiter de ceux qu’on aime. Même si notre vie est pourrie.
 
vincy

 
 
 
 

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