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1917 est une prouesse visuelle épatante avec ce faux plan séquence permanent qui suit deux jeunes soldats sur le front entre tranchées et snipers. Succès inattendu, le film de Sam Mendès est aussi parmi les favoris aux Oscars depuis son Golden Globe.



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Un divan à Tunis


/ 2019

12.02.2020
 



TOP PSY, DURE VIE





«- Je préfère qu’on se dise vous et pas tu.
- Je vais te dire vous à toi toute seule ?
»

Ce premier long métrage de Manele Labidi est frais et entêtant comme une eau de parfum au jasmin. Un divan à Tunis est à la fois un feel-good movie, aussi charmant que drôle, qu’un drame faisant le portrait d’une Tunisie paumée et même écartelée entre les traumas de la dictature et la liberté anarchique qu’offre la démocratie.

Goshifteh Farahani est de tous les plans. Il ne s’agit pas de s’extasier sur sa beauté, mais bien d’admirer son jeu. En femme moderne, cette psychanalyste revenue à ses racines, soit une immigrée dans son propre pays, aide une population qui parle beaucoup et superficiellement sans être réellement écoutée, elle oscille avec justesse entre la dérision et la mélancolie, les tourments et les attirances. Parisienne (crâneuse post-coloniale pour certains) dans un pays musulman avec un juif comme mentor (Freud coiffé d’un Fez), elle part avec une tonne de handicaps.

En allongeant des personnages pittoresques sur le divan, le scénario s’offre quelques moments burlesques et d’autres plus pensifs, entre deux névroses. Le ton de la comédie provient des mensonges des uns et des autres. La psychanalyste fait presque le travail d’un détecteur de vérité. Mais au-delà, Manele Labidi critique en creux l’incommunicabilité des êtres, l’impossibilité d’être soi-même et finalement la contrainte de jouer un rôle dans la société. Ey si elle offre aux spectateurs de véritables tranches de comédies – la séquence de l’alcootest qui vire au romantique érotique, les visites à la secrétaire du ministère -, elle révèle surtout un Etat où les fonctionnaires sont incompétents et les traditions à côté de la plaque. Entre hypocrisies et cachotteries, chacun mène sa barque comme il peut, en croyant pouvoir être libre.

Au milieu de ces gênants malentendus, de ces amusants dérangés, de ces douces moqueries, avec une belle écriture, la cinéaste dessine avec trait simple et vif, sans aucun gras, une chronique chaleureuse et contemporaine, loin des clichés, sur des gens coincés entre l’apparence et l’intime, la culture conservatrice et la pensée libérale. Le film insère une allégorie avec Freud en chauffeur/sauveur et une romance avec un flic beau comme un héros de western. En amenant son divan sur la plage, elle nous a pris par la main vers une scène finale qui se dédouble entre une réalité rêvée et une illusion fantasmée. Comme si les histoires qu’on écoute attentivement ou qu’on se raconte intérieurement démultipliaient nos existences linéaires.
 
vincy

 
 
 
 

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