Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Pinocchio


Italie / 2019

04.05.2020
 



TRAVAIL FAMILLE PANTIN





« J’ai à peine commencé à te fabriquer que tu manques de respect à ton père. Ça commence mal mon fils. Ecoutes ton père ! »

Matteo Garrone a sans doute péché par ambition et fidélité. Son Pinocchio en prises de vues réelles, mélangeant artisanat du cinéma et effets spéciaux invisibles, confèrent un aspect réaliste à ce conte fantastique. C’est sans doute cet esthétisme qui séduit le plus, même s’il est assez radical.

En revanche, en s’obstinant à être trop loyal au conte de Carlo Collodi, le réalisateur empêche le film de prendre son élan ou même de lui donner une dimension plus contemporaine. Un paradoxe tant l’imagerie déployée est moderne derrière les stéréotypes qu’elle révèle. Il y avait pourtant une idée sociale de départ qui était intéressante avec cette Italie pauvre et précaire, ce Gepetto solitaire et affamé, au bord de la folie (Roberto Benigni sauve le film par sa seule et rare présence).

Bois dormant

L’odyssée de Pinocchio, bout de bois sculpté avec la forme d’un enfant qui devient magiquement vivant, aurait pu être une aventure aussi allégorique qu’emballante. Au lieu de cela, piégé par un scénario rigidifié par une obligation à tout raconter, le périple du pantin s’embourbe dans une succession aussi plate que lisse de scènes merveilleusement filmées mais atrocement montées.

On ne sait à qui s’adresse le cinéaste avec cette fable. Aux adultes avec une admirable direction artistique singulière dans cette Italie hivernale et brumeuse et ce rythme presque lent et appliqué imposé par l’histoire ? Aux enfants avec ce conte ciblé autour d’un apprentissage et d’une émancipation qui tarde à venir ? Car, ici, Pinocchio est bien une tête à claques, un de ces garnements insupportables qui fait tout ce qu’il ne faut pas faire. Et il semble avoir quelques soucis pour comprendre de ses erreurs.

Nez quelquepart

En fait, le film ne s’adresse ni aux adultes – l’ensemble est trop gentillet – ni aux enfants – outre le tempo soporifique, certaines séquences sont terrorisantes pour les jeunes. De la transformation en âne (cruel) à la baleine (assez laide) en passant par cette scène nocturne de pendaison, on imagine bien les cauchemars que le film peut produire aux jeunes spectateurs. C’est d’autant plus regrettable que, plutôt réussies, ces moments sont fondateurs dans la construction du personnage. Tout comme ce passage avec les marionnettes tirées par des fils qui se mélangent un Pinocchio autonome, qui rappellera surtout Freaks aux cinéphiles plus âgés.

Bref ce n’est pas un Magicien d’Oz avec ses brigands et ses saltimbanques. D’autant que s’ajoute ici une morale pontifiante d’un autre temps. C’en est même effrayant tant le discours est paternaliste, infantilisant et anachronique. Trop naïf, le film sermonne tous les enfants indociles et désobéissants comme un maître tapait sur les doigts avec sa règle. On retiendra qu’il faut obéir à son père, avoir bon cœur, et être du au labeur. Un hommage mal taillé aux films néoréalistes italiens qui vantaient l’honnêteté des travailleurs.

Dans ce Pinocchio, éreintant au final (deux heures et quelques), légèrement soporifique, on s’interroge constamment sur cette variation monocorde aux accents papistes du conte de Collodi. Il manque, suprême ironie, de la magie et même de la féérie, pour que ce pantin prenne vraiment vie devant nos yeux.
 
vincy

 
 
 
 

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