Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Tenet


USA / 2020

26.08.2020
 



DÉCEPTION





« - Ta tête bouillonne ?
- Oui.
»

Depuis février, aucun blockbuster américain n’est sorti en salles. Un virus a pris le dessus et ébranler Hollywood, et finalement les salles de cinéma, désespérément vides depuis leur réouverture. Tenet a une double mission : redonner espoir à Hollywood que le modèle des années 1980, et amplifié depuis une quinzaine d’années, a encore de l’avenir, et remplir les fauteuils des multiplexes.

Louable. Mais soyons honnête, il y a de meilleurs films à découvrir collectivement et masqués sur grand écran. Le nouveau « monstre » de Christopher Nolan, dont le cinéma a atteint son apogée dans les années 2000 avec Inception et la trilogie Dark Knight, est un échec cinématographique. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne trouvera pas son public, avide d’action, en manque d’effets spéciaux et prêts à ingurgiter n’importe quelle histoire pourvu que le héros survive à la fin.

Trop de genres et pas assez de style

Le film est ambitieux : espionnage, guerre, mélo sentimental, science-fiction réaliste, casse, … il mélange le genre dans un grand tourbillon qui tourne autour de quatre grosses scènes d’action : l’opéra de Kiev et son attaque terroriste (étrange de commencer avec un attentat dans une salle), l’aéroport d’Oslo et le braquage spectaculaire d’un entrepôt, les rues de Tallinn et ses courses-poursuites de voitures et camions (comme on joue aux miniatures), la Sibérie et son décor de jeu vidéo des années 90 où ça mitraille à tout va dans la plus grande confusion.

C’est d’ailleurs le mot le plus juste sur Tenet : la confusion. On en sort plus étourdi qu’ébahit. On ne peut pas renier le savoir-faire visuel de Nolan, ni même le jeu des acteurs ou quelques prouesses de mise en scène. Mais Tenet est avant tout un film de montage, un de ces tours de prestidigitateur qui produisent une illusion.

« N’essayez pas de comprendre, ressentez » explique-ton dans le film. Encore faut-il que ce sensationnel ait de la consistance ou de le la dérision ou de l’émotion. Or l’écriture se prend tellement au sérieux que tout devient binaire psychologiquement (pour ne pas dire pesant) et incompréhensible scientifiquement (révisez vos cours sur le temps inversé, l’entropie et autre étau temporel). Et lorsqu’on comprend le principe même de l’effet miroir du film (sorte de flash-back dans le présent continuel), dont le pivot est le tourniquet d’Oslo (car oui on passe du temps qui avance au temps qui recule avec un gros sas métallique), tout redevient fouillis dans la bataille finale entre les « bleus » et les « rouges » (là pour le coup Nolan n’a pas été inspiré dans sa manière d’appréhender l’espace).

Des débris d’une guerre future à l’annihilation de la génération responsable d’une catastrophe environnementale que veulent nous faire payer nos descendants, tout cela n’est que prétexte à une James Bonderie prétentieuse à base de discours pseudo-savants où le vilain est un méchant russe qui se prend pour Dieu (ou Thanos, c’est le même objectif) et qui bat sa femme entre deux deals autour d’une cargaison de plutonium. Pas très fin. Tout est manichéen.

Château de cartes fragile

Le scénario s’écroule ainsi tout seul : dans son concept d’abord. Trop complexe, ce temps inversé, paradoxalement, ralentit l’action, la brouille, l’empêche de prendre son élan. Dans son objectif cinématographique ensuite. On en vient à ne plus s’inquiéter pour la fin du monde ou les dangers qui pèsent sur les « gentils ». On ne ressent rien finalement tant tout est vide, des dialogues à cette pudibonderie très anglaise où le charnel n’existe pas. La théorie du vide où les stéréotypes dérivent en images sans qu’on puisse s’y accrocher. Et enfin dans ces personnages à la psychologie limitée, où personne n’évolue en 2h30 : le sauveur intègre, le génie ambivalent, l’ennemi évidemment salaud, la princesse malheureuse, la reine ambiguë, etc…

On ne pensait pas que Nolan serait capable de tant d’inepties sur les rapports humains et de tant de simplisme sur la construction de ses protagonistes. Alors oui, il y a de l’esbroufe. De la poudre aux yeux. Peu importe qu’il s’en sorte puisqu’il y a toujours une astuce. Piégé par son univers parallèle, il a voulu en exploiter toutes les facettes au détriment d’un récit solide et captivant. Un peu comme Matrix 3. On le voit bien s’amuser avec les mouvements contradictoires (ceux qui avancent et ceux qui reculent dans le même plan). Un éclat dans le rétroviseur peut même nous faire anticiper un accident qui n’a pas encore eu lieu.

Mais au final, tout cela est aussi assommant qu’un Michael Bay. Même la musique est guerrière et pataude, pour ne pas dire exaspérante et bourrine. A l’image de ce blockbuster au pitch très banal (un homme doit sauver le monde) et qui cherche à se compliquer la vie pour nous mettre en garde contre le réchauffement climatique et ses conséquences (car en fait ce n’est que ça le mobile de tous ces crimes). Limite nihiliste, Tenet défie le principe de réalité qu’il assène, dopé à la testostérone et aux effets numériques. Un film aussi distordu que le destin du héros. Et si celui-ci sauve le monde, pourra-t-il sauver la fréquentation dans les salles...? Ce serait bien son seul mérite.
 
vincy

 
 
 
 

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