Viendra le feu a reçu le prix du jury Un certain regard. Le film d'Oliver Laxe laisse au spectateur toute liberté de se projeter dans le film pour y lire son propre rapport à la nature et ses propres obsessions face à la déliquescence du monde.



Ad Astra
D'un clandestin, l'autre
De sable et de feu
Edith en chemin vers son rêve
El Otro Cristobal
Kusama: Infinity
Les fleurs amères
Lucky Day
Ma folle semaine avec Tess
Nous le peuple
Portrait de la jeune fille en feu
Trois jours et une vie
Un jour de pluie à New York



Parasite
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L'étincelle, une histoire des luttes LGBT +
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Une Fille facile
Viendra le feu
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L'œuvre sans auteur
Comme des bêtes 2
Fast and Furious: Hobbs and Shaw
Le Gangster, le Flic et l’Assassin
Le mystère des pingouins
Les faussaires de Manhattan
Nuits magiques
Once Upon a Time... in Hollywood
Perdrix
Playmobil, le film
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Roubaix, une lumière
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Tu mérites un amour






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



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Signs (Signes)


USA / 2002

16.10.02
 



IL SUFFIRA D'UN SIGNE





"- Comment savez-vous que ce n'était pas une fille, je connais des scandinaves capable de me sauter par dessus…"

Vous y croyez vous aux petits hommes verts? Et Dieu depuis le temps? Baladé entre prudence et scepticisme des scientifiques démonstratifs, retour sécurisant à l'obscurantisme, surinformatisation ou l'image est reine pour le meilleur et pour le pire, l'Homme, en totale confusion sur sa réalité, peine aujourd'hui à se définir, à s'extraire de sa condition matérielle. Ces préoccupations en tête, M. Night Shyamalan nous livre, comme à son habitude désormais, un divertissement en apparence conforme dans sa facture à ce que produit couramment Hollywood. Il n'en est rien bien évidemment, puisque le monsieur est d'une très grande adresse quant il s'agit de manipuler le film de genre, les imageries populaires (fantômes et super héros dans ses films précédents) afin de distiller dans son œuvre les thèmes existentiels et les valeurs qui lui sont chers.
Dans Signs, le réalisateur reprend à son compte un univers fantasmagorique extraterrestre finalement assez récent, en tout cas qu'on pourra attribuer, dans ses codes établis, clairement à Steven Spielberg au travers de Rencontre du troisième type et d'E.T.. On craint même au tout début du film, d'avoir affaire à une simple resucée d'une histoire déjà trop bien connue qui ferait office d'hommage à l'inévitable wonderboy californien, avec le soutien même des propres collaborateurs de production de ce dernier. A l'arrivée, Signs serait plus un prolongement réactualisé qu'un remake. Il ne serait même pas étonnant que les personnages de Signs connaissent par cœur le modèle. Dreyfus y découvrait le merveilleux de l'intersidéral avec une candeur enfantine dans ses aspirations qui le faisait dépasser les entraves du quotidien pour assouvir sa soif de découverte infinie. Vingt ans après, le film est ici remisé sur l'étagère de la vidéothèque. La famille est en rupture, marquée principalement par le deuil de la mère. Il n'y a plus d'énergie pour engendrer l'espoir. Le père, Graham Hess, a renoncé à toutes ses reponsabilités, envers ses enfants, mais aussi les ouailles de son village, puisqu'il était pasteur. A priori plus le genre à courir après les histoires de conte de fée.
Au delà de déprime causée par la perte de l'être cher, il y a un sentiment introduit par Shyamalan que la désillusion est généralisée. La scène où Graham (Mel Gibson) rencontre une de ses fidèles désoeuvrée qui se livre compulsivement à lui avec sincérité mais naïveté est dans ce sens assez représentative de la ferveur d'une pratique religieuse qui sert avant tout de refuge désespéré. Face aux tourments de la jeune femme, le prêcheur veuf se retrouve démuni, gêné par le sentiment d'impuissance qu'a engendré sa perte de foi en général et de convictions en l'utilité de sa tâche en particulier. On pourra citer le personnage de Joaquin Phoenix, joueur de baseball dans l'incapacité de réaliser ses projets de carrière sportive, symbolisant un renoncement au rêve américain qui a guidé tout un peuple sur les chemins de la réussite en un temps moins fataliste. Et puis il y a la télévision, véhicule de croyances qui se retrouve relégué au placard et qu'on ressortira en désespoir de cause pour y traquer dans les lignes troubles et limitées de sa résolution une parcelle de vérité (la séquence du flash d'info qui laisse entrevoir la silhouette peu tangible d'un visiteur). Car le petit écran suggère une réalité apparente et subjective plus qu'il ne livre des enseignements. Le constat est amer, les points de repère destinés à nous guider et à nous rassurer depuis l'aube de notre civilisation s'effritent, perdent de leur pouvoir de persuasion, trop artificiels ou rendus obsolètes par les progrès de la culture. L'être humain se retrouve désorienté, condamné à trouver ses valeurs en lui même, voire à puiser sa force en ses proches pour espérer se dépasser.
Un tour de force donc puisque sous couvert de mettre en scène un thriller surnaturel standard, Shyamalan parvient à cristaliser la somme de toutes les incertitudes de la civilisation contemporaine. L'économie de moyens traditionnellement utilisée par le cinéaste pour ammener les tensions et provoquer les émotions dans son récit pourraient à la longue tourner au maniérisme. Elle prend en fait ici tout son sens. Loin de la démonstration outrancière d'un ID4, le film se confine dans l'intimiste et le dépouillement jusque dans son dénouement curieux qui colle une bonne claque à la débauche visuelle creuse hollywoodienne. En faisant une entorse à ses habitudes, Shyamalan ne concède à montrer ce qu'on attend de voir que pour mieux nous en souligner l'aspect dérisoire et inutile. Car le successeur de Spielberg ne lance pas de poudre aux yeux de façon inconsidérée, mais invite au contraire à se projeter vers une remise en question de son identité et de ses aspirations, en négociant un retour à l'essentiel souvent négligé dans le grand spectacle: notre propre spiritualité, ou du moins ce qui en reste.
 
petsss

 
 
 
 

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