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EMPEREUR DE PLATINE
George Lucas est réputé pour avoir deux visages. Le producteur indépendant, démissionnaire de la Director's Guild of America, complètement autonome financièrement, libre dans tous ses projets (final cut, marketing...). Lucas se définit, à l'instar d'un Coppola, comme "un cinéaste indépendant de San Francisco et surtout pas un homme d'Hollywood." "Le monde et le cinéma seraient sûrement meilleurs si ces bureaucrates de Los Angeles ne disaient pas aux réalisateurs comment faire leurs films." Lucas rêve alors tout haut d'un cinéma américain entièrement indépendant des Majors.
Et le businessman intraitable. Par exemple, aux USA, il exige que ses films soient diffusés dans la plus grande salle du complexe, pendant 6 à 12 semaines. ce qui fait mécaniquement 1) augmenter la fréquentation, 2) éliminer d'éventuels concurrents (l'épisode III aura La Guerre des Mondes en face de lui en 2005). Il a réussi à obtenir l'absence de pubs et la limitation de bandes annonces avant ses génériques. En commerce on appelle ça du protectionnisme, voire de la distorsion de concurrence. En France, ces exigences n'ont pas lieu d'être puisque la Loi empêche ce genre de contrats.
Mais aux USA, le poids de la saga permet à Lucas de s'affranchir des règles communes. Dans le Top 10 historique du Studio qui distribue Star Wars, tous les épisodes sont présents, juste bousculés par Independance Day et Maman j'ai raté l'avion.
Et Lucas c'est devenu un empire. Entre 77 et 97 il n'aura pas touché à une caméra, lui permettant de développer sa petite entreprise. Par ordre d'importance : Industrial Light & Magic dîte ILM (effets spéciaux), Lucasarts (jeux vidéos), Lucasfilm (films, télévision), Skywalker sound (postproduction), Lucas online (e-commerce). Tout cela pèse bon an mal an 550 millions de $, le cinéma n'étant qu'un petit bout au final, moins important que les jeux vidéos et le savoir faire en effets numériques (Jurassic Park, Forrest Gump, Harry Potter, Pirates des Caraïbes, Twister, Terminator 2, Roger Rabbit...). Sans oublier la création d'une nouvelle entité (films d'animation avec Lucasfilm Animation) et ses projets dans l'éducation et la formation (avec la George Lucas Educationnal Fundation). Après tout, ILM a participé à pas mal d'innovation dans le domaine de l'imagerie assistée par informatique. Concurrencée dans le monde entier, la plus value d'ILM est moins facile à démontrer désormais. Depuis l'Oscar de Forrest Gump (collection de 14 pour le moment) et les effets saisissants de Jurassic Park dans la première moitié des années 90, des entreprises comme celles de James Cameron ou Peter Jackson ont su faire preuve de talent. Surtout, à année comparabe, Matrix est parvenu à faire mieux que l'épisode I. La série des frères Wachowski a davantage bluffé que la surenchère de Lucas. de même Sony a fait maison les effets de Spider-Man, qui humilia L'attaque des clones au Box Office. Mais on doit à ILM, les premières séquences numériques, les premières bases de Pixar Animation, le premier morphing (Willow), la première créature 3D (Abyss)... On n'est moins impressionné par le résultat de Hulk et la banalité de l'attaque de Pearl Harbor. ILM a trente ans; 2005, année charnière, où l'Empire se transforme en profondeur... Le visionnaire avant raison : désormais tout le monde pratique les effets sépicaux ou le montage virtuel. C'est lui qui a le plus influencé le cinéma en un demi-siècle, d'un point de vue technique.
Car n'oublions pas le son THX qui a failli mettre K.O. le procédé Dolby. Depuis, il a vendu THX comme Pixar. Car pour lui, une société est comme un enfant : il y a un temps où il faut qu'elles s'émancipent loin de leur géniteur.
Cependant Lucas a surtout bâtit son empire sur une filiale qui rapporte 650 millions de $ à elle toute seule et qu'il n'est pas prêt à lâcher : Lucas Licensing. Produits dérivés en tous genres, voilà le trésor de guerre. Les acteurs signent un pacte avec le diable autorisant les duplicatas en figurines, bande dessinées, jeux vidéos...
Lucas est plus philanthrope en produisant Kurosawa ou Coppola (le méconnu et passionnant Tucker). On lui doit aussi Willow (Howard), La fièvre dans le corps (Kasdan), et bien entendu Indiana Jones. Plus préoccupé par sa révolution interne (la saga s'achève, la mue de Lucasfilm) que par la mise en boîte d'un quatrième opus). Il abandonne le Skywalker Ranch, tout un symbole, pour concentrer l'ensemble au coeur de San Francisco, dans le Parc National de Presidio.
Skywalker, 1900 hectares dans la Lucas Valley, est la capitale impériale. A quelques kilomètres de San Francisco, revendiquant ainsi son indépendance d'Hollywood (comme Coppola d'ailleurs avec Zoetrope). Lui a finalement réussit son rêve communautaire, post 68, contrairement à Spielberg, incapable de créer sa "cité DreamWorks", près de dix ans après la fondation de son Studio. Skywalker Ranch est le lieu idéalisé pour un travail d'équipe, de création... Grand admirateur de Frank Lloyd Wright et passionné d'architecture, c'est le rêve caché du richissime producteur. Jardins potagers, vélos (on est écolo là bas), bibliothèque fournie, lieux de sports... L'Eden d'un 7ème Art qui se revendique industrie technique.
Si il bouge à San Francisco, c'est avec la même motivation, les mêmes idéaux. La ville est l'ancien QG de la contre-culture des années 60-70, mélange de hippies, pacifistes et d'avant gardistes, la ville de Pixar et Apple, le centre névralgique du magazine Rolling Stones, la résidence d'un Robin Williams. C'est la ville radicale par excellence. Une ville de liberté, capitale du pouvoir gay, Jérusalem du web, européenne, asiatique et américaine dans ses racines. Bref le centre névralgique de ce nouveau monde que Lucas s'apprête à inventer, mix de loisirs futuristes, de séries TV et d'alphabétisation des masses.
Vincy- | |
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| © Ecran Noir 1996-2005 - Photos: © Lucasfilm LTD | |
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