ISABELLE ADJANI

PORTRAIT

La Reine Isabelle
par Vincy - créé en Janvier 1997/ actualisé en Novembre 2002

    Au début des années 90, un magazine de cinéma offrait sa couverture au visage d'Isabelle Adjani, et se fendait d'une lettre à la star. Plaignant son absence au Cinéma, réclamant sa présence devant une caméra.
    La photo datait de Camille Claudel, 1988....Isabelle brillait par son silence. Malgré les rumeurs malsaines (pléonasme), malgré son immense talent (euphémisme). Depuis sa prise de position en faveur de l'écrivain Salman Rushdie, nous ne l'avions vu qu'en Algérie, se battre pour la Femme, pour la démocratie. La vie d'Adjani semblait plus puissante que son envie de jouer. Elle préférait vivre l'affect et les sentiments plutôt que les jouer.
    Un mois après la Lettre à Isabelle, soin concurrent titrait: Adjani Enfin! - accroche déjà utilisée en 1985 et qui souligne une répétition et non un retour.
    Elle venait d'accepter (pour un cachet record de 10 millions de francs) ce qui s'avérera son pire échec: Toxic Affair, qui marquera cependant son "come back" médiatique.

    Le syndrome Dustin Hoffman.
    La carrière d'Adjani ressemble en cela étrangement à celle de son partenaire du flop saharien Ishtar, Dustin Hoffman.
    Comme lui, elle a voulu, et souvent su, choisir chacun de ses rôles parcimonieusement.
    Après Rainman pour lui et Camille Claudel pour elle (la même année), ils semblèrent stopper l'élan qui les avaient mené si haut. Il se réfugia dans le théatre, elle dans sa maternité.
    Hors les deux cédèrent à la pression médiatique et du public, au début des années 90. Ils enchainèrent les projets, avec plus ou moins de flair, juste pour conserver leur statut. Comme si brûler ses ailes, aidait à mieux voler.
    Entre échecs, projets difficiles à monter (The Double de Polanski, avec Travolta, avorta en Juin 96), Adjani aura quand même eu La Reine Margot pour confirmer son rayonnement au sein de la profession qui y voit sa nouvelle Sarah Bernhardt. Elle attise les passions, et brûle la terre sur lauqelle elle passe, affichant ainsi ses idées, sa volonté, ses engagements, sans pudeur.
    Même si Margot n'est ni son plus grand rôle, ni le film le plus acclamé de l'année 1994, Adjani empoche un insolite quatrième César.

    Passionément.
    Au delà de cette analyse de son trajet cinématographique, il y a sa passion pour son métier. Sa conviction et son perfectionnisme. Cela l'a conduite à être l'une des stars européennes les plus connues dans le monde.
    Pour donner un exemple, elle est l'une des 5 stars françaises dont l'anniversaire est mentionné dans l'émission TV populaire américaine Entertainment tonight (sorte de Paris Match télévisuel).
    Avec 4 Césars (un record), 2 nominations à l'Oscar (Adèle H., Camille Claudel), un double prix d'interprétation à Cannes, elle possède un palmarès unique dans le Cinéma français. Peut être surfait si l'on compare aux carrières de conseurs comme Moreau, Deneuve ou Huppert.

    Flash Back.
    Isabelle Adjani a commencé au Théatre, à la Comédie Française, et s'est fait connaître par le petit écran. Grâce à Claude Pinoteau (futur découvreur de Sophie Marceau), elle rencontre très vite le succès public en se laissant foutre une baffe par Lino Ventura.
    Elle tournera peu de comédies: Clara et les chics types, Toxic Affair, L'année prochaine..... Et surtout le brûlant Tout feu Tout flamme, où Rappeneau tente la chimie comédie d'action avec Montand (cependant moins réussie que Le Sauvage, avec Deneuve).
    Elle préfère porter ses choix sur des rôles d'aliénée, de névrosée, de schyzo....Elle finit à l'asile ou en exil, la tête de son amant sur les genoux, ou totalement dépossédée. Le personnage le plus symbolique, celui qu'elle incarne le mieux, l'adéquation idéale, l'harmonie parfaite est sans doute Adèle H. (imaginée par Truffaut). Dans tous ses grands rôles, il y a un peu d'Adèle et d'elle. Adolphe en est l'exemple le plus marquant. Elle avoue : "Je ne sais pas tout jouer. Et je ne le veux pas. L'école du caméléon m'ennuie. Clairement son domaine c'est l'amour, dans le registre varié allant de l'hystérie à l'auto-destruction.
    D'ailleurs ses Césars illustrent parfaitement son amélioration dans l'interpréation de cinglées: Possession, Un été meurtrier (son plus gros succès), Camille, Margot. Avec la tête décapitée de son amant posée sur ses genoux, en fin de film.
    Les rôles Adjaniens sont démesurés, à la folie, exclusifs. Qui d'autre pour jouer des personnages de cette trempe? Inutile de répondre. Peu d'actrices sont comparables à elle, et il existe peu de personnages pour Adjani. On comprend mieux son statut, sa rareté. Même si elle s'en défend. Elle a une attirance pour la fantaisie, en témoignent ses chapeaux cloche. Elle se complait dans l'inertie, la paresse, la vie. Elle refuse d'être aliénée par son travail. Ses absences sont de plus en plus lognues : deux ans, puis quatre, puis cinq. En 17 ans, depuis son disque avec Gainsbourg (délicieux Pull Marine), elle n'aura eu que 5 ans d'activité au théâtre comme au cinéma.

    Les limites de sa carrière.
    On peut regretter... ou on peut rêver...d'une Adjani nous faisant rire, d'une Isabelle en face à face avec une Emmanuelle ou une Jeanne, d'une Lilith réalisant l'Algérie ou la liberté. On aimerait la voir par d'autres regards. "Isadj" comme l'appelle Jacquot aime le cinéma d'auteur français le plus rigoureux : Cédirc Kahn, les Frères Dardenne (belges), Xavier Beauvois, Arnaud Deplechin, Jacques Audiard. Elle peut se le permettre. Elle est l'audace même en prenant des risques: Possession, Barrocco, Subway.....
    Indéniablement Reine, elle a su marquer toutes les générations, toutes les cultures: de sa frivolité à ses défaillances, en passant par le Label Qualité Française.
    La rebelle a su être apprivoisée par de grands noms (Polanski, Truffaut, Téchiné première période, Saura, Jacquot...), et par des jeunes talents (Nuytten, Esposito, Besson, Masson...).
    Besson la rendit star en la filmant électrique (après un premier arrêt de 2 ans de cinéma pour elle), et fatale (dans la vidéo Pull marine). Le mythe est né: déesse de l'underground branché, croqueuse d'hommes. Un faux come back, puisqu'il faudra attendre Claudel (deux autres années), pour assouvir notre désir de la revoir.
    Ses silences ont d'ailleurs autant contribué à sa notoriété que ses films. Adjani est avant tout, une comédienne médiatique. Question d'époque. Pourtant elle privilégie la réflexion à l'instantané, le rêve aux chiffres. En fait les manques masuqent aussi une fuite du réel. Le cinéma a changé et Adjani a peut être peur d'affronter ce système effroyable. Comme si elle sentait qu'elle n'y avait plus sa place, aussi évidemment qu'avant.

    Nouveau millénaire, nouvelle ère?
    Aujourd'hui Isabelle reste à part. Elle a tourné avec Depardieu, Anglade, Auteuil, Lambert et surtout le chanteur Alain Souchon (qui la "subira" 2 fois).....des acteurs brillants, des duos classiques. Elle a tenté une rencontre d'actrice avec la Stone. Le film n'était pas à la hauteur des deux femmes, et pire, le jeu d'Adjani paraissait enfermé dans une forme de cliché. Elle réfute d'ailleurs ses ambitions américaines. L'industrie hollywoodienne ne la séduit pas; résidente en Suisse, d'origine kabylle et allemande, cette star française revendique sa culture européenne. Ainsi, elle fut la présidente du prestigieux 50ème Festival de Cannes
    Son pouvoir lui permet de faire concrétiser n'importe quel projet....Son rôle de productrice devrait s'affirmer avec les années (elle a acheté les droits d'un livre de Coelho). Son "deal" avec ARP Sélection le prouve.
    Car Adjani est toujours aussi rare, même si elle semble déterminée à revenir sur le devant de la scène. Elle manque Cléopâtre dans l'Astérix de Chabat à cause des répétition de la Dame aux Camélias à marigny. Elle se bat pour des rôles comme Belphégor alors que Marceau convient bien mieux. Elle se rattrape en remplaçant la même Marceau sur le Rappeneau, retrouvant ainsi Depardieu. Elle signe avec le même distributeur un Masson fait sur mesure, un Jacquot (c'est elle qui l'a appelé) littéraire, un Rappeneau épique et une participation dans le Dupeyron. Après 4 ans sans sa présence sur grand écran, à s'occuper de ses enfants, de ses amours, des rumeurs, la voilà repentie, revenante, actrice.

    Equinoxe
    Des années de psychanalyse, des séparations douloureuses et le bonheur retrouvé, enfin. Si La Repentie fut un échec aussi monumental que la promesse de son retour, si on sait qu'elle fut évoqué vainement pour le casting de 8 femmes, la belle Isabelle retrouve des couleurs avec une nouvelle liaison, un peu de pub dans les magazines people, et enfin un film, celui de Jacquot, Adolphe. Elle est un peu jeune pour le rôle, mais la comédienne est de nouveau présente et emballe la critique. Star vétérante, rempaçant Rampling dans le coeur de Jarre, Adjani n'hésite pas à donner des interviews à la presse écrite traditionnelle, pour attirer la lumière vers elle. Car son nom ne signifie plus grand chose au public contemporain. La Reine Margot c'était il y a 8 ans. L'été meurtrier date de 20 ans. Sa grande décennie reste les années 80. Ca tombe bien : on est en plein revival.
    Ni égarée comme chez Masson, ni arlésienne comme chez Berbérian. Si le Jacquot s'adresse avant tout à un public averti, le Rappeneau devrait la réconcilier avec les spectateurs. Son parcours est atypique. Son jeu évanescent. Son statut lui permet une certaine liberté, précieuse pour cette créature si fragile. Elle a tout d'une Reine. En dilettante.

Adele H

BOX OFFICE (France)

1 - L'Été meurtrier
2 - La Gifle
3 - Subway
4 - Camille Claudel
5 - Tout feu tout flamme
6 - La Reine Margot



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